NIEDERMEYER
du second ordre, si cet ouvrage eût été joué vingt ans plus tôt, avant l’invasion du romantisme, de l’effet recherché et obtenu par les sensations fortes, nous allions dire par les commotions. Au milieu d’un tel courant, les compositeurs doués de génie peuvent seuls dominer les vagues ; les musiciens excellents, doués de sensibilité et de goût comme Niedermeyer, apparaissent à peine à la surface.
Découragé par de si grandes défaites, Niedermeyer renonça alors à la composition dramatique et se tourna vers la musique sacrée. Sur ces entrefaites, l’administration des cultes était saisie d’un projet de fondation d’une École normale de chant ecclesiastique, ayant pour but de former des organistes, des phanlcurs et des maîtres de chapelle pour les cathédrales. Les études sur l’ancienne organisation des psullettes et maîtrises avaient été faites, les documents les plus utiles recueillis tant dans les archives du ministère que dans les archives dép irtementales; la situation des bas chœurs et de la musique sacrée exposée dans des Mémoires et Rapports qui eurent à cette époque du retentissement. Tout était préparé pour doter notre pays d’une institution véritablement utile pour les progrès de la musique sacrée et l’amélioration de la partie musicale des offices divins, en même temps qu’elle était avantageuse aux intérêts des artistes. L’épiscopat consulté s’était montré favorable à l'établissement de cette école. C’était sous une autre forme une restauration de l’école fondée par Choron, mais mieux appropriée aux besoins religieux et édifiée sur des bases plus solides.
Quoiqu’il fût resté jusqu’alors étranger aux connaissances spéciales que doit posséder un maître de chapelle et aux usages de l’Église catholique, puisqu'il était protestant, Niedermeyer, recommandé par des amis influents, fut désigné pour diriger ce nouvel établissement qui reçut le nom d 'Ecole de musique religieuse.
Il remplit les fonctions de directeitr de cet établissement jusqu’à sa mort qui arriva le 14 mars 1861 . Il était âgé de cinquante-neuf ans.
Ayant commencé fort tard à s’occuper de musique liturgique, Niedermeyer ne put jamais en saisir le véritable sens, le caractère spécial ; encore moins en apprit-il la théorie et l'histoire. Cédant trop facilement à de funestes conseils, il entra dans la voie d’un archaïsme exagéré, et adopta pour l’accompagnement du plain-chant un système détestable d'harmonie discordante, lequel, naturellement prescrit dans son école, se répandit rapidement dans un grand nombre d’églises et dénatura les belles mélodies liturgiques, tant par l’accompagnement de l’orgue que par la partition vocale, au point de rompre avec des traditions séculaires et de violer les lois les plus élémentaires de l’har-
monie et de l’oreille. L’ignorance d’une part, l’indifférence de l’autre, empêchèrent d’arrêter le mal à sa naissance et de remédier à cette erreur, commise d’ailleurs de bonne foi. Ce système a porté un coup funeste au chant liturgique et on n’en voit que trop les déplorables effets.
Niedermever, publia en collaboration avec Joseph d’Ortigue, le journal La Maîtrise , qui, nonobstant des doctrines erronées sur divers points de l’histoire de la musique, a rendu des services en répandant dans un public assez restreint d’ailleurs, le goût des arts sévères.
BELLINl
On s’est souvent demandé si le talent est un don gratuit ou le fruit d’une longue étude. La question ainsi posée ne peut recevoir de solution, puisque, dans presque tous les cas, la créature humaine est comme un sol plus ou moins fertile ; l’étude est la charrue qui laboure ce sol, et le maître est le laboureur qui dirige la charrue dans le sillon. Ce qui est certain, c’est que parmi les artistes, les uns doivent plus au travail, les autres plus à la nature : Bellini est du nombre de ces derniers.
Né à Gatane en Sicile, le 3 novembre 1802, ce compositeur reçut une bonne éducation musicale, sous la direction de Trilto et de Zingarelli. Le Conservatoire de Naples était encore à cette époque le lieu du monde où subsistaient dans toute leur force les traditions de l’art d’écrire. Mais Bellini ne paraît pas avoir su profiter de cet enseignement. Son organisation rêveuse et tendre, son caractère charmant, mais léger, ne se plièrent pas à la discipline des études classiques. Si dans ses œuvres on trouve des lacunes sous ce rapport, au lieu de s’en prendre à ses maîtres, à ce bon Zingarelli surtout, il est plus équitable de n’en accuser que l’élève lui-même. Le futur auteur de la Nortna fit d’abord d’ingrats efforts pour s’as-
Digitizcd byC-îcrogle
ItELLINI.