‹ Les musiciens célèbresChapitre 32 sur 153 · PHILIDOR · texte numérisé non relu

PHILIDOR

NÉ EN me, MORT EN 1"05

Encore line dynastie musicale. Avant d'être rendu célèbre par l’auteur d’ Emelinde, de Tom Jones, du Sorcier, le nom de Danican Philidor avait été porté déjà par plusieurs générations de musiciens, attachés de père en fils au service de la chapelle royale depuis le temps de Louis XIII. La famille des Bach et des Couperin nous a déjà offert un exemple de cette hérédité dans l’art. Mais les Bach, notamment le plus célèbre d’entre eux, Jean-Sébastien, étaient des instrumentistes et des symphonistes, tandis que les Philidor sont des artistes ou des compositeurs lyriques, et celui dont nous nous occupons en ce moment peut passer pour un des créateurs de l’opéra comique en France.

François-André Danican-Philidor, le dixième de son nom dans l’ordre chronologique et le premier dans l’ordre du mérite, naquit à Dreux le 7 septembre 1726. Son extrait de baptême témoigne qu’il fut baptisé le 16 octobre 1727, c’est-à-dire plus d’un an après sa naissance. Il entra de bonne heure dans les pages de la musique du roi à Versailles, et ce fut ainsi qu’il reçut les premières leçons de son art. Suivant une notice de Laborde, il aurait eu pour maître Campra, l’auteur de Tancrède. Quand son éducation musicale fut achevée, Philidor fut congédié et alla se fixer à Paris où, le métier de professeur ne suffisant pas à le faire vivre, il dut, comme Rousseau, se faire copiste de musique. Ces occupations ne l’empêchaient pis d’écrire des motets qu’il faisait exécuter chaque année à Versailles. Mais, avant de devenir un artiste en réputation, il conquit la célébrité par un autre talent qui n’a pas moins contribué à sa gloire que ses plus remarquables opéras. Nous voulons parler de cette habileté au jeu d’échecs qui seule aurait suffi à lui faire un nom. La science et le goût de ce jeu lui vinrent dans un âge encore tendre. Voici à quelle occasion il en eut la révélation. Depuis longtemps il suivait avec la plus vive attention les parties d’échecs auxquelles se livraient, pour se distraire, les musiciens de la chapelle du roi, en attendant l’heure de la messe. Un jour, un artiste arrivé le premier

montra quelque regret de ne pouvoir se livrer avec un de ses compagnons à son jeu favori. Philidor qui se trouvait là lui demanda timidement la permission de remplacer le camarade absent. En désespoir de cause, le vieux joueur accepta la proposition, comptant qu'il n’aurait pas de peine à battre un enfant de dix ans. Mais à mesure que la partie avançait, il fallait bien reconnaître que le jeune Philidor était moins novice que ne l’avait supposé son adversaire. Celui-ci passa bientôt d’une présomptueuse confiance à une irritation sourde provenant de son amour-propre blessé. L’enfant s’en aperçut, et à peine eut-il poussé la pièce victorieuse en criant Mal, qu’il prit ses jambes à son cou et s’enfuit, laissant le vieux musicien dévorer sa défaite sans pouvoir la venger.

Un pareil début promettait beaucoup, si l’on songe à l’âge qu’avait alors le jeune Danican. 11 ne lui fallut que peu d’années pour devenir le plus fort joueur d’échecs de l’Europe entière. Les chroniques du dixhuitième siècle sont remplies de ses exploits en ce genre, accomplis le plus souvent au Café de la Régence qui leur a dû sa vogue et qui est resté depuis le rendez-vous des amateurs de ce noblejeu. Si nous nous étendons sur ces détails, c’est qu’ils tiennent une place importante dans l’histoire de l’artiste, et que d’ailleurs on ne saurait taxer absolument de frivolité un talent qui, porté à ce point, suppose une faculté de combinaison vraiment prodigieuse.

Lorsque Paris ne lui offrit plus d’adversaires dignes de lui, Philidor fit en 1745 une tournée à l’étranger, afin de se mesurer avec les plus habiles maîtres de l’Allemagne, de la Hollande et de l'Angleterre. Partout il triompha des réputations les mieux établies. Telles étaient sa mémoire et sa puissance calculatrice, qu'à Londres on le vit soutenir trois parties à la fois, en tournant le dos à l’échiquier, et les gagner de la sorte contre des joueurs di primo cartello. Un praticien aussi consommé méritait d’être écouté quand il formulait des théories. Son Analyse du jeu d’échecs , publiée àLondres en 1749, obtint un grand succès et fut réimprimée plusieurs fois.

Philidor, qui avait trouvé des moyens d’existence dans son génie pour les échecs, ne se mit sérieusement à la culture de son talent musical qu’après son retour en France, en 1754. Le motet Lauda Jérusalem, écrit pour la chapelle de Versailles, signala sa rentrée dans la voie de la composition musicale ; l'auteur espérait obtenir la place de surintendant de la musique royale; mais il avait composé son morceau dans le goût italien, peu en faveur auprès de la reine : aussi se vit-il déçu dans son attente.

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