‹ Les musset au MaineChapitre 11 sur 22 · L. A. M. de Musset · texte numérisé non relu

L. A. M. de Musset

Comme membre du corps législatif, Louis de Musset n'a, il faut l'avouer, pas beaucoup fait parler de lui. Mais à cette époque où les députés n'avaient pas à discuter les lois, mais simplement à les voter, quel

(i) Lettre publiée par M. Octave Teissier dans son étude sur la famille d'Alfred de Musset.

est le membre du corps législatif qui se soit particulièrement signalé? En tous cas, il s'occupait avec zèle, pendant les sessions, de toutes les questions qui pouvaient intéresser ses concitoyens de l'arrondissement de Saint-Calais, surtout de celles qui touchaient à leurs intérêts agricoles. C'est ainsi que, comme il le dira lui-même plus tard, tant qu'il fut membre du corps législatif, il fit une étude particulière des lois et des projets de lois relatifs à la police rurale (1). Dans les questions d'un ordre plus général, par exemple dans l'emploi fait par le gouvernement des deniers publics, il n'était pas non plus des moins compétents parmi ceux qui siégeaient à la chambre des députés. Il le montrera en 1814 dans ses Considérations générales sur les finatices du royaume. Il prenait d'ailleurs si au sérieux ce mandat qui lui avait été confié par ses concitoyens de la Sarthe qu'il n'hésita pas, pendant l'hiver de 1811 à 1812, à faire exécuter, en grande partie à ses frais, pour occuper des ouvriers sans travail, un chemin de communication entre Saint-Calais et Château-du-Loir. La Société d'agriculture du département de la Seine, mise au courant de cette généreuse action d'un de ses membres correspondants, acccorda à Musset, dans sa séance publique du 25 avril 1813, une médaille d'or à titre d'encouragement, et dans cette même séance le baron Petit de Beauverger lut à cette occasion le rapport suivant, trop à l'honneur de notre personnage pour qu'il ne nous soit pas permis de le reproduire ici dans presque toute sa teneur : (2)

(i) Voir aux archives de la Société des Sciences et Arts du Mans, la lettre écrite le 27 septembre 181 7 par Louis de Musset à ses collègues de la Société des Arts.

{2} Ce rapport, dont un exemplaire est conservé à la bibliothèque de la Société des Sciences et Arts du Mans (vol. 498 2 20, n" 3485 du catalogue), avait été imprimé à Paris, à l'imprimerie de Madame Huzard 'née Vallet de la Chapelle) rue de l'Eperon, St-André des Arts n* 7, en i8i3.

Les chemins sont l'un des plus puissans encouragemens (le l'agriculture, ils en vivifient toutes les parties par la rapide circulation de ses immenses productions. Avec des chemins bien entretenus, les travaux agricoles se font plus facilement et d'une manière moins dispendieuse, les transactions entre les cultivateurs et les consommateurs n'éprouvent aucune interruption ; les ressources se placent à côté des besoins ; il n'y a ni abondance décourageante, ni famine réelle; leur influence sur les propriétés rurales est telle qu'on en a vues dont la valeur a été doublée, triplée par l'ouverture de nouvelles communications.

Les Romains, pénétrés de ces grandes vérités, ont plus multiplié les chemins et les ont portés à un plus haut degré de perfection qu'aucun autre peuple de l'antiquité. Il s'étoit établi entre de simples citoyens une heureuse rivalité de patriotisme sur cette importante partie de l'économie politique. Les voies appienne, flaminienne, et beaucoup d'autres, étoient l'ouvrage des familles les plus distinguées de Rome. Ces honorables dénominations transmettront aux générations futures le souvenir du bienfait et de la reconnaissance

M. de Musset, ancien militaire et l'un des députés du département de la Sarthe, semble animé du même esprit que les créateurs des voies Appienne et Flaminienne.

Il faisoit avant la Révolution un rare et noble emploi des cens et renies de ses fiefs ; il en consacrait le produit à la réparation des chemins. Plusieurs ont été ainsi établis entre Bessé-sur-Braye et Sainte-Osmane. Il a toujours eu une prédilection marquée pour ce genre de bienfaisance, auquel la cherté des blés a donné un beaucoup plus grand développement pendant les années 1811 et 1812.

Lorsqu'il est revenu dans saterredeCognersaprèsIasession législative de 1811, l'alarme sur les subsistances étoit portée à son comble; les mendians se répandoient d'une manière effrayante dans les campagnes ; sa commune étoit dans une situation plus affligeante que les autres, par ce qu'elle avoit été ravagée par la grêle, et les travaux diminuoient à mesure qu'ils devenoient plus nécessaires.

