ERNEST
Il y a dans Horace une imprécation que l’on a coutume d’adresser aux imitateurs. Seulement il conviendrait de s’entendre sur le sens du mot imiter. C’est imiter quelqu’un que de planter des choux, disait Musset. On procède toujours d’un autre en effet, du moment qu’on
lifi) LES MUSICIENS CÉLÉBRÉS.
n'est pas venu le premier. Si M. Reyer, par exemple, tient de Berlioz et de Félicien David, c’est parce que, comme ces maîtres, il essaye souvent de faire dire à la musique ce qu’elle ne peut ni ne doit exprimer. Il est entré à la suite de l’auteur de la Damnation de Faust et de l'auteur du Désert dans une voie qui plaît aux esprits hardis et chercheurs, mais qui conduit parfois et trop fréquemment peut-être à des impossibilités artistiques. Là s'arrête, selon nous, le rapprochement ; et le reproche d’imitation, en dehors des limites où nous le circonscrivons, serait injustement appliqué au compositeur qui a écrit la Statue et Erostrate. Si celui-ci n’est point original, qui donc le sera ?
M. Ernest Reyer est né à Marseille le 1" décembre 1823. A l’âge de six ans, il entra à l’école communale de musique dirigée par M. Barsotti et il y obtint, à deux reprises, le premier prix de solfège. Grâce à d’heureuses dispositions naturelles et à une culture intelligente, il était devenu bon lecteur, quand ses parents, qui se souciaient peu d’en faire un artiste, l'envoyèrent à Alger, à l’âge de seize ans, pour y occuper une place dans les bureaux d’un oncle attaché à l’administration des finances dans notre colonie africaine. Au milieu de la besogne ingrate à laquelle on l’employait, M. Reyer n'en continuait pas moins de réserver tous ses loisirs à l’étude de son art. Il jouait du piano, acquérait des notions d’harmonie, organisait des concerts et présidait à toutes les réunions de société où l’on faisait de la musique. Quelques romances de sa composition attirèrent bientôt l’attention sur lui, et plus encore une messe, qu’il fit exécuter lors de l’arrivée du duc d'Aumale à Alger.
Après la révolution de 1818, M. Reyer vint à Paris, décidé à faire sa profession de ce qui n’avait pu être pour lui jusque-là qu'une chère distraction. Sentant tout ce qui lui manquait au point de vue technique de la composition, il travailla d’abord à acquérir les connaissances qui lui faisaient défaut, et fut heureux de trouver dans sa tante, M" Louise Farrenc, un guide sûr et éclairé. Après avoir mis au jour quelques productions légères, le jeune musicien, obligé de se créer des moyens d’existence, aurait pu attendre longtemps l’occasion de se révéler au public par une œuvre importante, s’il n’eût rencontré dans M. Théophile Gautier des sympathies bienveillantes qui allaient bientôt lui être utiles. Le poète écrivit pour le compositeur le livret d’une ode symphonique avec des airs et des chœurs, intitulée le Sciât». Cet ouvrage, d’un caractère oriental, conforme au sujet, fut exécuté avec succès au théâtre Italien, le 5 avril 1830. Malheureuse-