PORTRAIT DE GABRIEL FAURE, AGE
(je l'ai dit plus haut); enfin, le second, par fragments, dans lene X: la Mort dEve.
Les autres chants: Prima verba (II), Roses ardentes (II), L’Aube blanche (V), Eau vivante (VI), Vezlles-tu, ma senteur de soleil? (VII), ont chacun leur caractere propre, leur rythme et leur mérite particuliers. Par leur forme vocale, ils rappellent plutot le plan des mélodies antérieures de Fauré. Ce sont ces pieces qui plaisent le mieux & l’audition parleur lyrisme, lyrisme d’ailleurs assez sobre et contenu. Les plus remarquables, a monavis, sontla deuxieme, la cinquieme, la neuviéme et la dernitre: O mort, poussiére d'étotles! qui est @ailleurs la plus belle par lalargeur, l’accent et le sentiment... Mais la forme resserrée des harmonies fait que chaque partie intermédiaire chante peu et la lenteur des mouvements empéche d’en percevoir le dessin, particulikrement dans les Prima Verba et dans la pitce finale. De plus, et cette observation s’applique aussi au Jardin clos etaux recueils postérieurs, — la courbe du chant a tres peu d’amplitude; il procede le plus souvent par notes conjointes ou par tierces, d’ot une certaine monotonie qui confine a laustérité. Dans ma jeunesse, on flétrissait cette écriture vocale dunom de mélopée !
Le recueil du Jardin clos se compose de huit mélodies dont chacune est dédiée & lune des cantatrices qui ont contribué a répandre dans les concerts le répertoire de Gabriel Fauré*. C’est une suite d’épisodes de tendresse dans la forme du Potme vocal. La mélodie yest parfois
4. C’est-a-dire Mees A. Mockel, Germaine Sanderson, Gabrielle Gills, Luey Vuillemin, Claire Croiza, Houbéne-Kufferath, Faliéro-Dalcroze.
tres simple et posée sur des arpeges. Ailleurs, la ligne vocale apparait, par exemple dans les n® I, III, IV et VI, comme une émanation des harmonies et procéde uniquement de leur enchainement, elle est, suivant ’élégante définition donnée par Gaston Carraud, « comme le vi- Sage précis, aux traits purs de cette Ame harmonique ‘».
L’emploi fréquent des quartes, des quintes et des sepliémes majeures engendre des duretés. A cela pres, les autres pieces du recueil s’éloignent moins du style antérieur de Fauré. La cinquitme : Dans la nymphee , dédiée & M™ Croiza, est méme d’un sentiment intime et profond; la huitiime : Inscription sur le sable déplore la mort de Paimée en une sorte d’expressive oraison funebre, calme et mélancolique ainsi qu’un adieu désabusé.
Les deux derniers recueils de mélodies, — qui datent des dernitres années de Fauré : Mirages (1919), V Horizon chumérique (1922), offrent plus de charme et de sérénité,
Dans Mirages, un lien thématique apparente les trois premiéres mélodies, observable dans les successions harmoniques et les imitations rythmiques ; il résulte, consciemment ou non, de Vanalogie des sujets. Dans le n° IV : Danseuse, celui-ci n’a plus aucun rapport avec élément aquatique. C’est une vision plastique de danse lente et d’attitudes corporelles alanguies suggérée par unrythme soutenu, battusur une « pédale contrainte » et variée par des broderies et des notes de passage.
L’Horizon chimérique évoque plut6t la mer, les