WINTER
Trente-sept opéras, seize grandes cantates, un nombre considérable de compositions religieuses et de pièces instrumentales, n'ont pu donner au nom de Winter une renommée durable. Vainement ce compositeur, d’une fécondité tout italienne, a multiplié hors de mesure ses ouvrages ; dans le ciel musical il fait plutôt l’effet d’une nébuleuse que d'un astre.
Pierre de Winter naquit à Mauheim en 1754. Il avait commencé ses études au gymnase ou collège de cette ville lorsqu’il sentit s’allumer en lui la passion de la musique. Dès lors il quitte tout pour ne
plus songer qu’à cet art où il devait trouver sinon la gloire solide et durable du génie, du moins une certaine vogue qui ne manque presque jamais au talent. A l'âge de onze ans, il jouait du violon avec assez d'habileté pour mériter d'ètre admis dans la chapelle du prince Palatin. Peu d’années apres, il étudia l’harmonie et le contre- point sous la direction de Vogler. On le voit d’abord s’essayer, non sans succès, dans des ballets, des concertos pour violon et d’autres morceaux de musique instrumentale. Nommé, en 1776, directeur de l’orchestre du théâtre de la cour, Wintcr suivit l’électeur, lorsque celui-ci en 1778 transféra sa résidence à Munich. Ce fut dans cette capitale que le jeune compositeur écrivit ses premiers opéras italiens : Arrnida, Corn e Alonzo, Leonardo, el Hiandina, et qu’il fit jouer (1780) son premier opéra allemand, Uélèneet Pdris, qui réussit brillamment. Bellérophon succéda à cet ouvrage et n'eut que deux représentations. Jusque-là les partitions de notre artiste, celles mômes que le public avait favorablement accueillies, étaient médiocres au point de vue du chant, et ne laissaient guère deviner un vif sentiment dramatique. Il n’en fut plus ainsi après que Winter fut allé à Vienne (1783), pour y faire exécuter ses cantates de Henri IV, de la AJofi d'Hector et d’Inès de Castro. Là, en effet, il connut Salieri et les conseils de cet habile musicien amenèrent d’heureuses modifications dans sa manière. A son retour en Bavière, il composa un psaume latin à plusieurs voix avec orchestre qui lui valut d’être nommé maître de la chapelle électorale en 1788, en remplacement de Vogler. L’opéra de Circé qui n’a pas été représenté fut écrit vers ce temps.
Un trait saillant des mœurs de la haute société allemande au dixhuitième siècle, c’est le goût des divertissements dramatiques, goût poussé si loin chez les grands, que plusieurs avaient leur théâtre particulier où ils engageaient des artistes, ni plus ni moins que des impresarj de profession. Le comte de Seefeld était du nombre de ces opulents dilettantes. Ce fut pour lui que Winter fit la partition de l’intermède de Goethe, Jery et Bately ; il partit ensuite pour l’Italie (1791), et donna à Naples Antigone, pour la fête du roi, à Venise, Calorie in Utica, sur le livret de Métastase; il Sacrifisio di Creta et I Fratelli rivali (1792). De son retour à Munich date la grande renommée dont il jouit en Europe. Psyc/ié(nH3),\nTempête[derSlurm), opéra dont le sujet est emprunté à la pièce de Shakespeare, le Labyrinthe (1794), et le Sacrifice interrompu (1795), les deux derniers joués à Vienne avec grand succès, portèrent au comble la réputation de leur auteur. Les scènes de Prague, de Berlin, suivirent bientôt
Wl.NTEH.
l’exemple donné à Vienne et demandèrent des ouvrages au compositeur à la mode. Winter, obligé de voyager de ville en ville pour diriger l’exécution de ses œuvres, fit une rentrée triomphante à Munich en 1798, avec Marie de Montalban , qui est regardée comme une de scs meilleures productions. Mais à Paris sa fortune dramatique se démentit; car Tamerlan, joué à l’Opéra en 1802, échoua. C’était cependant sa partition la plus travaillée. Pendant un séjour de deux ans en Angleterre, de 1803 à 1805, il retrouva son bonheur accoutumé. A cette époque de sa vie appartiennent Calypso, Proserpina, Z air a cl les grands ballets de \' Éducation d' Achille, de Yologèse et d'Orphée.
Winter revint à Munich en 1805 et il y fonda une école de chant qui produisit de bons résultats. 11 forma quelques élèves qui devinrent des artistes de mérite. Nous citerons en première ligne M"* Sigl, connue dans la suite sous le nom de M”’ Vespermann. Pendant qu’il se livrait à l'enseignement, l’administration de l'Opéra l’appela à Paris en 1806 pour y faire représenter Castor, ouvrage lyrique qu'on lui avait commandé précédemment. Une chute souvent amène une autre chute, dit-on : cela ne serait-il pas aussi vrai au théâtre qu’en morale? Quoi qu'il en soit, Castor tomba comme était tombé Tamerlan. On trouva même la partition du maître allemand inférieure à celle que Candeille avait écrite sur le même sujet. Jugement aussi léger que cruel ! Il n’y a pas de comparaison h établir entre un artiste aussi nul que l'auteur de Pizarre et un musicien aussi excellent que Winter. Nous enregistrons des chutes ; cela est vrai ; mais elles prouvent seulement que le compositeur manquait du génie dramatique. Il s’est élevé à une grande hauteur dans scs compositions religieuses. Il semblequc ces échecs aient découragé Winter; car il délaissa le théâtre pendant dix ans, ne composant plus que de la musique sacrée pour la chapelle du roi de Bavière. Ses seuls travaux profanes, durant celte décade, sont une grande symphonie militaire intitulée le Combat (1814), et un morceau destiné à solenniser le cinquantième anniversaire de son entrée au service de la cour.
Cependant, malgré ses dernières déceptions, l’amour de la scène, le désir des applaudissements du parterre et des loges n’était point éteint dans le cœur de l'artiste. Il ne pouvait se résoudre à dire adieu pour toujours à ces émotions de la vie dramatique, si poignantes et pourtant si difùeiles à abdiquer. Quand il revit l'Italie en 1816, accompagné de son élève, M“* Sigl-Vespermann, le souvenir de ses anciens succès lui revint sans doute q la pensée. Peut-être aussi crut-il â l’inspiration de ce beau climat sous lequel est née la mélodie. Nous ne
savons ; toujours est-il que cette circonstance décida Winter à rompre un silence de dix ans. Arrivé à Milan, il y donna en 1810 11 Maometio, opéra séria dont le sort heureux semblait encore promettre plusieurs triomphes au musicien. Mais, l’année suivante, I due Valdomiri trompèrent ses espérances. Le théâtre de la Scala donna ensuite Ele/inda, puis le compositeur alla faire jouer à Gènes le Bouffe et le Tailleur (1819). Ce fut sa dernière production. Une maladie de langueur dont il fut atteint empêcha dès lors Winter de travailler. Revenu à Munich en 1820, il y passa ses dernières années et mourut le 17 octobre 1825. C'est, nous le répétons, comme compositeur de musique sacrée, que Winter mérite une place dans le panthéon musical. Toutes les productions sorties jusqu’à ce jour de la bibliothèque de la chapelle du roi de Bavière, où les œuvres du maître sont conservées manuscrites, font désirer qu’une publication générale des messes et des motets de Winter vienne enrichir les répertoires si pauvres de nos églises.