I.VJ
« C’est un ingrat, dit Sophie Arnould, de persister h s’ennuyer quand on se met en quatre pour lui plaire. »
Alexis et Daphné, Philémon et liaucis, II y las et Sylvie, la Fête du villaye, Thésée, llosine, etc., valurent jadis quelques éloges à leur auteur, mais ne restèrent pas au répertoire.
Gossec contribua largement à améliorer l’exécution instrumentale en Franco par la fondation du Concert des amateurs (1770), où le bâton de chef d’orchestre était aux mains du fameux chevalier de Saint-Georges. Notre artiste modifla eu l’enrichissant l'orchestration un peu trop nue qui était alors en vigueur. Il ne faut pas oublier que c’est à Gossec qu’on doit attribuer la première composition régulière, logique et systématique du grand orchestre. La partition de sa vingt-unième symphonie, en ré, se composait de la manière suivante : deux parties de violon, viole, violoncelle, contrebasse, deux hautbois, deux clarinettes, (lûtes, deux bassons, deux cors, deux trompettes et timbales ; c'est encore le fond de l’orchestration actuelle. Dans le même temps, il écrivit sa symphonie de La chasse que Méhul a pu imiter dans l’ouverture du Jeune Henri, mais en y ajoutant des qualités d’inspiration et d'invention que Gossec n’a jamais possédées.
Si donc le compositeur qui nous occupe n’a pas laissé un nom rayonnant à inscrire à côté de ceux des Haydn, des Mozart, des Beethoven, il n’en mérite pas moins la reconnaissance delà postérité pour le rôle utile qu’il a joué en s’efforçant de relever le niveau artistique de son époque et de fournir à la composition musicale de nouveaux éléments d’effets. Mais nous n’en avons paslini avcclalistede scs services. Rappelons encore qu'il dirigea en 1773 l’entreprise du Concert spirituel, et que, durant les quatre années qu’il fut à la tète de cet établissement, il aida au perfectionnement du goût public, autant par l’exécution de ses propres ouvrages que par celle des meilleures productions françaises et étrangères.
Gossec couronna son œuvre de progrès musical par l’institution de l’École royale de chant (1781), dont il eut la première idée, et dont le baron de Breteuil, ministre de la maison du roi, lui confia la direction. Il y enseigna lui-même l'harmonie et le contre-point.
Survinrent les événements de 1789. Quoiqu’ayant reçu de l'ancienne société française les encouragements les plus flatteurs, Gossec épousa avec ardeur les idées nouvelles. Il devint avec Catel le musicien ordinaire de lu révolution. Pas de fête patriotique, pas de solennité nationale à laquelle il n'ait prêté le concours de sou talent.
Voici les titres exacts relevés sur les partitions originales des chants
loi LES MUSICIENS CÉLÉBRÉS.
consacrés aux époques de la Révolution française et exécutés dans les fêtes républicaines.
1° Chnnl du 1 S juillet, paroles de J. Chénier, chanté pour la première fois au Champ-de-Mars le jour de la fédération. 1*90. « Dieu du peuple et des rois, »
En mi-bémol, à trois parties sans accompagnement.
2° Hymne 4 Voltaire, parûtes de J Chénier, chanté 4 Paris le 12 juillet t79i, époque de la translation des cendres de Voltaire au Panthéon français.
Composition des plus médiocres dans laquelle même on est surpris de. trouver deux quintes consécutives.
•H° Chant pour la fêle de Chfllenuvicux, exécuté en mai 1792, époque de la délit rance des Suisses qui avaient été condamnés 4 la chaîne pour avoir dérendu le peuple contre la barbarie de llouillé, dans les murs de Nancy.
Itunde du camp de Grandpré, chaulée par les défenseurs de la patrie dans la campagne de 179?, après avoir chassé les Prussiens et les Autrichiens de la Champagne.
!>° Chant en l'honneur des martyrs delà liberté, paroles de Coupignv, exécuté aux obsèques nationales de Michel l.e Pelletier dans le Panthéon français.
f>° Ihmne 4 l'Etre suprême, « Pi re de l' univers, » paroles de Charles Désorgués, chanté par le peuple le 20 prairial an II, dans la fêle 4 l'Étre suprême.
7" Hymne 4 J. -J. Hotissenu, paroles de J. Chénier, chanté A Paris le 20 vendémiaire au lit, pendant lu translation des cendres de Itousscau au Panthéon français :
Toi qui d’Émile et de Sophie Dessinas les traits ingénus, etc.
La musique en est ravissante, mais les paroles sont ridicules.
Ces compositions destinées à être exécutées en plein air, ont été invariablement écrites avec un accompagnement d'instruments à vent, c'est-à-dire, de clarinettes, de cors et de bassons. Cet arrangement fut adopté par les autres compositeurs de cette époque. A l'époque révolutionnaire appartiennent également l'opéra du Camp de Grandpré , dans lequel Gossec introduisit la Marseillaise arrangée en chœur et à grand orchestre, ainsi que l’opéra delà Reprise de Toulon (1796).
Gossec avait soixante-deux ans au moment où le Conservatoire fut créé; mais l’àge était impuissant à refroidir son ardeur pour l’avancement des études musicales. L’ancien directeur de l'École royale de chant avait de droit sa place marquée dans l’établissement qui la remplaçait. Non-seulement il apporta dans ses fonctions d’inspecteur toute l’activité de la jeunesse, mais encore il fut le
SACCHIM.
principal collaborateur du volumineux solfège publié par les professeurs du Conservatoire, et occupa la chaire de composition pendant un espace de douze ans (jusqu’en 1814). Les élèves les plus remarquables qu’il a formés sont Catel, l’auteur de Sémiramis; Dourlen et Punseron.
Il fut nommé membre de la section des Beaux-Arts, à l'époque de la formation de l'Institut, et Napoléon lui conféra la décoration de la Légion d’honneur. 11 ne connut le repos que depuis 1813 jusqu’à sa mort. Cependant il assistait régulièrement aux séances académiques. En 1823, ses facultés commencèrent à décliner par l’effet de la vieillesse. Il se retira alors à Passy où il mourut le 16 février 1829, âgé de quatre-vingt-seize ans.
Le motet O saluions de Gossec est resté célèbre. Le compositeur se trouvait à déjeuner un dimanche à Chennevièrcs près de Sceaux, chez M. de La Salle, secrétaire de l’Opéra, quand le curé de la paroisse, qui devait avoir ce jour- là dans son église une messe en musique, ne voyant pas venir les musiciens sur lesquels il comptait, eut recours à l’artiste pour se lirer d’embarras. En une heure de travail, Gosscc eut calmé les inquiétudes du digne pasteur en écrivant cet O salutaris. Il avait avec lui Chéron, Laïs et Rousseau. Ils chantèrent dans la petite église de Chenncvières le motet que le maître venait d’improviser. Le lundi suivant, 9 décembre 1782, \'0 salutaris fut entendu au concert spirituel et très-goûté des assistants. Ces trois pages de musique de l’auteur de Sabinus et de tant d’autres compositions qui ont eu leur jour de vogue sont aujourd’hui à peu près les seules que l’on chante et qui peuvent consoler son ombre d’un trop dédaigneux oubli.