THALBERG
ISIOISMOND) NÉ EN 1812
M. Thalberg est un des pianistes les plus remarquables de ce siècle. On l’a avec raison opposé àM. Liszt. Si son jeu est moins original que celui de son célèbre rival, en revanche il est aussi moins empreint du charlatanisme, et il approche plus de la beauté en ne cherchant pas à s’exonérer des règles du goût, et en se renfermant toujours dans le cadre musical : contrainte heureuse qui ne l'empêche pasd'ôtre plein d’effets neufs et puissants.
Sigismond Thalberg n’a point reçu de ses parents le nom que son talent a illustré. 11 naquit à Genève le "janvier 1812, duprinceM...D... et de la baronne de W... Ses premières années se passèrent auprès de sa mère; puis il fut conduit à Vienne où il commença l’étude de la musique. Dès l’âge de quinze ans, il se faisait entendre dans les salons et obtenait le suffrage des amateurs de société. Un an plus tard, il publiait des variations sur des thèmes d 'Euryante, de Weber (1828). L'artiste a depuis traité avec quelque dédain les premières productions de sa jeunesse ; cependant il n'est pas malaisé de retrouver dans l'essai que nous venons de citer, comme dans la Fantaisie sur un thème écossais, et dans l’impromptu sur des thèmes du Siège de Corinthe , le caractère vague encore, mais déjà saisissable, qui a dans la suite distingué son style.
En 1830, M. Thalberg parcourut l’Allemagne, selon l’usage des virtuoses, et les journaux, qui ont remplacé à notre époque les classiques trompettes de la Renommée, commencèrent à entretenir le monde artistique de ses faits et gestes. 11 avait composé un concerto
pour piano et orchestre, qu’il fit entendre durant ses pérégrinations, mais cette tentative dans un genre auquel la nature ne le destinait pas, eut peu de succès. C’est pour avoir enrichi la musique de piano de ressources nouvelles que M. Thalberg mérite d’étre placé à côté des maîtres de cet instrument. Une combinaison dont il est l’inventeur est celle qui consiste dans les arpèges traversant le chant proprement dit du grave à l’aigu et de l’aigu au grave. On a beaucoup abusé de ce procédé, devenu vulgaire depuis trente-cinq ans. Il en est ainsi de toutes les trouvailles et l'on peut dire des plus heureuses : Assiduitate vilescunt. Il n’en est pas moins vrai qu’au moment où l’auteur de la Fantaisie sur Moïse se fit entendre à Paris, il excita l’admiration générale. Ce morceau est resté classique ; il a eu pour effet de faire tomber l’air varié auquel la vogue était acquise depuis un demi-siècle et dont M. Henri Herz avait développé les formes d’une manière ingénieuse et charmante, particulièrement dans les variations sur un motif de la Violette.
Nous ne suivrons pas le célèbre pianiste dans ses excursions triomphales en France (1835), en Belgique, en Hollande, en Angleterre et en Russie(1839). Après avoir promené son talent à travers les diverses capitales de l’Europe, il aborda le théâtre sur le conseil d'imprudents amis ; mais ses opéras italiens : Florinda (1 851) et Cristina di Suezia ont été des essais malheureux. La fortune qui lui avait été infidèle au théâtre ne cessa point de le favoriser hors de la scène. A plusieurs reprises, en 1830, 1836 et 1863, M. Thalberg est allé se faire entendre de l’autre côté de l’Atlantique, et les concerts qu'il a donnés aux Etats-Unis et au Brésil ont produit d’abondantes recettes. L’artiste possède aujourd’hui une belle propriété aux environs de Naples. Il y récolte des vins renommés qui sont pour lui d'un revenu considérable; et même le célèbre pianiste n’a pas dédaigné de soumettre au jury de l'Exposition universelle de 1867 le produit de ses vignobles. M. Thalberg a épousé une des filles du chanteur Lablache.
La plupart des grands ouvrages lyriques ont fourni à M. Thalberg l’occasion d’écrire d’excellents morceaux de piano. Parmi les dernières productions qu’il a fait connaître lui-même dans une série de concerts donnés à Paris en 1863, on a remarqué les Soirées du Pausilippe.
DE FLOTTOW.
DE FLOTTOW
M. de Flottow est un gentilhomme qui cultive la musique avec talent et succès. Non qu’il soit du nombre do ces artistes inspirés dont les lèvres ont été touchées par le charbon ardent comme celles d’Isaïe ; le génie est rare. Mais il a du goût, une sensibilité distinguée et de bon Ion ; il sait encadrer une idée élégante dans une orchestration agréable ; en faut-il plus pour briller dans le ciel musical parmi les étoiles de moyenne grandeur?
C’est dans le féodal Mecklembourg, à Teutendorf, \ ieille seigneurie de sa famille, qu'est né le comte Frédéric de Flottow, le 27 avril 1812. En Allemagne, les jeunes nobles n’ont que le choix entre la carrière des armes et la carrière diplomatique. Chef d’escadron au service de la Prusse, le père du futur auteur de Martha songeait à faire de son fils un attaché d'ambassade. Lorsque celui-ci eut atteint sa seizième année, il l'emmena donc à Paris, notre capitale ôtant encore considérée à l'étranger comme le séjour des grâces et l’école de la haute distinction. Mais les goûts du jeune de Flottow ne le portaient point vers les emplois publics, et, peu jaloux de justifier les ambitions paternelles, il profita de son voyage en France pour étudier la composition avec Reicha qui venait de substituer à la méthode de Catel un système d'enseignement plus expéditif. De retour dans sa famille après la révolution de Juillet, il écrivit, vers l’âge de dix-neuf ans, ses premiers essais. Sur ces entrefaites, l’ordre troublé par la Révolution s’était rétabli chez nous ; M. de Flottow revint â Paris et parut d’abord borner ses prétentions artistiques à se faire écouter d'une société d'élite. L’opéra de Pierre et Catherine, son début, fut exécuté par des amateurs à l'hôtel Castellanc et plus tard représenté à Ludwigslust devant la cour de Mecklembourg. On se rappelle qu’Adolphe Adam débuta aussi par un ouvrage sur le môme sujet. Vinrent ensuite Thcodur Kôrner's Bergknappen (les Mineurs de Théodore Kœrner) opéra allemand ; Rob Roy, opéra emprunté au célèbre roman de Walter Scott, et joué dans un château près de Paris ; la Duchesse de Guise, opéra joué, en 1840, au bénéfice des Polonais. La salle Venta-