LE TENOR MURATORE ET LUCIENNE BREVAL DANS PENELOPE (GML G
temps, il se rapproche de Massenet — peut-étre parce quil emprunte comme lui ses textes aux vers d’ Armand Silvestre, vers d’une banale élégance, trop souvent vides de pensée — (Notre amour est chose légére, la Chanson d'amour, la Fée aux chansons) ou avec le Noél sucré dédié & Talazac (p. de V. Wilder) *. Dans les pieces qui visent a l’énergie dramatique : Fleur jetée (A. Silvestre) et Larmes (Jean Richepin), il tombe dans les effets de thédtre, chose rare chez lui. Mais il eut le mérite de chercher & renouyeler son talent en se tournant vers des poetes plus originaux. Aussi le mystere inhérent aux vers d’un Villiers de ’Isle-Adam ou d’un Verlaine a-t-il trouvé par lui une expression musicale adéquate. Nocturne et les Présents sur des poésies de lauteur d’Aze/, sont déja des ceuvres d’une saveur plus raffinée. Dans Clair de lune |P. Verlaine) ou la cantiléne s’accompagne d’un menuet en mineur, mélancolique comme un tres vieux pastel décoloré sous une glace verdie, les amoureux des Féles galantes de Watteau, interprétés par le povte de la fin du xrx° sitcle, semblent. bien « n’avoir pas lair de croire & leur bonheur » et cette tristesse de l'amour désabusé est rendue par la musigue avec une grace subtile.
Fauré a intitulé Spleen la piece : Il pleure dans mon ceur comme wl pleut sur la ville que Debussy a traitée (une manisre qui me semble & la fois plus pénétrante et plus mélodique. Celle de Fauré n’est pas moins appréclable, mais c’est surtout dans les cing mélodies de sa
4. Meme ladmirable Seereé a pour conclusion, sur Aux plis de sa robe pdlie, une chute qui est une réminiseence de Massenet.
série « vénitienne » : Mandoline, En sourdine, Green, A Clymeéne et Crest Vextase... que Vadaptation aux poésies de Verlaine est le plus étroite et harmonieuse.
Mais pour rendre ces nuances délicates et fugaces, cette insaisissable fluidité de la poésie de Verlaine, la coupe traditionnelle de la mélodie a dt étre répudiée par le compositeur : au lieu d’un chant coneu en luiméme orné d'un accompagnement plus ou moins arbitraire, ici la ligne vocale ne peut avoir un sens, une fois détachée de lensemble. Dans Mandoline, le rythme, bien que battu par les pizsicate de Vaccompagnement, est encore presque entitrement vocal; dans les quatre autres, les éléments, vocal et instrumental, sont combinés a doses variables et s’entrelacent avec une élégance pleine de suavité.
Ouvrez, par exemple, la seconde: En sourdine. La période de quatre vers : Ferme les yeux a demi! est du Fauré vocal de la deuxitme maniére, aussi mélodieux que possible ; puis une imitation du theme intervient, plaintive, au piano, cependant que le quatrain suivant affecte des inflexions mélodiques toutes différentes. La prédominance de l’élément instrumental s’affirme, au contraire, dans la Bonne Chanson, avec un exces qui a 6té blamé par quelques-uns.
Ce recueil forme un cycle de neuf pieces, tantot a un mouvement, le plus souvent a deux. Vers la fin, sur la dernivre strophe, de sentiment plus calme, un alanguissement, un apaisement se produit, que la musique exprime avec un charme délicieux.
En certains de ces Lieder, le theme mélodique appar-
tient au piano et se développe librement, sans étre subordonné a la partie vocale. Dans cette catégorie, il faut ranger le n° 4 a 3/4: Une sainte en son auréole, ou le chant traverse de délicates harmonies ; le n° 4 : Jallais par les chemins perfides ou reparait d’ailleurs le theme initial ; le n° 6 : Avant que tu ne Cen ailles, ow résonnent de gais appels de eailles ; le n° 7: Done ce sera par un beau soir d’été, est formé de deux éléments
mélodie vocale, intervention symphonique alternées.
