D’après l'exposé financier de la Mutualité maternelle de
C’est que, dit M. Poussineau (1), «la Mutualité maternelle garde jalousement l'ambition d'étendre son aide à toutes les infortunes, elle a voulu mutualiser dans des conditions qui fussent à la portée du moindre effort. Elle l’a fait en demandant à ses sociétaires ‘une cotisation infime. En exigeant une cotisation plus élevée, elle eût amoindri la portée sociale de son rôle. Elle a préféré renoncer à un élément de recettes et garder sa belle devise d'œuvre supérieure : Toutes à toutes ! »
Telles qu’elles sont les Mutualités maternelles offrent cependant tous les avantages moraux qu’entraîne la force irrésistible de la mutualité.
Le secours qu’elles donnent n’est pas une aumône. Chaque participante, moyennant un versement de 3 francs par an, a droit, au moment de son accouchement, à une somme de 48 francs. Ainsi les mères dont il s’agit ne sont en aucune circonstance confondues avec les clientes ordinaires de l’Assistance publique. «Nombre de sociétaires, dit M. Félix Poussineau (2), se refuseraient à participer à ce mode de secours et j’en ai un exemple des plus probants à vous citer : À Dammarie-les-Lys, où tout le monde se connaît, la Mutualité maternelle a secouru les plus lamentables misères soigneusement cachées. La municipalité s’est elle-même maintes
1. Poussineau. Discours à la quatorzième assemblée générale de la Mutualité maternelle (8 avril 1905).
2. Poussineau. Rapport sur la Mutualité maternelle au VII Congrès de la Mutualité tenu à Nantes (mai 1904), page 18,
fois étonnée de ne pas voir les victimes de ces misères intéressantes s'adresser au bureau de bienfaisance où on les aurait secourues cependant avec empressement et discrétion, et force nous a été de constater que surtout dans les populations rurales, la classe ouvrière assimile une demande de secours officielle à la mendicité humiliante, pénible et dégradante. »
La Mutualité maternelle développe en outre l’idée de solidarité. Elle introduit dans les masses le principe de solidarité par la pratique de la mutalité. C’est justement ce caractère qui différencie ces mutualités de l'assistance des mutualités strictes (égalité des charges et des avantages) et des assurances obligatoires, et qui est leur supériorité. C’est aussi ce qui fait, qu'avec M. Léopold Mabilleau, on ne saurait admettre que l'assurance soit le terme nécessaire de la mutualité.
Cette solidarité rapproche les ouvriers et les patrons, les clients et les fournisseurs, les pauvres et les riches. C’est grâce aux cotisations apportées par les riches que les Mutualités maternelles peuvent fonctionner, et c’est grâce à ces Mutualités maternelles que la mortalité parmi les enfants des pauvres n’est pas supérieure à celle des riches.
Les Mutualités maternelles développent aussi un principe de solidarité entre les pauvres eux-mêmes. La plupart des nouvelles participantes, qui souvent ne deviennent mutualistes qu’à l’occasion d’une
grossesse, continuent à rester adhérentes, leur accouchement terminé. Elles ont compris les bienfaits de la mutualité et veulent à leur tour aïder les autres mères nécessiteuses. M. Poussineau nous dit avoir été souvent frappé, lorsqu'il visite les sections de la Mutualité maternelle, des rapports de cordialité qui se développent entre les mutualistes et surtout de l'assistance qu’elles se prêtent entre elles. Aïnsi, grâce à ces mutualités, les classes se connaissent mieux, se rapprochent, et ilse produit une véritable manifestation de fraternité.