‹ Les musiciens célèbresChapitre 97 sur 153 · MONPOU · texte numérisé non relu

MONPOU

ouvrages en un acte, dont les paroles étaient de Frédéric Soulié. La romance de basse : Adieu, mon beau navire, qui ne manque pas d'arapleur et d’inspiration mélodique, eut un succès universel. C'est la seule épave qu’on ait recueillie du naufrage des Deux Reines.

A partir de ce moment ses compositions dramatiques se succédèrent assez rapidement : Le Luthier de Vienne, opéra-comique en un acte, dont les paroles sont de MM. de Saint-Georges et de Leuvcn, fut joué en 183G. Le livret ne brille pas par l'invention et le dénouement est trop peu naturel. Un luthier de Vienne voudrait faire épouser à son fils Frédéric sa nièce, jeune fille accomplie qui touche de l’orgue comme un ange ; mais à qui une santé délicate interdit le chant. Frédéric raffole d’une baronne de Castelliori qu'il a entendue chanter dans un concert. Cette bonne cantatrice ne veut pas être un obstacle à l’accomplissement des vœux du bon luthier. Elle rend Frédéric plus sage, et elle se résigne elle-même à épouser un vieux conseiller auiique. La partition du Luthier de Vienne c?t fort curieuse à étudier ; on y voit les efforts tentés par Monpou, dans le but de s’affranchir des formes classiques, d’imaginer des modulations et des rhythmes nouveaux ; il échoue souvent, et cette manie d’innover lui fait trouver des chants bizarres et une harmonie tourmentée; d’autres fois il est plus heureux et vraiment inspiré ; l’ouverture a beaucoup d'intérêt, quoique manquant d’unité. Eile commence en ut mineur et finit en mi bémol. Les morceaux les mieux réussis sont la chanson : Les fils de l'Université ; la eavatine, le cantique de Sainte-Cécile, véritable morceau de musique religieuse et la chanson du vieux chasseur : Ramenez mon troupeau.

Piguillo, opéra en trois actes, dont le livret est de MM. Alexandre Dumas et G. Labruire, fut représenté à la fin de 1837 ; il a plus d'importance. Le liv ret est peu intéressant et le héros de la pièce, Piquillo, voleur espagnol, n’inspire pas une grande sympathie. Quant à la musique, elle a le cachet d’originalité qui distingue toutes les productions de Monpou. Les couplets : Je ne suis point Phœbé, la déesse voilée, sont charmants ; le trio : Au voleur! celui du signalement : Puisque vous voulez bien éclairer la justice, sont maintenant oubliés, mais on chantera encore longtemps le bel air : Mon doux pays des Espagnes, dont le rhythme est une trouvaille.

En décembre 1838, Perugina, dont les paroles sont de Mélesville, fut représentée au théâtre de la Uenaissancc. La partition de Perugina n’a pas d'importance au point de vue musical. On va distingué à peine une ou deux romances.

lii't LES MUSICIENS CÉLÈBRES.

En 1839, Monpou donna à l’Opéra -Comique un Conte d autrefois , et le Planteur , et au théâtre de la Renaissance la Chaste Suzanne , opéra de genre en quatre actes, dont les paroles sont de Carmouche et de F. de Courcy. Le livret est d’une inconvenance telle que le public du théâtre dé la Renaissance ne l’a pu tolérer. Partant de cette idée fausse que les sujets bibliques réussissent rarement au théâtre parce qu’ils n’offrent pas de scènes familières qui rompent la monotonie du sujet, les auteurs du poème se sont imaginé de donner à plusieurs personnages un caractère bouffon. Les sujets sacrés sont trop respectables pour qu’on se permette d’y introduire, sous prétexte de variété, des scènes comiques, encore moins burlesques, et leur succès sera d’autant ' plus réel et durable queles auteurs se seront maintenus dans le caractère de gravité et d'élévation qu’ils comportent. Si le poêle et le musicien sont trop au-dessous de leur tâche, la pièce est lourde etmonotone; s’ils possèdent au contraire les qualités propres à ce genre de composition, si le souffle de l'inspiration ne leur fait pas défaut, leur œuvre participe à la sublimité du sujet : Sic fertur ad aslra. Les opéras de David, de Saiil , de la Mort d'Adam , n’ont pas eu de succès, il est vrai; mais Joseph , Moïse sont encore l’objet de ladmiration universelle, et, au Théâtre-Français, les sujets bibliques et chrétiens à'Athalie , à'Esthcr, de Polycucte sont rangés parmi les chefs-d’œuvre du répertoire. Au point de vue de l’inspiration musicale, l'opéra de la Chaste Suzanne est, à notre avis, le meilleur ouvrage lyrique d'Iiippolyte Monpou ; dans la partie sérieuse, nous signalerons une romance naïve et charmante de Daniel dans le premier acte ; la scène de l'accusation dans le second ; l’air de Daniel, la symphonie du Sommeil et de la vision dans le troisième acte. Le duo bouffe des vieillards écrit pour deux basses a de la verve et de l’originalité. Cette partition offre, comme toutes celles de Monpou, des inégalités et des bizarreries qui expliquent la sévérité des connaisseurs ; cependant il faut reconnaître qu’elle renferme des mélodies délicieuses et d’un cachet incomparable, telle que la phrase de Daniel :

Comment dans ma jeune Aine Supporter à la fois Ce tendre regard de femme,

Le son charmant de celte voix?

Le dernier opéra-comique de Monpou, représenté de son vivant, est Jeanne de Naples, opéra-comique en trois actes, dont les paroles sont de MM. de Leuvcn et Brunswick ; il fut joué à l'Opôra-Comique.

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