Dans le n° 3 : La lune blanche luit dans les bois, aux mesures notées a 3/4, parait au clavier, une phrase mélodique qui évoque la cantiléne de Lydia, une des plus pures inspirations du premier recueil de Fauré. Cette phrase se coupe en deux : un fragment ascendant, qui fournit le support des dernitres mesures, marié avec le theme initial, forme la conclusion de la mélodie n° 4. Le premier fragment de la phrase revient ila basse, page 21, dans le cinquitme Lied.
Le caractére plus exclusivement vocal, réduisant le piano Aun role d’accompagnateur, reparait dans le second: Puisque Vaube grandit, enveloppé Varpeges ; dans le cinquitme, J’ai presque peur en verilé, tres élégant en ses flexions modulantes si étroitement adaptées aux caprices du texte; enfin dans le huitieme : Nest-ce pas ? nous irons gais et lents.
Le neuviime et dernier chant : L’hiver a cessé est une sorte de récapitulation cyclique des themes exposés dans les précédents. L’appel des cailles s’éleve d’abord du clavier, améne la réexposition du thyme instrumental du n° 7 et reparait ¢& et 1a, toujours plus allégre et plus
sonore, comme un éclatement de bourgeons printaniers. Le rythme ternaire du n° 1 parait transecrit en 9/8 dans PAndantino mcederato qui termine le n° 9 et expire en ressouvenir des Lieder 6 et 8.
Ce que lanalyse musicale ne saurait dire, c’est Vadresse avec laquelle ces idées de provenance diverse, de tour vocal ou instrumental, s’insérent dans le développement de la mélodie, se mélent et se pénétrent, e’est le charme de ces harmonies ratfinées, curieuses, mais sans dureté pour Voreille, la subtile amosphere musicale qui baigne ces poemes de grace tendre et chaste et absence, en cette suave imagination lyrique, de toute fadeur.
J’ai entendu reprocher ala Bonne Chanson de n’étre pas l’interpréte fidéle du sentiment verlainien. Si elle exprime avec chaleur un amour autrement passionné que humble adoration conjugale du potte, du moins a-t-elle traduit avec expansion la nature du musicien. Elle est, & monavis, son chef-d’ceuvre.
Un peu apres, en 1896-97, Gabriel Fauré écrivait un duo pour mezzo-soprano et baryton: Pleurs @or (op. 72) ; Vopus 76, le Parfum impérissable et Arpege, Vopus 83 : Prison et Soir. Les vers de Prison sont de Verlaine, ceux du Parfum de Leconte de Lisle; les trois autres poésies d’Albert Samain,
Le duo parait étre une deces compositions de circonstance ayant pour but de salisfaire des artistes, ou des amateurs. Mais les quatre autres mélodies que je viens de citer sont aunombre des plus belles qu’ait écrites Fauré, des plus captivantes. Dans Prison : Le ciel est
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par-dessus le toit, si bleu, si calme, le chant est restitué alavoix, avec une souplesse d’accent quienbrisela régularité et des harmonies tres raffinées, plus naturelles cependant que celles de la Bonne Chanson. Soir est une réverie d’une couleur mystérieuse exquise et d’un tour tres moderne, imprégnée d’un profond sentiment de tendresse, chaste et ardente & la fois, quégale seul le Parfum impérissable auquel on pourrait reprocher peutétre quelque disconvenance entre la recherche extréme de Vharmonie, chargée de chromatisme et la noble pureté dela ligne vocale. Arpége se recommande surtout parla grace du rythme et Vélégance de l’écriture.
De 1900 a 1922, Fauré fit encore paraitre. & intervalles assez distants, une trentaine de mélodies, soit séparément, soit en forme de cycles. Le Ramzer, une bluette concédée & une compagnie italienne de gramophones et le Plus doux chemin. sur des vers de A. Silvestre, publiée en 1907, pourraient bien étre des mélodies de Jeunesse, retrouvées au temps de la célébrité de leur auteur.
