OFFENBACH
pièces du même genre, et tous les théâtres en ont été inondés au grand détriment du goût, de l’esprit et de l’art. On n’a pas tardé à s'apercevoir qu’on était entré dans une voie funeste; mais l’impulsion avait été trop fortement donnée pour qu’on pût y mettre un frein. Ce genre de bouffonnerie à outrance remplace de parti pris les plaisirs de l'esprit et de l’oreille, les émotions du cœur par les sensations et les excitations les plus malsaines. On a dansé partout sur les motifs principaux de la partition. Plusieurs de ces mélodies ne manquent pas de charme ni d'originalité ; on leur accorderait volontiers un mérite artistique si elles n’étaient associées au souvenir des scènes les plus grotesques et les plus indécentes.
M. Offenbach donna ensuite Daphnis et C/i/oé, opérette en un acte, (27 février 1860); c’est une parodie de la charmante pastorale de Longus. Quelques mélodies ont cependant fait plaisir aux gens de goût, entre autres l'air d’entrée de Chloé, la jolie romance : Même eu fermant les yeux, la chanson de Néréa et le, trio de la leçon de flûte.
Nous ne dirons rien des pièces suivantes : le Mariage aux lanternes, la Chatte métamorphosée en femme, Mesdames de la Balte, Geneviève de Brabant. Mais la Chanson de Forltinio, qui est l’opéreltc la plus populaire de l’imprésario, nous arrêtera un moment ; les paroles sont de MM. Crémieux et Jules Servières; elle fut représentée le 5 janvier 1801 ; il y a de la sensibilité, de l'élégance, de la distinction dans cette musique, et en cela elle dépasse de beaucoup la donnée commune du livret. La chanson de Fortunioqui est devenue populaire a été écrite sur les vers d’Alfred de Musset :
Si vous croyci que je vais dire Oui j’ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
Vous la nommer.
Le Pont des soupirs fut représenté le 23 mars 1801. Il suffit de dire que les scènes les plus désopilantes répondent à ce titre lugubre. Les noms deCornaro-Cornarini, de Fabiano Malatromba, donnent une idée de la gravité des personnages. Plusieurs des motifs sont devenus populaires, entre autres la jolie romance: Ah! qu’il était doux, mon beau rêve, et les couplets : Je suis la gondo/ière. Le Carnaval de Venise sert de finale à cette pièce en se transformant en bacchanale échevelée, comme toujours. M. Offenbach donna encore Apothicaire et Perruquier, le Voyage de MM. Dunananpère et fils, opéra bouffon en deux
actes qui fut représenté le 22 mars 1862. La barcarolle: A Yenezia
la bella a laissé des souvenirs.
Il signor Eagotto fut représenté le li juillet 1868, à Ems, sur le théâtre de Cursaal, et ensuite à Paris, aux Bouffes-Parisiens. Parmi les morceaux les plus applaudis, on cite le quatuor d'entrée, et le sextuor final dont la composition est attribuée au signor Fagotto.
Le Roman comique fut joué le 10 décembre 1866. On n’a guère conservé de l’œuvre de Scarron que le litre et les noms de quelques personnages. On a applaudi plusieurs morceaux écrits avec verve par le compositeur, notamment le finale : Exécutons presto , presto!
M. Offenbach, qui avait eu la singulière idée d'ouvrir des concours et d'offrir des prix et des primes, avait, avec sa troupe, parcouru l’Angleterre en 1857, et l'Allemagne en 1858. En 1860, il se hasarda îi aborder l'Opéra avec un ballet ayant pour titre : le Papillon ; cet ouvrage n’eut aucun succès.
Barkouf, risqué en 1861 sur la scène de l'Opéra-Comique, eut l’accueil qu’il méritait sur ce théâtre où il s’était fourvoyé. Mais Scribe pouvait revendiquer une bonne part de l’insuccès ; n’avait-il pas eu l’idée singulière de choisir pour le héros de la pièce... un chien? Les habitués de l’Opéra-Comique, gens devenus cependant bien peu difficiles, protestèrent contre cet emprunt fait au théâtre de Guignol. M. Scudo, dans la Revue des Deux-Mondes , s’est montré sévère h l’endroit de cet ouvrage qu'il appelle « une chiennerie en trois actes » .
Après avoir quitté, (vendant quelque temps, la direction des Bouffes- Parisiens, M. Offenbach lu reprit et y donna plusieurs pièces parmi lesquelles nous citerons surtout, Lischen et Fritzchen, opérette en un acte dont les paroles sont de M. Paul Dubois, qui fut représenté le 3 janvier 1864. Cette petite pièce a obtenu le succès le (dus franc. Fritzclien, pauvre domestique alsacien, estropie si outrageusement le français que son maître l'a mis à la porte. Au momentoù il exhale sa douleur en plaintes comiques, il rencontre Lischen, jeune marchande de petits balais. Tous deux parlent un langage si extravagant qu’ils s’en effarouchent mutuellement; mais entre compatriotes la paix est bientôt faite et un temps de valse les a aussitôt réconciliés. Le duo qu'ils chantent sur les paroles : Je suis Alsacienne; je suis Alsacien, est d’une mélodie agréable. Le public s'est associé de bonne grâce à leur belle humeur. L'ouverture a de la gentillesse. L'air de la marchande de balais, la fable : Levai de ville et le rat des champs , dite par Lischen en langue franco-allemande, sont, avec le duo, les morceaux les plus amusants de celte opérette.
MASSÉ
Nous aurions encore à parler de la Belle Hélène. Cette composition burlesque, jouée au théâtre des Variétés depuis 1864, a eu un succès inouï que rien ne saurait justifier et qui, assurément, ne fait pas honneur au goût français de notre époque. A part l’introduction instrumentale où l’on remarque un joli solo de hautbois, tout le reste n’offre que des motifs de danse et des drôleries musicales. La musique est d'ailleurs en harmonie avec les paroles; et son caractère déchargé grossière rivalise de précision avec les bas instincts de la gaminerie parisienne. On se sent honteux d’assister à de telles pièces. Pour se justifier, on cite deux ou trois lazzis amusants; on envoie ses amis et connaissances les entendre ; on éprouve le besoin d’avoir des complices. Dans un certain monde, l’auditoire de Thérésa s’est recruté de celte manière.
La Grande-duchesse de Gérolslein a eu aussi le privilège d'attirer la foule, quoique la musique soit encore moins intéressante que celle des ouvrages précédents du compositeur. Tel a été l’engouement que cette pièce a causé, qu’à l’époque où l’Exposition universelle de 1867 amenait à Paris la plupart des souverains de l’Europe, la Grandeduchesse de Gérolslein a reçu les visites les plus inattendues.
On peut appliquer au genre restauré par M. Offenbneh le portrait que trace Boileau d’une littérature de décadence :
Au mépris du bon sens, lé burlesque effronté Trompa les yeux d'abord, plut par sa nonvcanlé On ne vit plus en vers que pointes triviales ; l.e Parnasse parla le langage des halles : l,a licence à rimer alors n'eut plus de frein ;
Apollon travesti devint un Tabsrin.
Cette contagion infecta les provinces,
Du clerc et du bourgeois passa jusques aux P.inccs.
MASSÉ