‹ Les musiciens célèbresChapitre 11 sur 153 · LU LU · texte numérisé non relu

LU LU

On avait appelé Atys l’opéra du roi, on appela Isis l’opéra des musiciens. Le sujet de cette pièce, représentée le 5 janvier 1677, est l’aventure de la nymphe To que l’amour de Jupiter expose à la jalousie de Junon, et qui finit par être placée parmi les divinités célestes sous le nom d’Isis. Des machines, des changements h vue contribuaient sans doute à l’attrait de la représentation ; mais, dans les ouvrages de Lulli, le rôle du machiniste n’est jamais qu’accessoire. Ce qu’on applaudit plus que la pompe extérieure du spectacle, ce fut la scène pleine de délicatesse et de charme entre Jupiter et ïo; ce fut aussi le trio des Parques : le Fil de la vie. Tandis qu’on acclamait la partition, on faisait au livret un succès d’allusion, dont le pauvre Quinault se serait fort bien passé. Les mauvais plaisants affectaient de reconnaître la jalouse Montcspan dans le personnage de Junon. Quoique, selon toute apparence, le poète n’y eût point entendu malice, la colère de l’altière Vasthi s’en prit à lui et le tint pendant deux ans éloigné du théâtre. Lulli, au désespoir, dut s’adresser, pour avoir des poèmes, à Corneille, à Boileau, à Fontenelle et à La Fontaine; mais ces auteurs, en dépit de tout leur talent, faisaient de détestables vers lyriques. Le compositeur exigeait qu’ils recommençassent leur besogne dramatique scène par scène, et il ne lui arrivait pas toujours d’être satisfait de la seconde épreuve. Qu’on juge de l’irritation des plus beaux esprits du temps, en se voyant soumis aux caprices d’un musicien étranger, d’un ci-devant danseur! Ils furent violents et sans pitié. La haine de la gent littéraire n’est malheureusement pas bornée à une génération ou à un siècle. Vouée à l’animadversion des écrivains contemporains, la mémoire de Lulli n’est arrivée jusqu’à nous qu’à travers mille calomnies qui la déshonorent en la faussant. La plupart des biographes ont accepté, sans les discuter, ces imputations injurieuses que leur violence même aifrait dû rendre suspectesà une critique judicieuse. Est-il trop tard pour que la lumière se fasse, et pour que l’on montre l’auteur (F Atys , tel qu’il fut réellement, non tel que Font représenté des inimitiés passionnées ?

Ces inimitiés, dont on trouve la trace dans de nombreux écrits, s’exercèrent surtout après la mort du maître. Pour le moment, son plus grand ennui était d’être privé de la collaboration de Quinault. Thomas Corneille, ou Fontenelle, lui fit le livret de Psyché , tragédieopéra, représentée le 9 avril 1678. Huit ans auparavant, Lulli avait fait jouer, sous le même titre, une tragi comédie ballet dont les paroles étaient de Molière, Quinault et Pierre Corneille. On nous saura gré d’en citer un fragment. Rien de plus exquis et de moins sénile as-

surément que ce dialogue entre Psyché et l'Amour écrit par l’auteur du Cid , à l’âge de soixante-cinq ans.

l’auouii.

Vous ne me donnez pas, Psyché, toute votre 5me, te tendre souvenir d'un père et de deux sœurs Me vole une part des douceurs Que je veux toutes pour ma flamme.

N'ayez d'yeux que pour moi qui n’en ai que pour vous,

Ne songez qu'à m'aimer, ne songez qu’à me plaire,

Et quand dé tels soucis osent vous en distraire...

Page 1