I.ulli de la lyrique scène Est toujours l'unique soutien
Fuyez, laiss z lui son partage,
El n’écorchez pas davantage Les oreilles des gens de bien.
Los Files de Polymnie (12 octobre 1745) et le Temple de la Gloire (27 novembre 1745) ne réussirent point. Voltaire neserable avoirécrit le livret du second de ces opéras que pour montrer son infériorité dans un genre cultivé avec succès par les Pellegrin et les Cuhusac. Ce dernier collabora avec Rameau pour les Fêtes de Polymnie, les Fêtes de l'Hymen et de l’Amour (5 novembre 1748), Z aïs (29 février 1748), Nais (1749), Zoroastre(lH')) , la Naissance <f Osiris (1754), Anacréon (1754). Parmi les autres littérateurs qui travaillèrent pour le maître, on remarque encore Fuzelicr, Monddrge, La Bruére et Monticour. Le célèbre chanteur Jélyotte se distingua dans les rôles de Zoroastrc, de Zaïs, d 'Osiris, etc. Les ballets donnèrent occasion d’admirer les grâces et la légèreté deM“* Sallè. C’étaient là assurémentde belles représentations.
Quoique Rameau ait abordé la scène fort tard, à l’âge de cinquante ans, il n’en composa pas moins trente-six ouvrages dramatiques. Le dernier qu’il ait fait représenter, les Paladins (12 février 1760), fut écrit par l'auteur à l’âge de soixante-dix-sept ans. Cette énergique vitalité, qui s’était conservée dans un corps d’une apparence frôle et débile, l’artiste la devait à la sobriété de son régime, à la tempérance dont il se fit toujours une loi. On l’a souvent accusé d’avarice, bien qu’il ait aidé de sa bourse le compositeur Dauvergnc et l’organiste Balbâ’re, et qu’il ait longtemps servi une pension à sa sœur infirme. Ce qui a pu donner lieu à ce reproche, c’est que Louis XV lui ayant accordé des lettres de noblesse, pour pouvoir ensuite lui conférer l’ordre de Saint-Michel, Rameau se refusa à les faire enregistrer, alléguant les frais de chancellerie à payer. Toutefois, la conscience de sa valeur et le peu d’ambition qu’il ressentait pour les honneurs de cette nature eurent peut-être plus de part à ce refus que l’appréhension
RAMEAU
de dépenser quelques écus. «Ma noblesse est là et là, répondait-il, en montrant son front et son cœur. » Le musicien ne laissa pas que d'être décoré, mais quand même il faudrait «attribuer sa conduite en cette affaire à une préoccupation d'argent, on aurait tort de l'en blâmer sévèrement. Les intérêts des compositeurs de théâtre étaient alors trop sacrifiés pour leur permettre d’afficher l'indifférence en matière pécuniaire. D'un état de comptes présenté par l’auteur de D irdanus au prévôt des marchands, il résulte qu’après avoir en dix-neuf ans fait entrer !>78,000 livres dans la caisse de l’Opéra, il n’en avait touché que 22,000, soit environ 1,157 francs par an. Ne fit-il pas mieux de ménager scs petites épargnes que d’en distraire une partie pour l'acquisition d’un titre honorifique? Sans les profitsde son enseignement et la vente de ses pièces de clavecin, le grand Ilameau n’aurait pu vivre.
Au demeurant, Rameau était un honnête homme, dont le seul défaut consistait en une humeur sombre et taciturne que sa famille ne parvenait pas toujours à égayer. Il mourut à plus de quatre-vingts ans, le 12 septembre 1701. Les obsèques magnifiques qui lui furent faites à l'église de Saint-Eustache témoignèrent de l’estime qu’on avait pour son talent, et des regrets que causait sa perte.
Un neveu de Rameau — est-ce le même dont Diderot a laissé un portrait si original? — a écrit, en 1706, un poème intitulé la Raméide, destiné à glorifier la mémoire de son oncle. Cet ouvrage est aussi misérable par l’invention que par le style. L’auteur ne sait que geindre sur sa lamentable situation. L’éloge de l'immortel compositeur lui sert de prétexte pour exposer sa misère au public, et surtout aux grands. Son oncle ne fut point pour lui un caissier donné par la nature :
J'attendais de cet oncle ail moins un peu d'aisance Pur pur égard au temps de trente ans de constance A lui luire ma cour à l'exemple des miens,
Mais, tout à son talent, il voyait peu les siens.
Si bien donc qu’il parvint, moi toujours espérant,
Sans pouvoir m'étre utile, à son dernier instant.
Le pauvre sire se croit tout permis parce qu’il est le neveu d'un grand homme, et il émet des prétentions insoutenables dans une langue presque inintelligible :
Je ne vois point l'abus d’un logement au Louvre,
Avec marques d'honneur au troisième héritier
De l’Ecole des sons, de celui du clavier.
De celui de l’arclict, de la voix, de la llûle,
Assez pour soulcnir son coin dans la dispulc.
Cette ineptie e’st datée du Dimanche des Rameaux, et porte la rubrique : cl Pélersbourg, aux Rameaux courotmés. Jeu de mot pour jeu de mot, nous préférons encore celui de Sophie Arnould, s’écriant à la nouvelle de la mort de l’illustre musicien : « Nos lauriers ont perdu leur plus beau rameau. » On comprend qu’un neveu si bête, si besogneux, si rimeur, soit parvenu à faire à. l’oncle, dans l'esprit de quelques biographes superficiels, une réputation d’égoïsme et d’avarice.
Diderot se devait à lui-même de ne pas se faire l’écho des doléances de cet homme, en disant que Hameau se souciait de sa famille « comme d’un clou à un soufflet. » Nous avons vu que rien n’était plus inexact. Malgré la gravité et la rudesse de son caractère, Rameau s’était fait des amis autant par sa droiture que par son mérite. 11 eut le bonheur d’avoir une femme excellente, bonne musicienne, qui dut adoucir souvent les amertumes et les désenchantements de sa vie éprouvée.
Les théories de Rameau mériteraient un examen étendu, qui serait peu à sa place dans ce livre. Nous ne saurions non plus suivi e dans le détail ses diverses polémiques avec le P. Castel, d’AIcmbert, Euler, etc. Si plus d’une objection de ses adversaires était fondée, si les travaux du musicien dijonnais ne sont pas le dernier mot de la science harmonique, il faut au moins reconnaître qu’ils ont posé le principe de cette science jusqu'alors encombrée d’obscurités, ou plutôt livrée à l’empirisme. Par ce côté de ses études et de son génie, Rameau appartient bien au dix-huitième siècle, h ce siècle dévoré du besoin de tout codifier pour tout connaître. H a introduit la philosophie dans la musique et exercé sur l'art une influence plus sérieuse peut-être par ses doctrines et ses expériences que par ses chefs-d’œuvre. Contenions-nous de constater ici que le système de la basse fondamentale est devenu la base de l’enseignement musical en France jusqu'à l’apparition de l’ouvrage de Catel, c’est-à-dire pendant une période de quatre-vingts ans.
Rameau était de haute taille. Il est possible qu’il ne fut point laid dans sa jeunesse ; mais comme il parvint fort tard à la célébrité, tous les portraits qu’on a de lui, le représentent fort âgé. Le meilleur a été fait par Caffieri, en 1760, et gravé par Saint-Aubin, en 1762. Un autre a été peint par Restout, et gravé par Benoist. Nous ne parlerons que pour mémoire de ceux de Masquelier et de Dagoty, mais nous si-