Ces circonstances malheureuses ont déterminé M. de Musset à compléter ce qu'il avait commencé depuis trente ans. Des ateliers ont été établis sur le chemin qui conduit de Saint-Calais à Chàteau-du-Loir et qui embrasse une étendue de quatre myriamèlres. La moitié en a été ouverte et redressée; sa largeur a été portée à six mètres, sans compter les fossés ! Des encaissements en pierres, des déblais et des remblais ont été exécutés avec le plus grand soin. M. de

Musset a fait des plantations sur celles de ses terres qui se trouvent le long du chemin, et il a donné des arbres à plusieurs propriétaires riverains. Il a opposé une constance inébranlable à tous les obstacles qu'il a rencontrés. Il a été quelquefois obligé d'acheter la possibilité d'être utile à ses concitoyens pour donner au chemin une meilleure direction. Il a été parfaitement bien secondé par l'intelligence, le zèle et l'activité des maires de Saint-Calais, Sainte-Cérotte, Cogners, Sainte-Osmane et Saint-Georges de la Couée. Il se loue beaucoup des procédés de plusieurs citoyens. Nous aimons à citer parmi ces généreux propriétaires M. le comte de Montesquieu ^i), M. Piet, ancien membre du corps législatif, M, Trion, ancien magistrat, M. de Vezien, M. M. Hardyau et Madame Dilliers.

Des terrassiers, des voituriers, des femmes et des enfants ont été employés à ces intéressans travaux; leur dépense s'est élevée jusqu'à présent à plus de 15.000 fr. ; ces faits sont attestés par M. le Sous-préfet de Saint-Calais (2), et M. le Préfet de la Sarthe (3). S. E. le Ministre de l'Intérieur (4), qui ne laisse échapper aucune occasion de protéger tout ce qui peut accroître la prospérité de l'agriculture, a donné de justes éloges à M. de Musset. Il lui écrivait le 13 Mars 1813 qu'il ne pouvait qu'applaudir à l'esprit qui avait dirigé ses opérations.

M. de Musset s'est d'ailleurs fait connaître avantageusement par des défrichemens, des dessèchemens de marais, la création de prairies artificielles, de nombreuses pépinières et des semis tie pins maritimes dont il a rendu compte dans la nouvelle édition du cours d'agriculture (5). Divers mémoires lui ont fait donner la qualité de correspondant de la Société d'agriculture du département de la Seine et celle de membre de la Société libre des arts du département de la Sarthe.

(i) Anatole comte de Montesquieu Fezensac, sénateur de l'Empire, plus tard pair de France, propriétaire, à cause de sa femrne née Le Tellier, du château de Courtenvaux en Bessé,

(2) Louis Souin de la Tibergerie.

(3) Colonel baron Auvray.

(4j Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet, ministre de l'Intérieur de i8og à i8i4.

(3) Musset a travaillé aussi au cours complet d'agriculture de Rozier, publié par Sonnini, où l'on trouve de lui plusieurs mémoires sur différentes parties de l'économie rurale et domestique. {Biographie universelle de Michaud, article sur Louis de Musset).

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On a .jadis fait construire, avec les fonds du trésor public, des chemins qui ne paroissoient utiles qu'aux propriétaires qui avoient oblcnu leur création. M. de Musset emploie une partie de sa fortune à en rétablir qui ont un grand caractère d'utilité publique. La Société d'agriculture du département de la Seine a pensé que c'étoit pour elle un devoir de signaler à la reconnaissance publique un acte de patriotisme aussi bien conçu que sagement exécuté, et elle a arrêté qu'il serait décerné une médaille d'or à M. de Musset.

Ce fut seulement en cette année 1813 qu'eurent lieu le 6 mai devant M*' Delacour, notaire à Paris, les partages définitifs des biens composant la succession de Suzanne-Angélique du Tillet et de Jeanne-Françoise-Bonne de Musset, partages qui avaient été différés jusqu'à la majorité de leur petit-fis et neveu, Adolphe-Louis de Musset-Signac.

Par l'effet de ces partages, Louis de Musset devint propriétaire de la terre de Beaulieu, située dans le département de Maine-et-Loire, à la charge d'un rapport de 34.500 fr. Quant à son neveu, il fut approprié de la ferme de la Grande-Ronce en Ternay (1).

Musset faisait toujours partie du corps législatif quand, dans les derniers jours de cette même année 1813, après les revers de la campagne d'Allemagne, cette assemblée, jusque là si effacée, se redressant enfin sous la poussée de l'opinion publique, se prononça énergiquemenl pour la paix en approuvant à une grande majorité le célèbre rapport de Laine qui eut alors un si grand retentissement ; nul doute que le représentant de l'arrondissement de Saint-Calais ne fît partie de la majorité.

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