NÉ VERS 1560, MORT EX I CGÏ
Allegri (Gregorio) issu d’une famille déjà illustre pour avoir donné le jour au Corrége, naquit à Ilome vers 1560. 11 étudia sous Nanini avec Antoine Cifra et Pierre-François Valentini. Après avoir pris les ordres sacrés, il obtint un bénéfice dans la cathédrale de Fermo et fut d’abord attaché à cette église eu qualité de chantre et de compositeur. De celte époque date la publication de ses concerts à deux, trois et quatre voix, et de ses motets à deux, trois, quatre, cinq et
six voix. Ces compositions fixèrent sur lui l’attention du pape Urbain VIII qui le nomma chapelain-chantre de la chapelle pontificale (6 décembre 1629). Allegri conserva ces fonctions jusqu’à sa mort survenue le 18 février 1GG2. Ses restes reposent à Sainte-Marie in Yallicella dans le caveau du collège des chantres de la chapelle du Vatican. C’était un prêtre aussi pieux, aussi charitable qu'il était savant musicien ; sa bienveillance s’exerçait spécialement au profit des pauvres prisonniers.
On a d’ Allegri des concerts, des motets, des Lamentations et des Impropères. Mais l’ouvrage qui l’a surtout rendu célèbre, c’est le Misererea. deux chœurs, l’un à quatre voix, l’autre à cinq qui se chante à la chapelle Sixtine pendant la Semaine Sainte. La Cour romaine attachait un tel prix à la possession exclusive de ce fameux morceau qu'elle avait menacé des pénalités ecclésiastiques quiconque en prendrait ou en donnerait copie. Mozart brava cette défense. Le courageux enfant, saisi d’admiration en entendant cette musique, l’écrivit séance tenante au fond de son chapeau. Depuis, il a été publié à Londres et inséré par Choron dans sa Collection de chants sacrés.
Le chef-d’œuvre d’Allegri faillit amener un incident diplomatique entre la cour d’Allemagne et le Saint-Siège. L’empereur Léopold 1" avait fait demander au Pape par son ambassadeur à Rome une copie du Miserere : elle lui fut accordée. Mais pour que ce cadeau eût tout son prix, il eût fallu que le maître de la chapelle pontificale envoyât avec la partition les chanteurs de la Sixtine qui en possèdent une interprétation excellente. On n’y avait pas songé, aussi l’effet à Vienne fut médiocre. L'Empereur se crut joué et se plaignit au Pape qui fit faire des remontrances au maître de chapelle, auteur de cette prétendue mystification. Celui-ci parvint néanmoins à démontrer son innocence en prouvant combien l’œuvre d’Allegri empruntait de mérite à la tradition d’exécution conservée à Rome et non transmissible par la notation.
Malgré sa facture simple, ce morceau n’en est pas moins un des plus originaux de l’époque où il parut, grâce à l’accent de tristesse profonde qui y domine, à l’excellente ordonnance des voix, et à la parfaite conformité de l’expression musicale avec le sens du texte. Si l’on veut en apprécier complètement les beautés, ce n’est pas dans un lieu profane qu'il faut l’entendre. Il serait écouté froidement dans une salle de concert. C’est une église et le temps même de la Semaine Sainte qui conviennent à l’audition de ce chef-d’œuvre.
ALLE C RJ
MONTEVERDE
Les portraits d'Allegri sont très-rares, si tant est qu’il en existe d’autres que celui que j'ai trouvé au cabinet des estampes, et qui est accompagné de cette inscription :
GREGOR1Q AI.LEGRl ROM, CAPP. CANT. PONT,
ECCELLEKTISSIIIO COMPOS1TOBE MORTO L1 18 FEUBHAJO 1662.
FORTUNATO SANTIM ROM, F FCE 1NC1DERE.
D’après cette, date le vénérable Allegri serait mort à l’âge de cent deux ans, ce qui nous fuit concevoir des doutes sur l'authenticité de la date de sa naissance, telle qu'elle est indiquée par ses biographes.
MONTEVERDE
Monteverde passe pour avoiremployé le premier la dissonance naturelle qui est devenue depuis un des éléments essentiels de la composition musicale ; s’il ne l’a pas inventée, il l’a du moins employée si heureusement dans ses ouvrages, qu’il en a fait adopter l’usage d’une manière générale. Les fragments de ses opéras d 'Ariana et d 'Ot feo donnent la plus belle idée de son inspiration.
