LEO
NÉ EN !09i, MORT EN 1"<G
Contemporain de Dorante, Léonard Léo partage avec lui l'honneur d’avoir organisé l’école napolitaine au dix-huitième siècle. Sans être inférieur à ce maître dansla musique d’église, il eut de plus que lui le génie dramatique, et il jouirait peut-être d’une gloire plus grande comme compositeur d’opéras, s’il n’avait eu pour élèves des hommes tels que Piccinni et Jomelli.
Il naquit en l69i à San Vito degli schiavi dans le royaume de Naples. Il étudia sous la direction de Fago surnommé le Tarentino au conservatoire de la Pietà dei Turchini à Naples ; puis, s’il faut en croire Girolamo Ghigi, il se rendit à Rome où Pitoni lui enseigna le contre-point. Nommé, à son retour à Naples, second maître du conservatoire de la Pietà , Léo obtint en 1710 la place d’organiste de la chapelle royale, et, un an après, il fut désigné pour celle de maître de chapelle de l’église Santa Maria délia Solilaria ; son début dans la carrière de compositeur dramatique, fut l’opéra de Sofonisbe , représenté au théâtre San-Bartolomeo à Naples en 1719. Cet ouvrage qui excita une admiration générale fut suivi d’environ quarante autres parmi lesquels l’un des plus remarquables est le Demofoonte donné en 1741 et où débuta le fameux chanteur Caffarelli. 11 composa la musique de plusieurs opéras de Métastase et on comprend combien de si beaux poèmes devaient exciter l’émulation du musicien. Au milieu d’une si active production, le compositeur savait faire la part de renseignement. Il ne se contenta pas, comme son collègue Durante, du rôle modeste de la pierre à aiguiser :
Acutum
Reddere quæ ferrum valet, exsors ipsa secandi.
Il peut revendiquer quelque chose de l’illustration des Piccinni et des Jomelli qui furent ses élèves, après qu’il eut quitté le conservatoire de la Pietà pour celui de Sant' Onofrio.
Dans le nombre de ses compositions religieuses, on signale comme des modèles Y Ave jnaris Stella , pour voix de soprano et orchestre, le Credo à quatre voix et le Miserere à deux chœurs, écrit
en 1743 pour le duc de Savoie. Ce prince, voulant témoigner à l’artiste l’admiration qu’il avait pour ce morceau, lui accorda une pension de cent onces d’argent. Léo à son tour se piqua de délicatesse et crut qu’une rémunération si magnifique lui ôtait tout droit de propriété sur son œuvre. Aussi lorsqu’à son retour à Naples ses élèves lui demandèrent des copies du Miserere, il se refusa nettement à leur en laisser prendre. Il fallut éluder ses résistances, et voici comment on y parvint. Un des élèves du conservatoire deSant’ Onofrio avant découvert l’endroit où la partition était déposée, l’enleva à l’insu du maître, la divisa entre scs camarades pour la transcrire en toute hâte, puis, la besogne achevée, remit le précieux manuscrit à sa place. Quelques jours après, les élèves invitèrent Léo à les entendre chanter un morceau nouveau et exécutèrent le Miserere en sa présence. Il se montra d’abord courroucé de ce larcin, mais son mécontentement ne tarda pas à s’apaiser. Touché au fond des sentiments que son œuvre inspirait à une jeunesse enthousiaste et affectueuse, il fit recommencer l’exécution pour la rendre plus parfaite. Terminons cet exposé sommaire des travaux du fécond musicien en citant ses oratorios, ses sérénades, sortes de pièces de circonstance, et enfin ses compositions instrumentales, concertos, fugues, toccates. 11 a encore écrit à l’usage de son école six livres de solfèges et deux livres de partimenti ou basses chiffrées.
Léo était un homme de moyenne taille, au teint basané, à l’œil brillant, doué d’un tempérament ardent et d’une dévorante activité qui lui faisait consacrer au travail la plus grande partie de ses nuits. Son humeur, d’ordinaire sérieuse, n’excluait pas l’urbanité, et, tout en ayant la conscience de son talent, il ne déprécia jamais celui de ses rivaux. D’après le marquis de Villarosa qui a recueilli de curieux documents sur l’école napolitaine, ce maître succomba à une attaque d’apoplexie pendant qu’il écrivait un air bouffe de la F in la Frascatana , ouvrage laissé inachevé par l’auteur et terminé par Capranica. On trouva l'artiste la tète appuyée sur son clavecin dans l’attitude du sommeil ; mais, quand on le releva, on s’aperçut qu’il avait cessé de xivre. Cette mort regrettable arriva en 1746. Léo n’était âgé que de cinquante-deux ans.
DUtiI.