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MENDELSSOHN-BARTHOLDY

Mendelssolin (Félix), petit-fils d’un philosophe israélite, Moses Mendelssohn, et fils d’un riche banquier de Hambourg, naquit dans cette ville le 3 février 1809. Son père, Abraham Mendelssohn, était un homme instruit et passionné pour les beaux-arts. 11 avait abjuré le judaïsme et s’était fait luthérien. Une des sœurs d' Abraham avait épousé Frédéric Schlegel, le poète distingué qu'on surnomma le Tyrtée de l’Allemagne, et s’était convertie en môme temps que lui au catholicisme. Les oncles de Félix furent aussi des écrivains de mérite. Ajoutons qu’il eut pour mère la fille du banquier Bartholdy, femme gracieuse et spirituelle, et on jugera combien un tel milieu était favorable au développement des facultés natives du jeune compositeur. Sa famille s’établissait à Berlin trois ans après la naissance de Félix, et, s’empressant de développer chez l’enfant des aptitudes musicales extraordinaires, lui donnait Berger pour professeur de piano et Zelter pour professeur d'harmonie et de contre-point. A huit ans, Mendelssohn déchiffrait à première vue toute espèce de musique et écrivait correctement un morceau d’harmonie sur une basse donnée, en était de môme de ses études littéraires et scientifiques qu’il avai* achevées h seize ans ; il était en état de lire les écrivains grecs et latins dans l’original et il publia l’année suivante à Berlin, sous les initiales F. M. B. une traduction en vers allemands de VAndrienne de Térence. 11 parlait couramment le français , l'anglais et l'italien, faisait avec assez de grâce du dessin et de la peinture, était bon cavalier, fort amateur d’escrime et rude nageur. Malgré le temps qu'il avait dû consacrer à tous ces exercices intellectuels et gymnastiques, il n’en était pas moins devenu un pianiste fort habile, exécutant avec expression et finesse les compositions les plus savantes, jusqu’aux fugues de Sébastien Bach.

En 1821, son professeur d’harmonie, Zelter, l’emmena à Weimar et le présenta à Goethe qui fut émerveillé de la science d’exécution et môme d’improvisation de ce jeune musicien de douze ans. Trois ans après, Mendelssohn faisait un voyage à Paris et y recevait de M" Bigot,

pianiste d’un rare talent, d’utiles conseils dont il garda toute sa vie un affectueux souvenir. Il reçut aussi à cette époque des leçons de Cherubini. En cette môme année (1824), n’ayant encore que quinze ans, il faisait représenter à Berlin un opéra en deux actes : Les Noces de Gamache. Mais il le retira presque aussitôt devant un succès douteux; il se contenta de publier la partition réduite pour le piano et s'occupa pendant les deux années qui suivirent à composer trois quatuors pour piano, violon, alto et basse, des sonates et sept pièces de caractère pour piano seul, douze lieder et douze chants pour voix seule avec piano.

En 1 829, Mendclssohn se rendit en Angleterre, il avait alors dixneuf ans. Il avait reçu l’éducation d'un gentilhomme ; ayant de belles manières, habile dans tous les exercices du corps, sachant dessiner et peindre môme, joignant aux plus brillantes qualités de l'esprit une physionomie agréable, le jeune artiste possédait tout ce qui pouvait lui ouvrir les salons du plus grand monde, quand bien môme la position de sa famille et sa fortune ne lui en eussent pas frayé l’accès. Il obtint un certain succès au printemps de cette année dans un concert de la Société philharmonique de Londres où il fit exécuter sa première symphonie en ut mineur. Il fit ensuite un voyage en Écosse ets'inspira des paysages poétiques de ce pays pour composer son ouverture de concert intitulée Fingalhühle (la grotte de Fingal). Il revinldelà surle continent, passa à Munich, Saltzbourg, Lintz et Vienne, et, accompagné de trois peintres de l’école de Dusseldorf, iiitdcbrand, Hübner et Bendemann, il se rendit à Rome. Il y arriva le 2 novembre 1830. Là, il trouva Berlioz, et, sous les dehors d’une cordialité apparente, il jugea sévèrement et injustement sa musique. Après un séjour de cinq mois pendant lequel il composa (décembre 1830) sa grande cantate de Walpurgisnacht qui fut exécutée plusieurs fois avec un certain succès dans les grandes fêtes musicales de l’Allemagne et qu’il devait modifier entièrement vers 1842 ou 1843, il se rendit à Naples où il passa deux mois dans le dolce far niente qu’inspire le ciel napolitain ; il revint par Rome, Florence, Gônes, Milan, traversa la Suisse, rentra à Munich au mois d’octobre, et se trouva à Paris au mois de décembre.

