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nière plus sympathique. Il dirigea avec un grand éclat la fête musicale de Dusseldorf, en 1833. S’étant révélé à son coup d’essai comme un chef d’orchestre émérite, on lui proposa pour trois ans la place de directeur de la musique de cette ville afin d’v organiser la société de chant, l’orchestre des concerts et la musique des églises, tout israélite qu’il était. 11 s’y lia étroitement avec le poète Immermann (1), son aîné de plusieurs années, et projeta d’écrire avec lui un opéra ayant pour sujet la Tempête de Shakespeare, dont il avait déjà composé l’ouverture; mais le projet dut être abandonné devant l’inexpérience du librettiste. Ils mirent bientôt le théâtre de Dusseldorf en actions pour pouvoir l'organiser sur une plus grande échelle et se chargèrent, Immermann de la partie dramatique, et Mendelssohn de la partie musicale. Par malheur, aucun des deux amis n’étaità la hauteur de la partie administrative. On prépara donc le Don Juan de Mozart et les Deux Journées de Chcrubini. Immermann accommoda à la scène allemande un drame de Calderon, et Mendelssohn en lit la musique. Ni Don Juan, ni les Deux Journées, ni le drame de Calderon ne réussirent ;les interprètes étaient faibles et la musique de Mendelssohn, que beaucoup de gens n’ont pas connue, ne fut pas goûtée. La critique qu’on en fit lui fut amère, comme toujours. Son excessif amourpropre eut encore à souffrir, en i 834 , à Aix-la-Chapelle, où, lors des grandes fêtes musicales de la Pentecôte, il se trouva froissé d’avoir à en partager alternativement la direction avec lties contre lequel il se porta à d’inconvenantes récriminations. Dref, il donna sa démission à Dusseldorf au mois de juillet 1833 et se relira à Leipsick pour y terminer son oratorio de Paulus, et il y accepta la direction des concerts de la Geivandhaas (Halle aux draps). Son entrée en fonctions, le 4 octobre, fut un véritable triomphe pour lui ; le public tout entier l’acclama à son entrée dans l'orchestre. Heureux de se sentir apprécié comme il le désirait, il donna une vigoureuse impulsion à l’art, dans les concerts, dans les sociétés de chant, et même dans les exécutions de la musique de chambre où il tint lui-même le piano et fit applaudir son talent d’exécutant. L’Université de Leipsick l'en récompensa en lui conférant le grade de docteur en philosophie et beauxarts (183G), et le roi de Saxe en le nommant son maître de chapelle honoraire. En 1837, il épousait une charmante jeune femme, fille d’un pasteur réformé de Francfort-sur-le-Main.
(1) Immerman, auteur de plusieurs romans populaires en Allemagne, entre autres des Paysans de Wesiphalie, dont M. Arthur Desfeuilles a donné naguère une excellente traduction.
MENDELSSOIIN.
Quelque temps après, Mendelssohn se rendit à Berlin, appelé par le roi de Prusse qui le nomma directeur général de sa musique. C’est à ce moment qu’il composa pour la cour la musique des chœurs grecs de Y Antigone d d’Œdipe roi, représenté plus tard sanssuccèsà Paris sur le théâtre del’Odéon, et la musique des Chœurs d Athalie.
C’était une bien singulière idée de traduire les magnifiques strophes de Racine en paroles allemandes, et d’appeler la musique écrite sur cette traduction : Les Chœurs d'Athalie. Il en est résulté une œuvre hybride dans laquelle on chercherait en vain à saisir la coupe et l'harmonie des vers français. Le compositeur ne s’est inspiré que du sens général, et, en sa qualité de Tudesque convaincu, il a pensé que les formes poétiques de Racine ne valaient pas la peine qu’un musicien s’en inquiétât ; car, voulant faire connaître son œuvre à Londres, il fit faire une nouvelle traduction en langue anglaise. Lorsque récemment on fit entendre cette composition des Chœurs d'Athalie à Paris, tant aux représentations de la tragédie qui eurent lieu à l’Odéon qu’aux concerts de l’Athénée, il fallut bien adapter la musique de Mendelssohn aux vers français, dût-on changer, selon les exigences de l’accentuation et de la prosodie, les noires en croches, supprimer des silences, ajouter des notes, etc. Malgré ces remaniements entachés de vandalisme à l’égard d’un de nos chefs-d’œuvre littéraires, on a pu distinguer plusieurs beaux morceaux dans l'ouvrage du maître de Hambourg, les chœurs: Sion, chère S ion ; O réveil plein d horreur ! le duo d'f/n cœur qui t'aime, qui est d'un joli efTet, et la marche orchestrale du quatrième acte.
