I.c faccioun’ inchiuo
Conlcssa garhaln;
Per esscre dama Si vede ch' é nata.
Per atlro, per altro Da rider mi fa.
Ce trio piquantestun des plus jolis morceaux del’ouvrage. Un contretemps vient toutembrouiller. Le comte Robinsone, éprisdes charmes de Carolina, la préfère à sa sœur aînée, ce qui amène un beau quatuor dramatique :
Senlo in pcllo un freddo gelo Cbc ccrcando mi và il cor.
CIMAROSA. 19
La surdité de Géronimo contribue à la scène de confusion qui termine le premier acte. Le second acte s’ouvre par un duo de basses entre Géronimo et le comte :
Se liato in corpo avctc.
Si, si la s pose re te.
C’est un chef-d'œuvre de verve comique et de finesse. Ce duo est à lui seul une comédie. Le comte Robinsone déclare à son futur beaupère qu’il n’épousera pas Elisetta, et qu'il lui préfère sa fille cadette. Géronimo ne veut entendre parler d’aucun arrangement ; mais il se radoucit lorsque le comte lui dit qu’il est prêt, dans ce cas, à renoncer à la moitié de la dot, et tous deux ne tardent pas à tomber d'accord. Paolinoestau désespoir ; mais voilà que la sœur de Géronimo, la riche veuve Fidalma, femme d’un Age mûr, veut se faire épouser par Paolino. Celui-ci, en présence de tant de difficultés, propose à Carolina de fuir. L'air qu’il chante dans cette scène est peut-être le plus bel air de ténor de l’ancien répertoire italien.
Pria che spunli in ciel i'aurora C.heli, cbeli a lento passo,
Sccnderemo fin ubbasso Che uessun ci sentira.
Le dépit qu’a fait éprouver à la sœur aînée le refus du comte, la pousse à engager son frère à faire enfermer Carolina dans un emnent. Le quintette f)efi ! lasciate ch' io respiri est très-scénique, malgré l'étonnante simplicité de forme que lui a donnée le compositeur. La nuit arrive; chacun rentre dans sa chambre. Mais la jalousie veille dans le cœur d'Elisetta. Deux voix partant de la chambre de sa sœur ont frappé son oreille ; elle croit surprendre le comte en flagrant délit de séduction. Elle appelle tout le inonde, et c’est alors que les deux jeunes gens, Paolino et Carolina, sont contraints de faire connaître le lien qui les unit. Cette scène est à la fois émouvante et comique. Robinsone se joint aux autres personnages pour fléchir le père, et il lui promet d'épouser Elisetta, à la condition qu’il pardonnera à ses enfants de s’être mariés sans son consentement. « Aussi bien, ajoute la bonne Fidalma, il ne reste pas autre chose à faire. »
Gi;\ che il caso c disperalo,
Ci dobbiamo conleutar.
Au moment où les deux époux vont furtivement quitter la maison
paternelle, ils chantent un ravissant duo plein d’araour, de mystère, de grâce et de frayeur :
PAOMNO.
Deh ! ti conforta, o cara.
Scguimi, piano, piano.
CAROUNA.
Stcndimi pur la mano.
Clic mi valcila il pie.
Il est inutile de dire que l'ouvrage se termine par un tutti joyeux. Oh! chegioja !oh! chepiacere ! pou rrait-on s’écrieravec ce sextuor, à la fin de la représentation. Il faut espérer qu’il y aura encore longtemps assez de gens de goût pour apprécier les beautés de ce chef-d’œuvre, dont on peut dire que c'est avoir profilé que de savoir s’y plaire.
L’orchestration de Cimaro$a est d’une grande sobriété. Le quatuor fourmille de détails intéressants; l’emploi des instruments à vent est rare et jamais bruyant.
Cet opéra a été repris à Paris pendant la saison de 1836 à 1837 par Lahlache, Tamburini, Rubini, M”" Albertazzi. Rubini, dans la coda de l’air Pria che spunti soulevait la salle entière. Mais Lablache seul interprétait celte pièce et cette musique avec l’intelligence, la verve, la diction particulière qu’elles réclament.
Cimarosa écrivit encore à Vienne la Calamità de’ cuori et .4wor rende sagace. Puis il revint à Naples (1793) où la représentation du Malrimonio segreto causa des transports d’enthousiasme. I Traci amanti, le Astuzzie femminili, Pcnelope et Ylmpegno sapera to succédèrent à ce magnifique ouvrage. En 1796, nous retrouvons le compositeur à Rome. Il y fait représenter 1 nemici generosi. De là il va à Venise où il écrit Gli Orazi e Coriasi. De retour à Rome en 1798, il fait jouer pendant le. carnaval Achille ail' assedio di Troin et Y Imprudente fortunato. Le théâtre des Florentins de Naples reçut à son tour do lui V Apprensioo raggiralo et la cantate la Felicilà compila. A peine remis d’une maladie grave qui avait failli l'emporter, le maestro se rend à Venise avec l’intention d'y monter Y Artemisia, qu’un imprésario lui avait demandée; mais la mort ne lui en laissa pas le temps.
