‹ Les musiciens célèbresChapitre 40 sur 153 · MARTINI · texte numérisé non relu

MARTINI

succès, et qui fut suivi trois ans après de Henri IV ou la Bataille d'Ivry , opéra en trois actes, représenté à la Comédie italienne, et dont l'ouverture est restée populaire.

Le Droit du seigneur , comédie en trois actes en prose, mêlée d’ariettes, paroles de Desfontaines, fut représenté aux Italiens, le 29 décembre 1783. Le compositeur avait écrit sur ce livret absurde une musique gracieuse qui valut à l’ouvrage un succès de vogue. On n'y trouve point néanmoins la sensibilité exquise dont il a fait preuve dans la jolie partition d 'Annette et Lubin, et dans la romance si connue :

Plaisir d'amour ne dure qu'un moment ;

Chagrin d’amour dure toute la vie.

Ces paroles de Florian se prêtaient à l’inspiration tendre et un peu maniérée du musicien.

Après avoir quitté le service militaire, Martini devint successivement directeur de la musique du prince de Condé et de celle du comte d’Artois, puis il acheta quelque temps avant la révolution la survivance de la charge de surintendant de la musique du roi moyennant 16,000 livres.

Lors de l’ouverture du Théâtre de Monsieur, au mois de janvier 1789, il devint directeur de la musique de cette scène ; mais il ne put conserver longtemps cette position. Survinrent les événements du 10 août 1792. Il perdit sa place et, redoutant les persécutions que pouvait lui attirer son attachement à la famille royale, il alla se retirer à Lyon où il publia sa Mélopée moderne ou l'Art du chant réduit en principes , ouvrage imité du Traité de chant de Hitler. Possédé du désir d’occuper le public de sa personne et de ses ouvrages, il fit comme la plupart des musiciens ses confrères ; il se rallia au mouvement révolutionnaire. Après s’être assuré qu’il ne courait aucun danger, il revint bientôt à Paris, et écrivit la musique de plusieurs compositions patriotiques, entre autres un hymne pourl’anniversairedela fondation delà république (1" vendémiaire), sur les paroles de Joseph Chénier, œuvre d’ailleurs médiocre. Nous verrons plus loin que sa muse complaisante chanta l'épithulamc de Napoléon et de Marie-Louise, et qu’elle entonna, lorsque le moment fut venu, lé lugubre Requiem du 21 janvier à Saint-Denis.

En 1794, il fit représenter au Théâtre Louvois, Sapho, drame lyrique en deux actes.

En 1798, Martini fut nommé membre du comité des études du Conservatoire de musique et professeur; mais ayant été compris dans la réforme de l’an X, il prit très-mal la mesure qui le frappait, et conserva

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longtemps une vive rancune contre Méhul et Calel, ses anciens collègues, qu’il accusait d'avoir été les principaux auteurs de sa disgrâce.

Annette et Lubin, opéra-comique joué en 1800, à la Comédie italienne, et Zimeo, représenté la même année à Feydeau, sont les deux derniers opéras de Martini. 11 comprit qu’à son Age, il lui serait fort difficile, pour ne pas dire impossible, de lutter avec les jeunes compositeurs dont les premiers ouvrages dramatiques renfermaient de si belles espérances.

Quoique Agé alors de soixante ans, Martini fit encore plusieurs compositions musicales parmi lesquelles nous citerons surtout une grande cantate composée pour le mariage de Napoléon I" avec Marie- Louise, quelques morceaux de musique religieuse souvent exécutés à la chapelle Impériale, enfin une messe de Requiem écrite pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI, et exécutée dans l'église de Saint-Denis le 21 janvier 1811».

Martini, qui était surintendant de la musique du roi depuis 1814, obtint le lendemain de l’exécution de son Requiem le grand cordon de l’ordre de Saint-Michel; mais il ne put jouir longtemps de cet honneur, car il mourut le 10 février suivant dans sa soixante-quinzième année.

« Martini, dit M. Fétis, avait lu beaucoup de traités de composition publiés en Allemagne, mais sa première éducation musicale avait été négligée, et les anciens maîtres italiens, modèles admirables pour la pureté du style, lui étaient à peu près inconnus. Je me souviens que lorsque j’étudiais l’harmonie au Conservatoire de Paris, sous la direction de Rey, Martini vint inspecter la classe de notre maître, et qu’il corrigea une leçon que je lui présentai. Je lui fis remarquer que dans un endroit sa correction n’était pas bonne, parce qu’elle donnait lieu à une succession de quintes directes entre l’alto et le second violon. «Dans le cas dont il s’agit, on peut faire des quintes consc- « cutives, me dit-il. — Pourquoi sont-elles permises? — Je vous dis « que dans ce cas on peut les faire. — • Je vous crois, Monsieur, mais « je désire savoir le motif de cette exception. — Vous êtes bien > curieux !» A ce mot, dont le ridicule n’a pas besoin d’être commenté, tous les élèves partirent d'un éclat de rire, et la grave figure de notre professeur même se dérida. Depuis ce temps, chaque fois que je rencontrais Martini, il melançait des regards pleinsde courroux. Au surplus ilauraitété difficile de deviner, à la brusquerie, à la dureté de ses manières it au despotisme qu’il affectait avec ses subordonnés, l’auteur d'une multitude de mélodies empreintes de la plus douce sensibilité. » L’ensemble de ce jugement est sévère. Le caractère de Martini