L'ouverture est une symphonie brillante qui ne semble avoir aucun rapport avec la tragédie biblique. Ici l'intention môme de la couleur antique manque totalement.
Mendelssohn acheva aussi à Berlin la partie musicale de la belle féerie de Shakespeare, leSonge d'une nuit dété (Eiu Sommernachtstraum ) dont il avait écrit l’ouverture en 1829, composa des chœurs d Eglise avec orchestreet des psaumes sans accompagnement qui furent exécutés au Dom-Chor de Berlin. Il retourna bientôt après à Leipsick où il se complaisait parce qu’il s’y sentait plus admiré qu’à Berlin, et n’en sortit plus que pour faire quelques voyages. S’il ne voulut plus revoir Paris, il n’en fut pas de môme de l'Angleterre où il alla jusqu’à sept fois, de 1832 à 1846, époque de la première exécution de son Elie au festival de Birmingham, et enfin au mois d'avril 1847. De retour à Leipsick, au bout de deux ou trois semaines, il projetait de passer l’été à Vevey, et était 'déjà allé rejoindre à Francfort M“* Men-
delssohn et ses enfants, lorsqu’il y apprit la mort d’une sœur qu’il aimait tendrement, M"* Hansel, excellente pianiste et femme d’une grande distinction. Il modifia son itinéraire et précipita ses voyages pour distraire sa douleur ; il alla à Baden, à Laufen et de là à Interlaken, où il séjourna jusqu’au mois de septembre. La petite église d’un village situé sur le lac de Brientz garde le souvenir d’une belle improvisation qu’il exécuta sur l'orgue plusieurs jours avant son départ et qui fut pour lui la dernière de ce genre. 11 se proposait d’aller visiter l’orgue renommé de Fribourg, chef-d’œuvre deMooser; mais l’approche de l’hiver le força à retourner à Leipsick, où il reprit ses anciennes occupations et composa pour sa famille le petit opéra qui a pour titre : Die Rückkehr aus der Eremde (le Retour du voyage à l’étranger), qui ne parut que dans ses œuvres posthumes. Mendelssohn a composé cet ouvrage pour célébrer le quarantième anniversaire du mariage de ses parents. 11 fut exécuté pour la première fois en public, au théâtre du Grand-Opéra de Berlin, en 1851 .
Le Retour du voyage à t étranger est une œuvre médiocre ; si l’on en excepte des couplets empreints de cette douce rêverie qui caractérise la musique du célèbre compositeur, tout le reste est inférieur aux plus faibles ouvrages du répertoire dramatique. L’orchestration affecte les plus singulières sonorités. La première des deux sérénades, dont le motif est assez gracieux, a pour accompagnement des batteries en pizzicati, imitation puérile et mal réussie de la guitare, auxquelles viennent se joindre des rentrées d’instruments à vent qui ne sont pas d’un effet plus heureux. La seconde sérénade, chantée par le faux Fritz, consiste dans une phrase lamentable répétée à satiété sans accompagnement , et terminée par une rentrée des instruments à cordes. Au commencement du second acte, pendant que la scène s’éclaire, on remarque une courte symphonie exprimant successivement le sommeil et le lever de l’aurore; cette fois, le compositeur a été bien inspiré ; l'harmonie en est douce et suave. Cet ouvrage a été représenté sous le nom de Lisbeth au théâtre Lyrique à Paris, le 9 juin 1865, avec une traduction française faite par M. Jules Barbier.
