V1XIT ANN. LU MENS. XI D. XXIII
Jusqu’à l’âge de quarante ans, ce musicien avait mené la vie dissipée d’un homme du monde et d’un Vénitien de cette époque ; la république de Saint-Marc était aussi tristement célébré par la licence et la dissolution qui y régnaient, que par son luxe et son élégance artistiques. La réforme des mœurs de notre compositeur fut causée par un événement étrange. Le 16 août 1726, il entendait la messe dans l’église des SS. A postât i, quand une pierre tumulaire qui était sous ses pieds s’écroula et l’entraîna jusqu’au fond de la tombe. Cet accident dont il fut quitte pour la peur, lui lit faire de sérieuses réflexions sur l’état de son âme et sur les dangers qu’il courait en restant attaché aux plaisirs ; descendu tout vivant dans un cercueil, il comprit mieux la vanité de la vie. Homme d’imagination, mais fort sensé au fond, il sut mettre à profit la salutaire pensée de la mort. Dès lors ses sentiments religieux que l’ardeur de la jeunesse avait plutôt amortis qu’étouffés, se réveillèrent et devinrent la règle de sa conduite ultérieure. 11
rompit avec ses compagnons de débauche pour s’entourer d'esprits graves et de personnes pieuses. Sa ferveur alla si loin que, dans scs dernières années, il finit par considérer la musique comme un délassement trop profane, et lui préféra la poésie, encore fut-ce la poésie chrétienne, ainsi que le prouve son poëme Sur la rédemption.
Un soir, ou plutôt une nuit, Marcello placé à l’une des croisées de son palais, prêtait l’oreille aux chants qui sortaient des gondoles dont le grand canal était sillonné. Une voix de jeune fille, fraîche, pure, harmonieuse, attira particuliérement son attention. Il donna ordre à ses domestiques de faire approcher la barque d’où s’échappaient ces accents angéliques ; le plus charmant visage s’offrit alors aux regards de l’artiste. Lacantatrice nocturneétait une jeune plébéienne, nommée Rosana Scalfi : Marcello en fit d’abord son élève et, plus tard, l’épousa en secret pour éluder sans doute les rigoureuses lois qui Venise interdisaient aux patriciens de se mésallier ; aucun enfant ne naquit de ce mariage.
Nous n’avons pas à rappeler ici les travaux littéraires du noble vénitien. L’ouvrage qui a fondé sa gloire de compositeur est la musique qu’il a écrite sur une paraphrase italienne de cinquante psaumes, ■œuvre de Girolamo Ascanio Giustiniani. Ces compositions sont d’une ampleur, d’une majesté, d'un style noble et pur qui convenaient admirablement à la plus belle poésie sacrée qui soit jamais sortie d’une bouche humaine. 11 est mille fois regrettable que Marcello ne se soit pas servi du texte latin. D’une forme trop élevée pour jamais devenir populaire, scs psaumes auraient pu être adoptés par l’église pour être exécutés dans les fêtes religieuses. On en a publié des arrangements sur des paroles latines; mais le déplacement des accents, des césures, la substitution de valeurs brèves aux valeurs longues et vice versd, faisant disparaître en grande partie la beauté originelle de l’inspiration, ont nui au succès de cette louable tentative. 11 serait îi désirer qu’il existât dans quelque église une institution extra-liturgique qui permît d’y faire entendre les chefs-d'œuvre de musique sacrée écrits en langue vulgaire, tels que les Psalmi et les Laudispirituali qui ont joui autrefois de la plus légitime célébrité.
On a encore de Marcello des concertos, des sonates, des can zoni , l’oratorio intitulé Giuditta et quelques autres compositions qui se rapprochent du genre dramatique.