Il expira le 1 1 janvier 1801 , âgé seulement de quarante-sept ans.
On n’a jamais bien connu la cause de la mort de ce grand artiste. 11 avait chaudement embrassé le parti de la révolution napolitaine. On supposa que la réaction s’était vengée en le faisant empoisonner ou étrangler. On alla même jusqu’à accuser la reine Caroline de cette in-
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famie. Son caractère donnait malheureusement quelque vraisemblance à des soupçons que ne put détruire entièrement chez les esprits crédules une déclaration du médecin Piccioli attestant que Cimarosa avait succombé aux suites d’une tumeur cancéreuse au basventre.
Le bon cardinal Consalvi, qui avait été l’ami et le protecteur du grand musicien, lui fit rendre des honneurs funèbres dans l’église de Saint-Charles in Cattinariix Rome. Le prélat chargea Canova d’exécuter le buste en marbre de Cimarosa. Il fut placé dans la galerie du Capitole. Les regrets dont un prince de l'Église donnait une si éclatante expression étaient partagés par tout le monde. L’auteur du Matrimonio seyrcto et de cinquante autres chefs-d'œuvre avait autant de cœur que de génie. Sa perte fut il ce titre un deui public.
Voici quelques extraits des Mémoires du cardinal Consalvi, relatifs à Cimarosa. Nos lecteurs nous sauront gré de les reproduire :
« Au commencement de mon ministère (secrélairie d'Élat), j'éprouvai deux chagrins très-vifs, sans parler de beaucoup d’autres. L'un n’eut aucun rapport avec mon emploi : ce fut la mort de mon grand ami ( del mio amicisiimo ) Dominique Cimarosa, le premier, à mon avis, des compositeurs pour l’inspiration cl la science, comme Ilaphaët est le premier des peintres. Il mourut le 11 janvier 1801, à Venise, tandis qu’il y travaillait à sa seconde Arlemisia, si célèbre et qu’il ne put même pas achever. »
Dans la correspondance que le cardinal entretient avec le prince Georges, grand-duc de Mecklembourg-Strélitz, on remarque que ce prince lui demande en ces termes une partition du maestro qui lui avait été promise :
o Oserai-je rappeler à Votre Eminence l’Ar/cmisia de Cimarosa 7 Elle a eu , la bonté de m'en promettre la partition & Vienne, et j’attache un trop grand prit & la posséder pour ne pas la supplier de s’en souvenir.»
On trouve dans le testament du cardinal cette marque de suprême amitié :
« Cinquante messes chaque année, pour le repos de l’âme du célèbre maestro Dominique Cimarosa, à dire dans l'église de la Rotonde, le 1 1 janvier, jour anniversaire de sa mort, avec l’aumône de trois paoli. »
Le traducteur des Mémoires , M. Crétineau-Joly, ajoute cette réflexion :
« Ce pieux souvenir et cet hommage de prières accordés à Dominique Cimarosa, mort depuis plus de vingt anuées, ont quelque chose de véritablement tou-
LES MUSICIENS CÉLÈUUES.
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chant. I.o grand compositeur, que le cardinal Consalvi, aussi bon juge en musique qu'en poésie et en peinture, appelait le Raphaël de l'harmonie, avait été l'un de ses plus chers omis. En rédigeant scs volontés suprêmes, Consalvi associe le maestro A tous ceux qu’il aima et honora sur la terre. 11 fait mieux : après avoir, pendant sa vie, veillé au sort des filles de Cimarosa, il veut pourvoir à leurs besoins jusqu'au delà du tombeau. Deux legs de son testament prouvent qu'il ne les oublia point. »
En effet, on lit plus loin les clauses suivantes :
« A la religieuse Cimarosa, au monastère de l’Enfant-Jésus, 100 onces d'argent et la tabatière avec portrait de son père ; de plus, la rente annuelle de 10 écus portée à 80 dont il est question dans le testament;
a A Pauline Cimarosa, 100 onces d'argent el toute la musique de son père, avec son grand portrait, le tout franc de port jusqu’à Naples; de plus, une renie viagère de 72 écus par an. •
Le cardinal associait même le souvenir du grand compositeur à ses bienfaits ; car il lègue à un artiste un objet qui lui avait appartenu, pensant bien qu’il serait regardé comme une précieuse relique.
« Au maître de musique Angelini, le piano allemand à plusieurs registres el la tabatière doul se servait Cimarosa dans sa jeunesse. »
On connaît le caractère élevé du cardinal Consalvi. On sait la part qu’il a prise aux grands événements religieux qui se sont passés au commencement de ce siècle. La publication si intéressante que M. Crétineau-Joly a faite de sa correspondance montre que ses vertus égalaient au moins ses rares talents diplomatiques. C’est donc honorer d’une manière toute particulière la mémoire de Cimarosa, que de signaler l’amitié qui l’unissait à ce prince de l’Église.
Le portrait que nous donnons du maître a été dessiné d’après celui qui nous a semblé le meilleur au département des Estampes de la Bibliothèque impériale.