Ce fut une des dernières productions du maître. En proie à une mélancolie singulière que la nature de son caractère rendait quelquefois âpre et pénible à ceux qui l’entouraient, il semblait se préoccuper de sa fin prochaine. Cependant il continuait à travailler et redoublait même d’activité, lorsque le 9 octobre 1847, un coup de sangle frappa chez un de ses amis où il accompagnait l’exécution de divers morceaux de son Elie, et on dut le transporter chez lui où un traitement énergique le
MENDELSSOHN
ramena à la vie. Il reprenait ses forces, faisait à cheval ou h pied ses promenades accoutumées et se préparait à aller diriger à Vienne l’exécution de son dernier oratorio, lorsqu’il éprouva une seconde attaque d’apoplexie le 28 octobre, puis une troisième le 3 novembre; il succomba le lendemain à 9 heures du soir, n’ayant pas encore trente-neuf ans. Toute la population de Leipsick assista à ses funérailles. L’Allemagne entière le pleura. Elle devait de sincères regrets à l’artiste et au patriote. Car jamais cœur plus dévoué n’a battu dans une poitrine allemande.
Mendelssohn a été un des musiciens les plus intelligents de notre siècle. Sans être érudit, il possédait une instruction générale et solide. Il était doué d’une grande pénétration et d’une finesse d’observation redoutable, parce que les sentiments de bienveillance à l’égard de ses confrères lui étaient inconnus.
Sa musique chargée de brumes grisâtres, manque de chaleur et de lumière. Moins gourmé, moins exclusivement attaché aux défauts comme aux qualités de la race germanique, il eût pu certainement modifier son organisation par un contact plus bénévole avec les écoles italienne et ' française, s’enrichir , comme ses coreligionnaires dans l’antiquité, des dépouilles des Égyptiens, en suivant l’exemple deMoïse:
« Spoliavit Ægyptios, ditavit Hebrœos. »
Nous avons vu que Mendelssohn ne saurait être classé même au dernier rang des compositeurs dramatiques. Ses symphonies sont froides et nébuleuses ; le perpétuel usagé des cadences rompues et des modulations éloignées du ton principal cause à l’auditeur attentif plus de fatigue que déplaisir. Quoique semés d’idées neuves et distinguées et d’effets symphoniques du plus grand intérêt, ses oratorios de Paulus et d 'Elias sont loin d’être des œuvres parfaites qu’on puisse admirer d’un bout à l’autre. Il est plus heureux dans la musique de chambre. Ses trios, ses quatuors, son ottetto, renferment des fragments d’une grande beauté. Il en est de même de ses œuvres de piano ; la sonate pour piano et violon (œuvre 4) ; le concerto de piano en sol mineur, les romances sans paroles , la sérénade , Y allegro giocoso pour piano et orchestre jouissent d’une réputation méritée ; mais c’est dans les ouvertures que le compositeur s’élève aux conceptions les plus hardies. Le Songe d'une nuit dété, la Grotte de Fingal , la Mer calme et l'heureux retour , la belle Mél usine , Ruy B/as sont des œuvres qui joignent à un coloris instrumental très-travaillé des pensées originales et neuves.
M. Fétis a remarqué avec beaucoup de raison qu’une des causes de l’eflet de monotonie produit par l’audition des œuvres de ce maître es sa préférence pour les tons mineurs, et le savant critique donne une énumération interminable, mais concluante, de tous les morceaux écrits par lui dans le mode mineur.
Quand on s’entoure des œuvres de Mendelssohn, quand on étudie ses compositions orchestrales, même les plus célèbres, on est tenté de s’écrier comme le faisait à ses derniers moments celui qui fut l'objet de son admiration et de son culte, le vieux Goethe : a De la lumière! de la lumière 1 »
CHOPIN
11 fut donné à Chopin d’exprimer dans la langue des sons les plaintes de l’âme soufTrante de la Pologne. Au moment où il parut en France, les malheurs de la nation martyre éveillaient un écho douloureux dans tous les cœurs. Ainsi s’explique, autant peut-être que par son mérite réel, la vogue immense dont jouit cet artiste. La pitié des âmes françaises était pour moitié dans son succès.