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ne nous est guère sympathique et l'emploi que nous savons qu’il fit des dernières années de sa vie ne nous le fait pas estjmer davantage. On peut dire de ces hommes, qu’ils avaient passé par bien des épreuves. Mais, pour demeurer sur un terrain musical, reconnaissons que Martini a écrit quelques motets religieux justement appréciés, des opéras médiocres et des romances ravissantes à l’audition desquelles les raffinés du Directoire n’avaient pas tort de se pâmer.

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L’Italie, terre classique de la mélodie, n’a guère produit de musicien plus illustre que Domenico Cimarosa. Le grand artiste naquit <i Aversa dans le Napolitain, le 17 décembre 1754, d’une famille obscure. A l’âge de sept ans, l’enfant perdit son père qui était maçon et qui se tua en tombant d’un échafaudage. Sa mère, simple blanchisseuse, n’était pas en état de lui faire donner une éducation brillante. Telle fut la modeste origine du futur ami du cardinal Consalvi dont l’habileté politique égala les vertus. Les parents de Cimarosa avaient fixé leur résidence à Naples peu de temps après la naissance de l’enfant. Ce fut un bonheur pour lui ; car il put commencer ainsi ses études à l’école des Mineurs conventuels.

Le père Polcano reconnut bientôt les dispositions naturelles de l’orphelin, et au*lieu de borner son instruction à ce qu’on enseigne d’ordinaire dans les écoles gratuites, il lui lit étudier le latin, et, en sa qualité d’organiste du couvent, lui donna les premières notions de la musique. Ces soins ne furent pas perdus. Les rapides progrès du jeune Cimarosa Amenèrent son protecteur à le placer au Conservatoire de Sainte-Marie de Lorette en 1761. Plein d’ardeur pour le travail, doué d’une intelligence remarquable et d’un caractère charmant, l’élève possédait toutes les qualités qui devaient le rendre cher à ses maîtres. Manna et Sacchini furent scs professeurs de chant ; Fenaroli lui apprit le contre-point, et Piccinni se chargea ensuite de compléter ses études de composition musicale. Dans les essais de sa première jeunesse, Cimarosa révélait déjà cette imagination et cette verve bril-

lante dont témoigneront plus tard tous ses ouvrages. Ce n'était pas seulement un compositeur de grande espérance, c’était un violoniste excellent et un chanteur agréable, surtout dans le genre bouffe.

Les artistes ne se formaient point alors par les méthodes expéditives qu’on a imaginées depuis, et, en Italie surtout, leur apprentissage durait très-longtemps. Cimarosa ne sortit du Conservatoire qu’après onze années d’études, en 1772. Cette même année, il donna au théâtre des ï'iorcntini son premier opéra, Le Stravaganse del conte, qui fut suivi d’une farce intitulée, Le pazzie di Stcllidanza e Zoroastre. En 1773, son opéra bouffe, La finta Parisina, réussit avec éclat au théâtre Nuovo. Deux ans après, il va écrire à Home Vltaliana in Londra (1775) ; puis, de retour à Naples, il compose en 1775, la Donna di tutti carat lcri, et en 17715, la Frascatana nobile, Gli sdegni per amore, et la farce / Matrimonii in ballo. En 1777, le théâtre des Fiorentini donne encore II Fanatico per gli antichi Romani et le Slravaganze di amore. Sa fécondité n’est pas épuisée, et il lui en reste encore assez pour faire représenter à Rome dans la même année I due baroni.

Ainsi Cimarosa défrayait alternativement les deux grandes scènes de l’Italie méridionale. Sa facilité à produire n’avait d’égale que la richesse de ses partitions, et tandis qu’à Naples il balançait la réputation de Paisiello, à Rome il forçait à lui être fidèle un public connu pour l’inconstance de ses goûts. / finti nobili, YArmida immay inaria et Gli amanli comici, joués au théâtre des Florentins de Naples, en 1778, voient le succès qui les a accueillis se continuer l’année suivante avec II ritorno di don Calandrino et Cajo Mario représentés à Rome, et II mercato de Malmantile, l’ Assolante et la Giuditta, à Florence. L’ouverture du nouveau théâtre del Fondo à Naples, en 1780, fut pour Cimarosa l’occasion d’écrire son lufedcltà fedele interprétée par Mengozzi, la Maranesi et Bonavera. L’opéra bouffe 11 Fa/egname (le menuisier) suivit de près. En 1781 le compositeur infatigable écrit en moins d’un an Y Alessandro nelle Indie à Rome, l’.-lrtaserse à Turin, Il convito à Venise, et Y Olimpiade à Vicence.

