‹ Les musiciens célèbresChapitre 93 sur 153 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

maison de campagne. Hélas 1 c’était là que la mort l’attendait. Une maladie intestinale le saisit tout à coup, et l’enleva le 23 septembre 1833, dans sa trente-troisième année.

D’après ce que nous avons dit de chacun des opéras de Bellini, il est aisé de se faire une idée du caractère général de sa musique. C'est un harmoniste défectueux et un compositeur souvent maladroit, mais il rachète amplement ces désavantages par la sensibilité pénétrante qui respire dans ses mélodies. A la différence de Rossini, dont les morceaux sont toujours largement développés, Bellini adopta des phrases mélodiques courtes dans lesquelles il concentra l’expression dramatique de chaque situation. Ses phrases, d’ailleurs bien rhy th— mées, sont saisies de prime abord par le public, parce qu’elles sont gracieuses et expressives. Il ne dédaigne pas le rondeau, mais il sait lui donner du piquant et une certaine distinction par un arrangement spirituel qui en dissimule la vulgarité.

Le génie, dans le sens élevé du mot, manque au musicien sicilien. Excellent dans le cantabile, grâce à sa sensibilité, il échoue dans les grandes scènes. Ses finales et ses morceaux d'ensemble sont bruyants sans être dramatiques et n’impressionnent guère l’auditeur que d’une manière acoustique. Sous ce rapport, il a été le précurseur de M. Verdi.

La mort de Bellini laissa de vifs regrets, non-seulement dans le monde musical où sa perte devait être vivement sentie, mais dans la foule de tous ceux qui avaient pu connaître et apprécier son caractère. Enfant gâté de la fortune, l’éminent compositeur était peu fait pour éprouver l’envie : c’est un sentiment que les illustres n'ont guère de mérite à abandonner aux incompris et aux inconnus. Il faut plutôt le louer d’avoir su rester simple et modeste au milieu de ses succès, d'être demeuré étranger aux intrigues dans une carrière où tant d’autres les prennent pour auxiliaires de leur talent, enfin de s’être fait aimer, lorsqu’il avait assez de gloire pour se réduire à n’être qu’admiré.

Aucun des portraits de Bellini publiés en France ne nous paraissant authentique, nous nous décidions à regret à supprimer celte figure intéressante de notre collection, lorsqu’un heureux hasard nous mit en relation avec une personne qui nous signala l’existence d'un excellent portrait du maître ; ce portrait est la propriété de M. Francesco Florimo, archiviste du Conservatoire de Naples, et ancien condisciple de Bellini à cette école. Par l’obligeante entremise de M. Arthur Pougin, nous pûmes nous procurer les moyens de faire graver ce portrait de l’auteur de la Sonnambula.

ADAM

ADAM

Page 1