Passons britvement sur Ualerte Chanson (op. 94), de 1907, dont les vers sont de Henri de Régnier. Les trois piéces de opus 85 (1903) le Don s7lencieux (op. 94), de 1907, ont plus de valeur et les deux recueils de 1910 et 1915: la Chanson d’Rve-et le Jardin clos, plus de signification.
Deux des mélodies de lopus 85 sont écrites sur des vers de Cat. Mendes, la troisitme sur une poésie de Samain : Accompagnement. Celle-ci n’égale peut-étre pas Sovr pour la beauté du sentiment, mais la piece est
pleine de charme et de mystere. La partie de piano donne limpression du frisselis des feuillages mouvants décrits par le poete; Tremble argenté, tilleul, bouleau, rend ensuite le plongeon dela rame dans l’eau quelle presse, enfin le glissement de la barque. Dans la Fleur gui va sur Ceau, Vaccompagnement simule lagitation des vagues, puis l’apaisement progressif des flots. Dans la Forét de septembre, qui repose sur ce lieu commun consistant & comparer la vieillesse humaine a la chute des feuilles, Fauréa su recréer un sentiment assez banal par la profondeur de ses accents etexprimer la mélancolie de ’automne de la vie dans une série de strophes traitées avec une grande liberté de forme. Grace a la déclamation musicale, tres sobre cependant, chaque mot du texte acquiert un relief caractéristique. Il en est de méme dailleurs dans la plupart de ses cuvres vocales.
La Chanson d’ Eve (1907-1912) et le Jardin clos (4918) sont écrits sur les paroles de Ch. Van Lerberghe et forment deux cycles.
Dédiée & M™? Jeanne Raunay, qui en fut la créatrice au concert, la Chanson d’Eve nest. pas encore gotitée a Végal de le Bonne Chanson. Quelques commentateurs sen indignent; mais plusieurs causes, poétique et musicale, peuvent expliquer la froideur relative du public. Jeles ai exposées, en 1913, dans le Gade musical. La principale raison c’est qu'il manque i cette suite de strophes extraites par le compositeur d’un poeme assez étendu, un fil qui les relie, cet intérét sentimental qui
faisait Vunité de la Bonne Chanson.
Le premier morceau en date est le n° IX: Crépuscule ; ila paruen 1906*. Par la lenteur, la solennité et le sentiment calme, il se rapproche du style de Prométhée. Un theme ascendant, en valeurs tongues (rondes et blanches) est répété plusieurs fois, avec des variantes dans ’harmonie et le contrepoint. Puis une montée de noires, en sixtes, d’unaccent tres fauréen, vient donner une impression de sérénité sur: Ile d’oubli, O Paradis ! Ensuite la mélodie devient angoissée sur: Quel cri déchirant ! Au dernier vers, les tierces et les sixtes contribuent a rassénérer la conclusion, en rappelant Vimpression édénique.
KEmployée au début du Paradis (1), la méme phrase lente, en grandes valeurs (3/2 en mmineur), sert A poser le décor: C'est le premier matin du monde. Quelques vers de récit relatifs &la naissance d’Eve; puis au piano parait une phrase chantante, d’allure nonchalante (on peut y voir le theme d’Eve, errant, surprise et charmée, dans le domaine que Dieu lui concede). Cette phrase a le défaut d’étre peu perceptible & Vaudition, parce quelle se meut chromatiquement, dans Vintervalle d'une tierce et qu'elle est sertie & lintérieur des accords. Crest sur alternance de ces deux idées qu’est développée toute la pivce, avee intervention de récits qui Jui donnent la forme d’une scene d’exposition.
Les deux themes principaux reparaitront au piano, dans le n° IV: Comme Dieu rayonne ; dans le n° VIII
(chant a la main gauche); dans le n° IX : Crépuscule