On voit par cette énumération d’œuvres d’un caractère fort divers, que le musicien était aussi à son aise dans l’opéra séria que dans l’opéra buffa. En 1782, il revint aux Florentins, théâtre qui avait eu les prémices de son talent, en y faisant représenter un charmant ouvrage intitulé, la Bal lerina amante. L'Eroe Ci?iese, joué au théâtre San Carlo le 13 août, pour l’anniversaire de la naissance de la reine Marie-Caroline d’Autriche, et II piltor Parigino, donné à Rome, complètent la production musicale de cette année.

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Il fallait un artiste de cet inépuisable génie pour suppléer à l’ab- • sence de Paisiello et de Guglielmi, l’un et l’autre en pays étranger. Mais la Péninsule eut à peine le temps de s’apercevoir de la perte momentanée de ces deux compositeurs, quand elle vit Cimarosa écrire en 1783, Chi d’altrui si veste , presto si spnglia, V Ores te et la Villanellariconosciuta ; en 1784, Il barone burlato , 1 ' Apparenza inganna et I due supposti conti; en 1783, Il inarito disperato, la Donna al suo peggior sempre si appiglia et U Valdoiniro ; en 1786, Le trame deluse , Il credulo , /’ Imprésario in angustie et la Ilaronessa stramba ; en 1787, Il fanatico burlato ; en 1788, Giannina e Bernadone ; au commencement de 1789, lo Sposo senza moglie , toutes productions pleines de verve qui portèrent dans toutel’Europe le nom deleurauteur.

Après le retour de Paisiello à Naples, l’emploi qu’il remplissait à la cour de Russie fut offert à son rival qui l’accepta. Cimarosa s’embarqua en juillet 1789, pour se rendre auprès de Catherine II, et durant tout son voyage, il reçut les ovations les plus flatteuses partout où il s’arrêta. Le grand-duc de Toscane lui fit, à Florence, la réception la plus enthousiaste, et il trouva le même accueil à Vienne, de la part de Joseph II, et à Cracovie, ainsi qu’à Varsovie, où la noblesse polonaise fut ravie de le posséder. Le maëstro n’arriva à Saint-Pétersbourg que le 1er décembre 1789. Une cantate, la Félicita inaspettata , plusieurs opéras, Cleopatra , la Vergine del sole, Atene cdificata et environ cinq cents morceaux composés pour le service de la cour et différents personnages de la noblesse, tels furent les fruits de ce séjour de trois ans chez les Moscovites. Vers la fin de 1792, le climat rigoureux de la Russie obligea l’artiste à demander un congé à Catherine II. Il partit pour Vienne, où l’empereur Léopold le nomma son maître de chapelle, avec un traitement de 12,000 florins. Cimarosa écrivit, dans la capitale de l’Autriche, l’œuvre qu’on regarde généralement comme la meilleure de tout son répertoire. 11 avait trente-huit ans et avait déjà donné environ soixante-dix ouvrages lyriques, quand il fit jouer à Vienne, en 1792, Il matrirnonio segrclo, opéra bouffe en deux actes. Le livret était dû à la plume de Bertatti, qui avait succédé à Lorenzo da Ponte comme poeta Cesareo de la cour de Vienne. Entre les tableaux de demi-caractère de ce petit drame bourgeois et les accents lyriques élevés, passionnés de Métastase, la distance est grande. Néanmoins cette peinture des émotions de la vie de famille au dix-huitième siècle, ne manque ni d’attraits ni de grâce. La scène se passe dans la maison du signor Geronimo, négociant riche et sourd. Paolino, son commis, a épousé secrètement Carolina, lapins jeune fille de son pa-

tron. Une telle situation cause à tous deux les plus vives angoisses. Elle est exprimée par Gimarosa, dans un duo d’une sensibilité exquise: Cara, non dubitar.

Ah ! piclade trovereino Sc il ciel barbaro non è.

Le bonhomme a la marotte des titres de noblesse; aussi rien ne peut modérer sa joie lorsqu’il apprend que le comte Robinsone lui demande la main de sa fille Elisetta :

I dite tutti, udite,

Le orecchie spalancate,

Di gitibbilo saltatc.

Un matrimonio nubile Per lei concluso é già .

« Écoutez, écoutez, prêtez-moi la plus grande attention ; livrez-vous à la plus vive allégresse. Je viens de conclure une noble alliance pour ma fille : elle va devenir comtesse. Quel heureux jour! Ma chère enfant, couvre de baisers la main de toit papa. Préparez la fête, qu'elle soit brillante; qu’on dépense beaucoupd’argent; n’épargnez rien; que tout le monde partage ma joie! Ma sœur, qu’en pensez-vous? Qu’en dis-tu, ma chère Élise? Pourquoi restes-tu la bouche close? Et toi, Caroline, réjouis- toi, ton père ne t’a pas oubliée ; non, tu épouseras aussi un mari titré. Mais quoi ! tu te tiens là les yeux baissés... tu n'as pas encore ouvert la bouche.... Oh! ciel ! que tu es sotte ! tu me fais enrager, en vérité. On voit bien que l’envie est entrée dans ton cœur. »

Cet air de Géronimoest d’un comique achevé. Ici se place une petite scène entre les trois femmes, dans laquelle le caractère de chacune se révèle.

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