Le 8 février 1810, naquit à Zelazowa-Wola, près de Varsovie, un enfant faible et malingre qu’on eût dit marqué dès sa naissance pour une mort prochaine. Rien non plus sous cette enveloppe débile qui indiquât une intelligence d’élite. Mais, comme Achille avait révélé son sexe en préférant les armes aux bijoux de femme que lui offrait Ulysse, Frédéric-François Chopin manifesta ses aptitudes innées, dès qu’on lui eut fait commencer l’étude de la musique. Son premier maître fut un vieux bohémien nommé Zvwny, qui admirait passionnément les œuvres de Bach. L’enfant, placé sous la direction de ce professeur à l’âge de neuf ans, reçut ses leçons pendant sept années. L’habileté de son exécution pleine de grâce et de délicatesse lui fit trouver un protecteur dans le prince Antoine Radziwill. Chopin appartenait à une famille peu aisée qui ne pouvait guère lui procurer
ciiopin.
une éducation convenable. Le prince plaça son jeune protégé dans un des meilleurs collèges de Varsovie et subvint généreusement à toutes les dépenses nécessitées par ses études. Chopin prit, dans le commerce des jeunes nobles polonais avec lesquels il étudiait, ces manières distinguées qui plus tard contribuèrent tant à son prestige. D’un caractère doux, d’une politesse qui n’excluait pas un certain calcul, il sut se faire aimer de ses camarades, notamment du prince Barys Czetvertynsky. celui-ci plus d'une fois l'emmena passer les vacances chez sa mère. Cette femme, d'un esprit et d’une élévation de sentiments remarquables, introduisit le futur musicien dans un monde aristocratique où, en échange des jouissances qu’il procurait par son talent précoce, il recevait des exemples de distinction et de bon ton. A l’ftge de seize ans, Chopin apprit la théorie de l'harmonie et les principes de la composition sous la direction d’Elsner, directeur du Conservatoire de Varsovie. Peu après, il visita Berlin, Dresde et Prague, afin de perfectionner son instruction musicale par l’audition des artistes de valeur que possédaient ces différentes villes. Désireux enfin de se produire, il se rendit à Vienne en 1829 et débuta le 1 1 septembre dans un concert donné par M"*Veltheim, artiste alors en vogue. D'après la notice biographique que M. Liszt lui a consacrée, Chopin n'aurait pas obtenu dans cette occasion, ni dans les concerts qu’il donna ensuite lui-même, le succès auquel il était en droit de s’attendre. Cependant la Gazette générale de musique de Leipsick rend hautement justice, dans son numéro du 18 novembre 1829, aux qualités du jeune pianiste.
En 1831, Chopin quitta Vienne. Les désastres qui venaient de fondre sur sa patrie lui avaient fait prendre la résolution de s’établir à Londres ; mais, chemin faisant, il passa par Paris, s’y arrêta, et devint notre hôte pour le reste de sa vie.
La première fois que la société parisienne fut conviée à entendre le virtuose polonais, ce fut chez Pleyel, le facteur de pianos; en général, les artistes qui composaient l’auditoire reconnurent à Chopin une manière tout exceptionnelle et n’hésitèrent pas à assigner un rang honorable aux productions qu’il avait exécutées devant eux. Toutefois quelques protestations s’élevèrent contre son jeu. Field, ennemi du romantisme, déclarait que c’était Un talent de chambre de malade; Kalkbrenner trouvait aussi à critiquer des taches dans le nouvel astre. Du reste, Chopin se jugeait mieux que personne. Sentant que son talent délicat et fin plutôt que puissant ne ferait point d’effet dans un concert, il se réserva exclusivement pour les salons. Le jour où il avait fait exécuter dans la salle des Italiens son concerto en mi majeur, les
applaudissements avaient été loin de répondre à son attente, et ce fut pour lui une amère déception. Aussi dès lors se sépara-t-il du profane vulgaire, se contentant des suffrages qu’il obtenait dans le monde le plus raffiné et le plus aristocratique de Paris. Les hautes familles de l'émigration polonaise, les princes Czartoryski et Lubomirski, les comtes Plater et Ostrowski, la comtesse Delphine Potocka l'accueillaient d'ailleurs avec la sympathie duc à un compatriote, et la considération due à un artiste d’un rare talent. Ce fut dans ce milieu qu'il vécut pendant les premières années de son séjour à Paris. Là, il se retrouvait parmi les siens ; là, on pouvait apprécier le caractère national de ses compositions ; polonaises, mazurkes, nocturnes, ballades où respirait le génie du peuple de Sobieski.
