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échangeant leurs mots et leurs phrases en les modifiant toutefois, et en conservant le registre, le timbre qui leur est propre, ces voix, dis-je, composent une harmonie vivante, animée, parlante en un mot. C'est un véritable concert humain. Ces messes et chœurs sans accompagnement, exécutés dans la chapelle Sixtine, ont joui depuis trois siècles de la réputation la plus méritée.
Le chef-d’œuvre de Vittoria est sans contredit son Office de la Semaine Sainte. Les chœurs de la Passion de Notre-Seigncur ont une harmonie rigide et vigoureuse, un rhythme énergique, une vérité d’expression que nul procédé de l’art moderne ne saurait égaler. La partie du peuple demandant la vie du brigand : Barrabam, Barrabam ! et la mort de Jésus: Crucifigatur , crucifigatur ! a bien la violence sauvage d’une horde sans pitié. L’intervalle de quinte domine dans cette harmonie. Les moyens d'efTet sont des plus simples. Quelques imitations, des phrases en canon, des retards et prolongations eu vue de la réalisation de l’accord parfait, quatre voix sans aucun accompagnement, c'est là tout : et cependant l’impression est la plus forte qu’on puisse imaginer.
La môme patrie qui a donné le jour à Zurbaran et à llibeira est bien celle du compositeur Vittoria.
Il a appris sans doute les procédés de la composition à l'école romaine ; mais il est resté Espagnol par le sentiment.