REVER. GUI
ment, le Sélam avait un tort : c'était de venir six ans après le Désert deM. Félicien David. La critique ne manqua pas de faire entendre que l’un procédait de l'autre. Mais M. Reyer ferma la bouche aux détracteurs qui niaient sa virtuosité, en faisant jouer au théâtre Lyrique, le 20mai 1854, Maître Wolfram, opéra-comique en un acte. Méry avait donné au jeune musicien un canevas trcs-simple, mais poétique et touchant Le jeune organiste Wolfram apprend à ses dépens que l’amitié n’est pas de l'amour, lui qui, élevé depuis l’enfance avec Hélène et bercé de l’espoir de l’épouser, découvre au dernier moment que sa prétendue ne l’aime que comme un frère ; elle a disposé de son cœur en faveur du soldat Frantz. Le pauvre amoureux se consolera de sa déception en courtisant la Muse. Pour son début dramatique, M. Reyer a eu la main heureuse. L’ouverture est pleine d’intentions, et la couleur de l’instrumentation est appropriée au sujet. Il y a beaucoup d'expression dans Y invocation à l’harmonie chantée par Wolfram. Ce morceau est suivi des délicieux couplets d’Hélène :
Je crois ouïr dans les bois , lino voix ; l.e vent me parle à l’oreille,
La fleur me dit ses secrets Les plus frais,
Et le ramier me conseille.
L’air du soldat Frantz : Maudit soit le ferrailleur, un chœur d’étudiants, une romance chantée par Léopold et un duo développé et composé de phrases distinguées, forment une petite partition, intéressante et dans laquelle la théorie musicale et le sentiment tout individuel de l'auteur de la Statue étaient révélés de manière â faire concevoir pour lui un bel avenir. L’Opéra-Comique a plus tard repris Maître Wolfram.
Il se passa quatre ans avant que M. Reyer reparût sur la scène, ce qui montre la difficulté qu'éprouve un musicien de mérite pour arriver à faire jouer ses ouvrages. Le ballet de Sacoimtala, dont M. Théophile Gautier avait écrit le scénario sur un sujet indien, 'fut représenté K l’Opéra, le 20 juillet 1858. Des circonstances étrangères à la valeur de l’œuvre l’empêchèrent de figurer longtemps sur l’affiche. Ce fut le départ pour la Russie de M"* Ferraris qui y remplissait le rôle principal, et surtout l’incendie du magasin de l’Opéra, incendie qui anéantit les décors de Sacountala. Des infortunes si inattendues et si peu méritées appelaient une réparation. Le talent de l’artiste la
trouva dans le succès qui accueillit la Statue , opéra-comique en trois actes et cinq tableaux, représenté au théâtre Lyrique, le 1 1 avril 1861. L’orient, qui avait déjà inspiré M. Reyer, le servit encore heureusement cette fois. Jusqu’ici la Statue est son meilleur ouvrage. Admirateurpassionné de Weber, le compositeur n’en est pas pour cela le disciple servile : Il est assez riche par lui-même en idées élégantes, colorées et d'un rhythme énergique. Dans la partition qui provoque ces remarques, nous rappellerons particulièrement le chœur des voisins de Kaloum-Darouch, celui des musiciens et l’air de S lim.
Les tendances novatrices de l’école wagnérienne, tendances vers lesquelles a toujours incliné M. Reyer, sont surtout sensibles dans son dernier ouvrage, Erostrate, opéra en deux actes, représenté sur le théâtre de Bade, le 21 août 1862. MM. Méry et Pacini, auteurs du livret, ont fondu dans l’action le souvenir de la Vénus de Milo et celui de l’incendie du temple de Diane, le jour de la naissance d’Alexandre le Grand.
Ce poème mythologique, où respire une molle langueur, n’a pas peu contribué à revêtir d’une teinte voluptueuse la musique de M. Reyer. Peut-être même le compositeur n’a-t-il pas échappé à la mignardise en voulant être neuf et passionné. Cependant, bien que la partition d 'Erostrate ne vaille pas celle de la Statue, elle offre des morceaux intéressants. Dans le premier acte, on remarque le chœur des suivantes : Sur nos luths d'Ionie, fort simple et d'un gracieux effet ; le duo amoroso, entre Athénaïs et Scopas : Oui, nous irons à Mitylène, auquel on peut reprocher une langueur un peu morbide, et les couplets de Scopas :
O Vénus la blonde,
Qui sortis de Ponde Pour charmer le monde Et sourire aux dieux.
Au deuxième acte, l’air d’Éroslrate (rôle de basse) : Le dieu Plulus d ma naissance, a de l’originalité et de l’énergie. Le plus beau morceau de tout l’opéra est, à notre avis, le duo scénique: La foudre a brisé ma statue, entre Athénaïs et Scopas. L’accent dramatique y domine avec force, et la mélodie n’y fait pas défaut. M. Reyer a été décoré de l’ordre de la Légion d'honneur et de l'Aigle rouge de Prusse.
On a encore de ce musicien plusieurs mélodies détachées et un recueil de quarante chansons anciennes dont il a écrit les accompagnements. R a fourni des articles de critique musicale à la Presse, à la