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Moore? Elle serait à peine lue par quelques lecteurs distraits. Grâce à la mélodie irlandaise et à sa vulgarisation par l'arrangement de M. de Flottosv, grâce à son interprétation par les cantatrices les plus renom • mées de l'Europe depuis vingt ans, ces strophes ont été applaudies non-seulement dans la langue originale, mais encore en français, en allemand, en italien. On voit, par cet exemple, les services que les musiciens peuvent rendre aux poètes. Que ceux-ci ne sc montrent donc pas si avares de leurs inspirations, si négligents dans la forme des œuvres qu’ils destinent à la musique, qui peut faire voler leurs vers d'un bout de l’univers à l’autre, et les graver pour plusieurs siècles dans la mémoire des hommes.
Lady Henriette et son amie, grâce à lord Tristan qui veille toujours sur elles, parviennent à s’enfuir de la ferme. Quelque temps après, Lionel, qui a fait de vains efforts pour retrouver sa servante, est tout surpris de reconnaître la fugitive Martlia sous les vêtements d’une dame de haut rang dans une partie de chasse de la cour. Il ne peut en croire ses yeux ; il doute de la réalité de cette vision; mais lorsqu’il reconnaît qu’un abîme le sépare de celle qu’il aime, il perd la raison. Le cœur de lady Henriette a été touché. Après de vaines tentatives pour guérir le pauvre Lionel, elle imagine de reprendre les vêtements qu’elle portait au marché de Richmond et de chanter la Romance de la Rose, comme elle l’avait fait à la ferme. Ce souvenir si heureusement évoqué dissipe les nuages qui obscurcissent l'esprit de Lionel. Lui-même d’ailleurs n’est qu'un seigneur travesti en fermier. La reine qui l’avait disgracié consent à lui rendre ses biens et dignités. Dès lors, rien ne s’oppose à ce que Lionel épouse lady Henriette.
Martha est le plus connu des opéras de M. de Flottow; il a joui d'une fortune immense en Allemagne. Remarquons toutefois qu'il est loin d’étre irréprochable au point de vue de l’harmonie. L’accompagnement du quatuor du Rouet est tout ce qu’on peut admirer sans réserve dans l'instrumentation ; il est d'un effet délicieux. Mais cet ouvrage a de l’élégance, il est bien mené et d’un intérêt soutenu. Après l’ouverture, on distingue, dans le premier acte, le chant des servantes et le chœur :
Ecco suona mezzodi,
Il mcrcaio s’apre già.
Dans le second acte, le quatuor du Rouet, le duo de Lionel et de Martha, où se trouvent la célèbre mélodie irlandaise et le finale du bonsoir. La chanson du Porter, ehantée par Plumkett, le chœur des chas-
seresses, le morceau d’ensemble, sont les parties saillantes du troisième acte. Les deux duos du quatrième acte sont inférieurs à ce qui précède. Au théâtre Italien les rôles ont été créés par Mario, Graziani, Zucchini, Mm" Saint-Urbain et Nantier-Didiée. Au théâtre Lyrique, M"' Nilsson laissera de longs souvenirs du charme avec lequel elle a interprété le personnage de Martha.
Nous ne mentionnons que pour mémoire divers ouvrages de M. de Flottow, tels que Rübezahl, la Grande- Duchesse et Albin qui n’ont pas été joués en France. Le H mai 1 8G0, le compositeur fit représenter au théâtre Kéjazet, Pianella, opérette en un acte. Le sujet de la pièce a été imité de la Serva padrona. Une ouverture bien développée, des motifs élégants semés dans la partition, entre autres le boléro, ont fait réussir à Paris cette œuvre qui avait déjà été donnée avec succès en Allemagne.
Sous le titre de Chants du soir et de Rêveries, M. de Flottow a aussi publié des trios pour piano, violon et violoncelle, et des duos pour piano et violoncelle en collaboration avec M. OfTenbach. Mais il doit suffire à l'heureux compositeur d’être appelé l’auteur de Martha.
WAGNER