‹ Les Musiciens Célèbres: Gabriel FauréChapitre 5 sur 18 · Elle ne parut, réduite pour chant et piano, quen · texte numérisé non relu

Elle ne parut, réduite pour chant et piano, quen

2. Le 8 octobre 1887. il écrivait & Hugues Imbert : « Les musiciens qui m’intéressent le plus sont mes camarades d’Indy, Chabrier, Chausson, Dupare, etc., ceux enfin qui sont venus @ lVheure ou il est plus difficile que jamais d’étre un musicien original. »

28 GABRIEL FAURE plus tard princesse Edmond de Polignac, la comtesse

Greffiilhe,M™* Hellmann, Sulzbach, Sigismond Bardac, d’autres encore. Les années 1890 et suivantes sont la période brillante de la Société Nationale. Tout ce beau monde papote et potine, colporte a la salle Pleyel des propos de salon, mais fait pénétrer dans les salons les échos du monde musical. C’est la réunion de ces deux eroupements qui a faitla réputation de Fauré. Quand il paraissait sur l’estrade pour tenir la partie de piano de ses quatuors ou pour accompagner ses mélodies, le jeune maitre était accueilli par de gracieux sourires et la sympathie de l’auditoire féminin lui était acquise.

Mais, dans cette période de 1887 a 1895, le renom du maitre de chapelle de la Madeleine, — qu'une plume malicieuse appellera bientot lorganiste des Madeleines, — va s’évader du sanctuaire et du cénacle artistique. Le talent de Fauré pénétre au thédtre, grace aux commandes de Porel, directeur de l’Odéon, ami de la musique de scene, a la fin de 1887, avec les cheurs et intermédes qui servent a rénover la tragédie:d’ Alexandre Dumas pere : Caligula ; en 1889, avec le drame pseudo-shakespearien d’Edmond Haraucourt, Shylock. Ces intermedes qu’on a entendus distraitement au théatre, mais qui ont plu, qui ont été signalés par les comptes rendus, seront accueillis au concert du Chatelet et méme au Conservatoire. D’autre part, en 1888, Ed. Colonne exécutera la Pavane avec cheeur et, aux concerts officiels du Trocadéro, pendant l’Exposition de 1889, Andante de la Symphonie en 7é. La Société Nationale, outre ces intermédes de Shylock et de Caligula, fera entendre, dans

un concert d’orchestre, le 21 avril 1890, le prologue écrit par Gabriel Fauré pour la Passion de M. Edmond Haraucourt. Passion malheureuse car, le vendredi saint, elle fut chutée par un public impatient d’entendre de la musique au concert spirituel du Cirque d’hiver dirigé par Lamoureux et que le poete avait submergé sous le flot de ses alexandrins. Ce prologue instrumental fut massacré d’ailleurs l'année suivante, dans une exécution a la Bodinitre. Il est resté inédit.

Les Sociétés de musique de chambre, — Rémy, Van Wefelghem, Delsart, par exemple, ou celle de A. Parent, —continuérent a répandre les Quatuors de Fauré. Quelques-unes de ses mélodies, les plus anodines, sont offertes au grand public du Chatelet, En priére des Contes Mystiques de Stéphan Bordése notamment. A la mort d’Ernest Guiraud, en 1892, il est méme question de Gabriel Fauré pour lui succéder au Conservatoire comme professeur de composition; la préférence d’Ambroise Thomas fit désigner Théodore Dubois. Par suite de ce déces, il obtiendradu moins le poste d’inspecteur de lenseignement dans les succursales de province. Il n’est pas jusqu’a sa collaboration avec Théodore Reinach pour l’harmonisation de !Hymne a Apollon, déchiffré & Delphes, exécuté en 1894 a I’Kcole des Hautes Etudes, qui ne fasse parler de lui dans les journaux. Par eux, le nom de Fauré se propage, le grand public commence & prendre gout a ses ceuvres. Il ne tiendrait done qu’a lui de se produire comme compositeur dramatique; le moment serait favorable et des livrets lui seraient offerts, mais le musicien délicat,

épris de Paul Verlaine, l’auteur des Cing mélodies esquissées & Venise en 1891, pendant un séjour au palais Vendramin loué par la princesse de Scey-Montbéliard et qui lui sont dédiées, persiste dans son abstention, dans sa fidélité & la musique intimiste. I] obtient les suffrages de ses fidéles avec les « mélodies de Venise », dites par Maurice Bags le 2 avril 1892, a la Société Nationale, puis avec la Bonne Chanson, chantée pour la premiére fois par Jeanne Remacle le 20 avril 1895. A cette période de 1887 & 1895 correspond une progression évidente dans la valeur de ses ceuvres et s’affirme leur succes. A ce moment, n’en déplaise aux jeunes, si profondémentignorants de l’histoire musicale du temps quia précédé le leur, Gabriel Fauré est apprecié. C’est ma génération, e’est-a-dire celle qui avait dix & douze ans de moins que lui, qui a suivi ses efforts avec intérét, applaudi ses productions et proclamé leur mérite. M’est-il permis de rappeler ici que, des leur publication, j’ai signalé aux lecteurs du Guede musical le charme et la nouveauté de Ja Bonne Chanson et, quatre ans plus tard, le contenu du second volume de vingt-cing mélodies publié par Hamelle ' ?

En 1895, Fauré a cinquante ans; ilest en pleine maturité, a Papogée de son talent et & un tournant important de sa ecarriére, car l'année suivante, il va succéder & Massenet comme professeur de composition au Conservatoire. C’est le moment d’esquisser son portrait physique et moral.

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