Mendelssohn parcourut donc toute l’Italie, visita les musées, les palais, fut accueilli partout avec urbanité et même avec la cordialité la plus flatteuse; il entendit la musique traditionnelle de la chapelle Sixtine, les œuvres de Palestrina, de Vittoria, d'AUegri. Ce fut en vain ; un triple plastron d’airain enserrait cette poitrine germanique. Il conserva partout son individualité, rapportant tout ce qu'il voyait à un

MENDELSSOHN

idéal déterminé, absolu, malgré ses vagues contours. Aussi sa correspondance, pendant le cours de ce voyage, porte-t-elle l'empreinte d’un malaise et d’un mécontentement singuliers.

11 décrit des scènes charmantes au milieu de paysages baignés d’azur et de lumière, et il regrette son ciel morne et ses sapins du Nord. Les cérémonies augustes de la religion l’émeuvent malgré lui ; il en convient et il termine par le sarcasme et l’ironie. Et cependant il compose à Rome des motets catholiques qu’il se donne la maligne joie de faire chanter par deux religieuses dans un couvent. Quittons avec lui cette Italie qu’il n’a pas comprise, sachant toutefois qu’il en rapporte, avec des psaumes de Luther mis en musique, la symphonie en la dont la saltarelle atteste la date et le lieu de naissance. C’est tout ce qu’un Tudesque a jamais écrit de plus vif, de plus électrisant, si toutefois on excepte le chœur des Derviches des Ruines d'Athènes , de Beethoven.

Disons encore que, pendant son séjour à Rome, Mendelssohn ne rechercha que les étrangers auprès desquels son talent lui servait d’introducteur ; c’est ainsi qu’il fréquenta le statuaire Thorwaldsen, Léopold Robert qui aurait pu facilement lui apprendre à mieux connaître, et à aimer les habitants de la campagne de Rome, Cornélius Owerbeeek, et enfin, la famille Vernet composée alors de Cari Vernet, de son fils Horace, et de sa petit-efille qui devint plus tard Mme Paul Delaroche. Mendelssohn charma cette famille par ses improvisations au piano ; Horace Vernet fit son portrait que l’artiste envoya à sa mère.

Mendelssohn éprouvai Paris un amer désenchantement en ne s’y trouvant pas l’objet de l’admiration générale, comme il en avait eu la douce habitude jusqu’à ce moment, et il se promit de n’y jamais revenir. « Paris est le tombeau de toutes les réputations, « écrivait-il le 31 mars 1832. A ce compte, il n’eût pas dû, comme cela lui arriva, se montrer lui-même aussi sévère à l’égard de Boceherini dont on avait joué, dans une soirée chez Baillot, une composition avant son quatuor en mi majeur. « Au commencement, écrivait-il à sa sœur, on joua un quintette de Boceherini, une perruque (Den Anfang machte ein Quintett von Boceherini , eine Perruche )...» Il ne revint jamais à Paris et il n’en parla désormais, ainsi que de ses dilettanti , qu’avec aigreur ou mépris.

Mendelssohn a poussé aussi loin que possible l’infatuation germanique, dénigrant tout ce qui n’était pas allemand ou conçu dans le style allemand. Il traitait ses confrères avec une sévérité et une hauteur blessantes, méconnaissant le talent supérieur, comme chez Berlioz, et même le génie, comme chez Meyerbeer.

Il retourna donc dans sa patrie où il se sentait apprécié d’une ma-

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