BACH
son oreille exercée qu'il s'écria : « Grâce au ciel, voici du nouveau, et j’apprends ici quelque chose ! » Ce nouveau remontait peut-être à soixante ans de là, mais il ne fallait rien moins que l’admiration d’un artiste tel que Mozart pour le tirer de l’oubli. Dés lors le branle était donné à l’opinion, et la vogue commença à s’attacher aux œuvres du matire. Dans les premières années du dix-neuvième siècle, Schichtct Forkcl firent une édition des œuvres de clavecin de Bach (chez Kühnel à Leipsick), et en 18.'»0, à l’occasion de l’anniversaire séculaire de la mort du grand musicien, une société s'est formée pour la publication intégrale de tout ce qu'il a laissé.
Quand on a dit le mérite du compositeur, l’art avec lequel il fait mouvoir un grand nombre de voix et d’instruments, la variété des effets de son harmonie, on n'a pas tout dit. Bach, au jugement des contemporains, était doué à un degré extraordinaire des qualités du virtuose, qualités dont la postérité ne peut pas juger. On lui doit l'invention ou plutôt une application systématique et constante du doigté de substitution appliqué à la musique d’orgue. 11 était aussi très-entendu dans la construction des orgues.
Le nom d’un grand homme est un fardeau lourd à porter, dût le poids en être réparti sur vingt tètes, comme c’est le cas pour les héritiers de Bach. Les fils de l’immortel claveciniste n'atteignirent pas à la gloire paternelle, mais plusieurs, du moins, en continuèrent dignement la tradition. L’alné, Guillaume Friedmann, dont la vie fut malheureuse et qui se vit peu apprécié de son vivant, a écrit des sonates, des concertos, des fugues où il y avait assez de talent pour faire la réputation d’un musicien ordinaire qui ne se fût pas appelé Bach.
Emmanuel Bach, le créateur de la sonate moderne, eut le sort de beaucoup de précurseurs. Le genre qu’il avait inventé ayant été poussé à une haute perfection par Haydn et Mozart, on lui a su peu de gré d’avoir ouvert la voie où d’autres se sont illustrés après lui. C’est le devoir de l’historien de protester contre cette injustice de la postérité.
Deux autres fils de Jean-Sébastien méritent encore une mention : Jean-Christophe, contro-pointisle distingué, et Jean-Chrétien, qui, le premier de sa famille, s’adonna à la musique dramatique. Il écrivit quinze opéras, dont plusieurs, entre autres Amadis des Gaules , ont joui d’une grande célébrité.
Les meilleurs portraits de Sébastien Bach ont été faits à Londres et à Leipsick. Nous avons donné la préférence à un médaillon allemand gravé dans cette dernière ville, parce qu’il reproduit plus lieureuse-
ment la physionomie du maître ; les yeux sont pleins de feu et l’ensemble respire la vivacité et la bienveillance.
MARCELLO
Benedetto Marcello offre dans ses ouvrages l’alliance de la forme scolastique italienne, avec l’expression lyrique. En dépit des fréquentes révolutions qui atteignent et modifient le plus variable des arts, ses Psaumes, vieux de cent quarante ans, n’ont rien perdu de leur grandeur et de leur beauté.
Ce compositeur naquit à Venise le 24 juillet 1686. Appartenant à une des plus nobles familles delà république, il reçut une éducation brillante sous la direction de son père. Bien qu’il fût réservé par son origine h occuper de hauts emplois dans l’État, l’objet principal de ses soins fut toujours la culture de la poésie et de la musique. 11 ne semble point toutefois avoir aimé l’étude du violon, ou du moins il s’en dégoûta vite, comme aussi de ces règles fastidieuses dont plus ■d’un commençant repousse l'austérité, lorsqu’il n’en a point encore compris les secrets avantages. Cependant telle était dès ce temps l’application de Marcello à la musique, que son père, craignant de le voir compromettre sa santé par un travail excessif, l’emmena à la campagne et eut soin de faire disparaître tous les objets qui pouvaient lui rappeler sa passion. Le jeune homme n’en trouva pas moins le moyen de se procurer du papier réglé, sur lequel il écrivit une messe dont les beautés triomphèrent des résistances de son père. Le patricien mourut peu après, et son fils se livra dès lors sans contrainte au culte de l’art qui devait immortaliser son nom : membre d’une société d’amateurs, formée au Casino de’ Nobili , il y fit souvent exécuter ses productions. 11 ne tarda pas à reconnaître que ses études étaient fort incomplètes, et qu'il ne possédait qu’imparfaitcment la connaissance des règles du contre-point ; il prit des leçons de Gasparini, auquel dans la suite, il témoigna toujours la plus respectueuse déférence.
MARCELLO
Lui-même compta au nombre de ses élèves l’illustre cantatrice Fausline Bordoni, qui devint plus tard l’épouse de Hasse.
Marcello ne se contenta pas d’être un artiste éminent, il fut aussi un citoyen utile et occupa avec distinction différents postes dans la magistrature, jusqu’à l’ûge de trente ans. On le voit ensuite membre du conseil des quarante, puis en 1730, nommé Provveditore à Pola. Le climat de cette ville porta de graves atteintes à sa santé. Il y perdit toutes ses dents ; et, comme il était doué d'une belle voix, cet accident lui causa un double déplaisir. Il obtint un changement de résidence, et fut envoyé à Brescia comme camerlingue ou trésorier. Mais il était trop tard : Marcello ne fut pas plutôt arrivé à Brescia, que le mal qui le consumait le conduisit rapidement au tombeau. Il mourut le 24 juillet 1739, jour anniversaire de sa naissance. L’épitaphe latine placée sur son tombeau dans l’église de S unt-Joseph des Franciscains, résume ses divers titres au souvenir de la postérité.