En môme temps, Chopin sè livrait à l’enseignement. Sa distinction de gentleman et sa supériorité de musicien lui recrutèrent dans le sexe faible un grand nombre d'élèves. Ce fut une mode, un véritable engouement. En donnant scs leçons, le professeur se déridait; il triomphait de son penchant à la mélancolie et paraissait se plaire dans cette atmosphère chargée de musc et de fumée d’encens où le maintenait l’admiration des femmes exaltées et romanesques.
Cependant, en 1837, sa santé, qui avait toujours été faible, s'altéra gravement. Pour combattre la phthisie, qui faisait chez lui des progrès alarmants, les médecins l’envoyèrent passer l’hiver à Majorque. M“* Georges Sand, l’une de ses admiratrices les plus enthousiastes et de ses amies les plus intimes, ne voulut point l'abandonner et résolut de l’accompagner dans le lieu d’exil désigné par la Faculté. Dévouement plus grand peut-être quelle ne se l’était d’abord figuré ! 11 faut lire dans ïüistoire de ma vie à quel point, sous l’influence de la maladie et libre de la dissimulation imposée par les salons parisiens, le doux et onctueux pianiste devint despotique, maussade, insupportable. Mais ce que M"' Sand nous raconte de Chopin, ne nous l’a-l-elle pas raconté aussi d’Alfred de Musset dans son fameux roman Elle et lui? Quelle est donc celte nécessité d'embellir aux dépens du malade le rôle qu’elle avait assumé volontairement? En tous cas, si les faits sont assez croyables, le témoin ne l’est guère. Il est bien plus simple de conclure queM”' Sand ne possédait pas précisément les qualités d’une sœur de charité.
Le climat de Majorque avait exercé une salutaire influence sur la santé de Chopin. A son retour en France, malheureusement, l’affection de poitrine, momentanément vaincue, prit sa revanche, et, depuis 1840 jusqu'à sa mort, l’infortuné musicien ne fit plus que traîner
CHOPIN
une misérable vie au milieu de continuelles souffrances. En 1846 et 1847, la moindre marche, le plus petit escalier qu’il montait, lui causait des suffocations. Pendant les troubles de 1848, il visita l'Angleterre et l’Écosse. Voyage fatal ! les ovations qu’il reçut partout lui firent oublier les soins réclamés par son état, et, quand il revint en France, ce fut pour mourir (17 octobre 1849). Ses fidèles amies ne voulurent point laisser à des mains étrangères le soin de l’ensevelir. Le corps, revêtu d’un costume de bal, fut déposé dans un cercueil plein de roses, et, pourcouronner cette triste parade, on commanda à la Madeleine un service solennel où les chœurs de l’Opéra exécutèrent le Requiem de Mozart. Les soli furent chantés par M“" Grisi, Brambilla, Lablachc et Alexis Dupont.
La génération actuelle a su faire la part des exagérations de 1831, mais, si elle n’éprouve plus de fanatisme pour Chopin, elle n'a pas cessé d'apprécier son talent plus élégant que vigoureux, ses mélodies d'un caractère souvent mélancolique et fantasque, toujours affecté, quelquefois original.
Le. morceau le plus joué de Chopin est sa grande valse en mi bémol ; Elle est brillante et produit de l’effet. Viennent ensuite les Mazurkas (œuvre 7) dédiées à M. Johns ; là se trouvent des mélodies ravissantes malgré leur bizarrerie ; quelquefois môme elles échappent à une tonalité appréciable, et il en résulte que l’accompagnement est loin d’en être correct. Les valses en la mineur, en ut diôzc mineur et en ré bémol majeur, les nocturnes dédiés à M"' Stirling, à M" Dilling et à M"* Pleyel, caractérisent le sentiment, le style, le mécanisme du célébré virtuose.
Ses compositions les plus fortes sont : la sonate en si bémol, qui renferme la Marche funèbre, considérée comme son chef-d’œuvre ; la Berceuse, le concerto en mi mineur, et le Scherzo en si bémol. Mais c’est dans le morceau ayant pour titre : Fantaisie inpromptu, en la bémol, publication posthume qui a été jouée sur tous les pianos, que Chopin a su allier les brillantes qualités du pianiste à la sensibilité de l’artiste et à l’imagination du musicien. Le rhythme ne saurait être proposé pour modèle, tant il est capricieux et bizarre, mais l’effet général platt par sa vive élégance et le parti véritablement charmant que l’auteur a tiré des ressources de l’instrument.
DAVID