‹ Les musiciens célèbresChapitre 91 sur 153 · JO · texte numérisé non relu

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similcr les procédés de l’instrumentation. 11 écrivit dans ce but quinze symphonies, trois messes et une douzaine de psaumes, sans compter une foule de morceaux moins étendus pour flûte, clarinette et piano. 11 fut nommé Maestrino , répétiteur des élèves. Sa véritable vocation ne se révéla que dans la musique dramatique. La cantate intitulée Ismene et l’opéra A' Adelson e Saloina, représenté en 1824 sur le petit théâtre du Collège royal de musique, montrèrent en Bellini des germes précieux d’imagination et de sensibilité. Il faut que ce début ait été plein de promesses pour que l’imprésario Barbaja n’ait pas craint de confier peu après un libretto à un compositeur de vingtdeux ans. L’opéra de Bianca e Fernando, le deuxième de Bellini, eut la fortune d’ôtre joué le 30 juin 1826 au théâtre San-Carlo, l’un des plus importants de l’Italie. Le succès fut immense, et le roi qui assistait à la première représentation se montra un des plus chauds enthousiastes du jeune maestro. I’ar une de ces réactions si fréquentes dans l’histoire des arts, le style de Ilossini commençait à lasser l’admira-tion inconstante, et l’on savait gré au musicien moins parfait qui essayait d’ouvrir une voie nouvelle.

Un homme d’esprit qui a connu Bellini, M. Léon Escudier, ne peut se défendre en parlant de lui de certaines audaces de langage :

« Us étaient tous à l’œuvre, Rossini lui-même, et, dans des sphères inférieures, Mercadante, Pacini et Donizetti, quand on vit arriver un Sicilien, blond comme les blés, doux comme les anges, jeune comme l’aurore, mélancolique comme le couchant. Il avait dans son âme quelque chose comme du Pergolèse et du Mozart tout à la fois; s’il avait été peintre au lieu d’ôtre musicien, j’aurais dit qu’il y avait en lui du Corrège et du Raphaël. Il avait vu Rossini s’élever si haut que son œil triste et doux avait peine à le suivre dans son vol audacieux ; il souhaita être la lune de ce soleil ; ne pouvant être l’aigle, il voulut être le cygne. Dieu lui avait mis une lyre dans le cœur ; il n’eut qu’à laisser battre ce cœur pour en tirer les accords les plus touchants (1). »

Il semblait, du reste, qu’une fée bienveillante eût présidé à la naissance de Bellini et se chargeât de lui aplanir la route. Nous venons de le voir conquérir presque d’emblée la première scène lyrique de l’Italie méridionale. Maintenant c’est à la Scala de Milan qu’il est appelé, et, comme si le hasard ne l’avait pas déjà assez favorisé, il rencontre, en quittant Naples, le poëte dont l’inspiration semble le plus appropriée à sa musique. On n’ignore pas à quel point dans un

(I) Léon Escudier, Mi:s souvenirs. tSGD.

opéra la partition et les paroles sont solidaires, quel accord d’idées et de sentiments exige par conséquent la collaboration du compositeur et du librettiste. Faute de cette entente si difficile à obtenir, que de fois l’un a été trahi par l’autre ! Ce fut donc un bonheur pour Bellini que de trouver dans Felice Romani l’écrivain dont les vers mélancoliques et doux répondaient au caractère de son talent musical.

Cette association de deux esprits bien faits pour se comprendre produisit d’abord il Pirata , opéra en deux actes, représenté au théâtre de la Scala de Milan, pendant l’hiver de 1827, et transporté sur la scène du théâtre Italien de Paris, au mois de février 1832. La note fournie par le livret est lugubre. Gualtiero, de la famille des Montalti, ayant perdu sa fortune et son rang, quitte sa patrie où il laisse Imogène sa fiancée dont il est tendrement aimé. Il devient chef de pirates. Pendant son absence, Imogène, pour sauver les jours de son père, a été contrainte d’épouser Ernest, duc de Calabre, ennemi de Gualtiero. Ce dernier est jeté par la tempête sur des écueils contre lesquels son vaisseau se brise ; il parvient à gagner le rivage avec quelques amis et reconnaît son propre pays qu’il a quitté. Il apprend qu’Iraogène est l’épouse d’Ernest. Dans sa fureur, il veut tuer le fils qu’elle a eu de ce mariage, mais il se laisse fléchir par les angoisses maternelles et ne songe plus qu’à arracher la vie à son rival. Un combat s’engage, Ernest succombe, mais les chevaliers condamnent Gualtiero au dernier supplice. Imogène devient folle. Tel est le mélodrame sombre et fatal de l'école romantique. Toutefois il est riche en situations fortes et en beaux vers, quelques réserves que la critique ait à faire sur le fond. L’ouverture du Pirate est médiocre comme la plupart des compositions instrumentales de Bellini. La cavatine de Rubini : Nel furor delle tempeste est d'un beau jet mélodique et a fourni au célèbre chanteur une occasion de triomphe. Le chœur des pirates est bien rhvthmé et a de la couleur. Quant au duo d’Imogène et de Gualtiero : E desso ht sciaç/urato, il brille au premier rang des duos dramatiques ; l’expression en est juste, et c’est un morceau bien conduit. Le finale du premier acte, le trio : Vieni, vieni, et l’air : Tu vedrai la sventurata, doivent encore être signalés parmi les bonnes inspirations du maître sicilien.

Le Pirate fixa définitivement sur son auteur l’attention du public. On avait remarqué dans cet ouvrage une véritable originalité, et il fit bicntfU le tour de l’Europe. En 1828, Bellini donna encore à Milan la Straniera (l’étrangère). Cet ouvrage eut le môme succès que le pré-

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