Claude Monteverde naquit à Crémone en 1568 11 appartenait à une famille pauvre et entra de bonne heure dans 1 1 musique du duc de Manloue comme joueur de viole. Le maître de la chapelle ducale, Marc-Antoine Ingegneri. lui apprit le contre-point; toutefois l'illustre musicien est surtout redevable à son génie de la gloire qu’il s’est acquise; ses ouvrages fourmillent d'incorrections qu’un artiste ordinaire aurait pu éviter, mais ils se recommandent aussi par des beautés dont l’enseignement ne livre point le secret et qu’une nature richement douée peut seule produire. En 1603, Monteverde succéda à son maître et il dirigea la chapelle du duc de Mantoue jusqu’en 1613. Entre autres ouvrages dramatiques qu’il fit jouer à la cour de ce prince, nous citerons \' Ariana (1607), l'Orfeo donné en 1608 et le ballet delle ingrate représenté la même année. Il pianto d’Ariane Lasciatemi morire est sans doute un morceau fort intéressant et d'une
bonne expression dramatique, mais il a été vanté trop exclusivement par M. Fétis. 11 y avait à cette époque, au commencement du dixhuitième siècle, un bon nombre d’airs qui ne le cédaient en rien à celui-ci, lequel d’ailleurs est fort court.
En 1013, le compositeur fut appelé à Venise où on lui offrit la succession de Jules-César Marlincngo, maître de chapelle de Saint-Marc. Les procurateurs delà cathédrale, désireux de s’attacher un tel artiste, après lui avoir alloué 50 ducats pour ses Irais de voyage, lui accordèrent un traitement de 300 ducats qui fut porté à 100, le 21 août 1616, sans parler de plusieurs gratifications dont on lui fit cadeau à diverses époques. La sollicitude de ses patronsalla même jusqu al’installer dans une maison sise dans l’enclos canonial, et qui fut réparée et ornée exprès pour le recevoir. C’était là un privilège inusité, mais qui a lieu de moins étonner s’il est vrai, comme l’ont rapporté quelques auteurs, qu’après la mort de sa femme Monteverde se fit prêtre. Quoi qu’il en soit, si l’Église a pu attirer ii elle le musicien de Crémone, elle ne parvint pas à le distraire de l'art profane. Bien qu’il ait gardé jusqu’à sa mort les fonctions de maître de la chapelle de Saint-Marc, Monteverde fut plus d’une fois appelé dans les villes voisines où, dans les circonstances extraordinaires, on éprouvait le besoin de recourir à ses talents. Ainsi en 1617, il est mandé par le duc de Parme et écrit quatre intermèdes pour les Amours deDianeetd'Endymion ;en 1621, il fait exécuter à Florence une messe de requiem et un De profundis pour les funérailles de Cosme II de Médicis ; en 1627, on le retrouve à Parme où il écrit encore cinq intermèdes pour les pièces de Bradamante et de Dulon; deux ans après (1629), il compose, à la demande de la ville de llovigo, une cantate intitulée 11 Hosajo fiorito (le rosier fleuri).
Le peu de renseignements authentiques que l’on possède sur la vie de Monteverde ne permet pas de préciser en quelle année il alla à Rome; il y a lieu de supposer que ce fut entre les années I6Û0 et 1603. Il était alors en butte aux attaques de l’école de Bologne, notamment d’Artusi qui triomphait facilement de ses fautes grammaticales, et ne comprenait rien à ses découvertes harmoniques. 11 fallut le choix éclatant des procurateurs de Saint-Marc pour imposer silence à la critique et changer les censures en éloges. Bologne qui, au commencement du dix-septième siècle, blâmait hautement les innovations du maître, l’appela dans ses murs en 1620 et lui rendit les plus grands honneurs.
En 1630, Monteverde fit jouer à Venise, dans le palais du sénateur
MONTEVERDE
Jérôme Mocenigo, un nouvel opéra intitulé Proserpina rapita. Jamais on n’avait assisté à une représentation aussi magnifique, tant sous le rapport musical qu’au point de vue de la pompe du spectacle. Cet événement artistique donna à Ferrari et à Manelli l’idée de convier le public à un genre de divertissement qui jusque-là n’était point sorti du palais des princes. Ainsi naquit l’opéra proprement dit qui recruta ses auditeurs partout et non plus seulement dans les cours. Monteverde, après avoir obtenu ses premiers succès sur la scène du duc de Mantoue, eut assez d’intelligence pour suivre l’art lyrique dans la nouvelle évolution qu’il accomplissait. Tout vieux qu’il était à cette époque, il donna encore l’Axone en 1039, le Nnzzc d'Eneacon Lavinia et il ritorno d' Ulisse in patria en 1641 , enfin en 1042 V Jncoronazione di Poppea. Il mourut au commencement de l’année suivante (1043), à l'âge de soixante-quinze ans.
Monteverde a écrit beaucoup de morceaux pour l’Église. On lui doit aussi un grand nombre de madrigaux et de canzoni. Le premier ouvrage par lequel il s’est fait connaître et qu’il publia à l’âge de seize ans est un recueil intitulé : Canzonelte a ire voci (Venise, 1084).
En somme, Monteverde doit être considéré comme un des plus actifs propagateurs de l’art lyrique. Il a d’abord secoué un des premiers le joug de la scolastique et, par le succès de ses ouvrages, il a contribué à répandre la coutume des représentations publiques des opéras en Italie.