‹ Les musiciens célèbresChapitre 19 sur 153 · CAMPRA · texte numérisé non relu

CAMPRA

naval de Venise, opéra ballet en trois actes avec un prologue, dont les paroles étaient de Regnard (28 février 1699). 11 est à remarquer que cette pièce se termine par un petit opéra en un acte et en italien, intitulé Orfeo negl ’ in fer i.

Les débuts de notre compositeur l’avaient signalé comme le plus habile musicien de son temps. Il restait et il resta toujours fort inférieur à Lulli, mais il l’emportait sur Colasse et Destouchcs par les idées et la facture. Entrant dès lors résolûment dans la voie où le succès l’appelait, Campra se démit de la maîtrise de Notre-Dame, et signa désormais ses opéras de son propre nom. Coup sur coup, il donna Uésione (1700), Aréthuse (1701) et Tancrède (7 novembre 1702). Cette dernière pièce est une création de M,le Maupin. La fameuse cantatrice possédait, comme on sait, une voix presque virile ; Campra écrivit pour elle le rôle de Clorinde dans un diapason inusité jusqu’alors. C’est la première fois qu’on entendit en France sur la scène un contralto. La vogue de Tancrède rivalisa avec celle des opéras de Lulli que l’on continuait de donner. On ne compte pas moins de six reprises de cet ouvrage jusqu’en 1750, époque à laquelle s’arrêtent nos renseignements. Thévenard chanta le rôle de Tancrède pendant près de trente ans et fut remplacé par Chassé pour les deux dernières reprises. Les Clorindes furent successivement M"** Maupin, Journet, Antier; cet opéra fut une occasion de triomphe pour les danseuses Camargo et Sallé. Voici les morceaux dont se composait un pas de trois ou petit ballet qui eut beaucoup de'succôs à cette époque : un prélude grave, une chaconne, un air de trompette, une lourc, un passe-pied en rondeau et un tambourin. Les chœurs de Tancrède attestent un notable progrès dans la composition musicale. Campra avait appris le bon emploi des ressources vocales dans l’exercice de ses fonctions de maître de chapelle.

Après les Muses (1703), parut Iphigénie en Tauride (1704). Le poème était l’œuvre de Duché et de Danchet ; la musique appartenait à Desmarets et à Campra. Le malheur a voulu que Gluck traitât plus tard le même sujet de manière à ôter tout intérêt aux tentatives de ses devanciers.

Télémaque ou les Fragments des modernes , tragédie-opéra en cinq actes, avec un prologue, fut représentée la môme année (11 novembre 1704) à l’Académie royale de musique. Cet ouvrage est un pastiche composé de fragments de plusieurs opéras, récemment représentés, tels que ceux d 'Astrée, (VE née et Laoinie , d 'Aréthuse, de Médée, du Carnaval de Venise, d'Ariane, de Circé, des Fêtes galantes etd 'Ulysse.

Alhie (1705), le Triomphe de l'Amour (1705), Hippodamie (1708)

précédèrent les Fêtes vénitiennes, Vun des opéras de Campra qui ont le plus contribué à sa réputation. Représenté sur la scène de l'Académie royale de musique le 17 juin 1710, il a été repris huit fois, et quarante ans ont à peine suffi à épuiser sa vogue. La musique de cet ouvrage est intéressante; elle a du mouvement et de la gaieté. On entend encore avec plaisir les sérénades et les barcarolles des Fêtes vénitiennes.

Le musicien et le poète qui avaient fait en collaboration la pièce précédente, Campra et Danehet, ne furent guère moins bien inspirés en écrivant Idoménée, tragédie lyrique en cinq actes, représentée par l'Académie royale de musique le 12 janvier 1712. Celte œuvre se recommande à la fois par le mérite littéraire et par l’intérêt musical. Il ne faut excepter de cet éloge que le prologue qui offre au début un ballet peu digne delà majesté du cothurne. Le rôle d’Idoménée a été un des meilleurs qu'ait tenus Thévenard.

Idoménée fut suivi des Amours de Mars et de Vénus (septembre 171 2), de Télèphe (28 novembre 1713), de Camille (1717), des Aijes (1718), et enfin, à.' Achille et Déidamie (1733).

En 1718, Campra obtenait du roi une pension de oOO livres ; quatre ans après, il était nommé maître de la chapelle de Louis XV (1722) et appelé à diriger en même temps la musique du prince de Conti. Quoique musicien de talent, il ne fit pas oublier Lalande, son prédécesseur. Pour satisfaire aux exigences de sa charge, il composa alors des divertissements pour la cour, tels que la Fête de l Ile Adam( 1722), les Muscs rassemblées par l’Amour (1723), le Génie de la Bourgogne (1732), les Noces de Vénus, partition qu’il écrivit en 1740, ôgé de quatre-vingts ans. On lui doit aussi trois livres de cantates et cinq livres de motets. 11 a attaché son nom à l’air longtemps populaire de la F urstemberg .

Cet artiste mourutà Versailles le 29 juillet 1744. Dépourvu d’originalité et souvent incorrect dans son style, il a du moins trouvé dans une certaine vivacité de rhythme un élément momentané de succès. 11 a fourni en somme l’exemple d’une belle carrière d’artiste, à la fois laborieuse et honorée. On frappa une médaille en son honneur en 1730. On y voit une allégorie, et le revers porte cet exergue :

Des sainls cl des héros il sail chanter la gloire.

COl'PERIN.

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