‹ Les Mycoses Du Conduit Auditif ExterneChapitre 12 sur 23 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

Etiologie,

L’otomycose est-elle une affection primitive ou est-elle précédée au contraire de l’état inflammatoire du conduit comme le pensaient Lévi, Weber, Strendener?

Causes principales.

A l'heure actuelle, les auteurs qui se sont préoccupés de cette question penchent tous pour la première hypothèse. Il" est évident que l'apport du parasite sous forme de spores, soit directement par l'air qui tient celles-ci en suspension, soit par des instruments malpropres, doit être suffisant pour déterminer l’apparition de l'affection. Cette notion s'explique d'autant mieux que l’on connaît la présence constante des spores dans tous les milieux, et sur de nombreux objets qui nous environnent : eau, atmosphère, sol, poussière, récipients, légumes, graines ; on sait aussi qu'elles sont véhiculées par les animaux les plus domestiques.

Mais nous voulons insister sur ce qui nous paraît

es 0

être la cause principale de l’apparition de la mala- die : le grattage. C’est lui le principal responsable ; et pratiqué avec les doigts toujours souillés, souvent gras, ou avec des instruments dits « de toilette » par certaines gens (allumettes, épingles à cheveux, papier buvard), il faut lui attribuer 80 % & des cas d’otomycose. |

D'autre part, les huiles, les graisses sont des milieux très favorables au développement du parasite, et la facilité avec laquelle les spores évoluent est remarquable. |

Nous dénoncerons, comme complice du grattage, tous les corps gras insuffisamment stériles dont le rôle initial est de soulager telle ou telle otite, et qui deviennent les redoutables vecteurs du champignon. À ce point de vue il faut se féliciter de l'habitude prise par les auristes de remplacer l'ordonnance de ces solutions par celle de vaseline neutre, de glycérine et de solutions alcooliques.

En troisième lieu, nous plaiderons coupable contre les porte-coton, les seringues, les poires, les compte-souttes qui servent chaque jour à nettoyer et injecter les liquides antiseptiques dans le : conduit auditif.

Au sujet des seringues notamment, l'emploi de ” pistons de cuir est à abandonner. Baber a vu, au bout de quelques mois, des cultures d’aspergillus se multiplier sur des pistons de cuir, bien qu'il ait employé de la vaseline phéniquée à 17200 pour les graisser,

Une stérilisation soignée et quotidienne de ces

objets devra être pratiquée si l’on veut s’entourer de toute garantie. |

Enfin les cornets acoustiques, les récepteurs de

T, S. F. ou du téléphone les casques des coureurs

% cyclistes,des motocyclistes et des aviateurs peuvent

facilement transmettre le mycosis. Ceci est prouvé par le cas d’une malade de Liebault qui, atteinte d'une surdité très prononcée, faisait usage d’un cornet acoustique et le plaçait toujours à la même oreille, celle qui, précisément, fut atteinte. Cette malade déposait son cornet à côté d’elle, n'importe où elle se trouvait, pour l'avoir ainsi à sa portée à chaque instant : l’embout destiné à être placé dans l'oreille s’est couvert de spores et, introduit dans le conduit, a souillé et contaminé ce dernier.

Causes prédisposantes.

On peut s'étonner à juste titre de la rareté relative de l'otomycose lorsqu'on voit l'énorme quantité de spores répandues partout. Celles-ci exigent pour se développer des conditions spéciales. C’est ainsi qu'il fautune certaine température et un écoulément assez faible : les oreilles qui « donnent comme une fontaine» ne sont jamais atteintes.

Une lésion quelconque du revêtement de l’épiderme ramolli, la moindre excoriation créent des conditions très favorables à la multiplication du pa-

pestNqe YF rasite. De toutes les affections du conduit, l’eczéma est peut-être celle qui réunit au plus haut point le meilleur terrain : macération, gonflement de l’épiderme, craquelure superficielle, suintement faible et séreux.

Les oreilles sales, grasses, sont enfin le réceptacle rêvé pour le mycosis et Kænig nous assure que le cérumen est un excellent milieu de culture.

Les otomycoses secondaires.

Nous avons vu plus haut que les mycoses de l'oreille à actinomyces n'étaient pas rares chez des malades présentant déjà, dans une autre région,une actinomycose primitive.

Eofin le grattage peut déterminer l’ensemencement secondaire de l’aspergillus banal au niveau du conduit auditif, et on lira à la fin de cette étude le cas d'un malade de Thévenard qui présenta une mycose de l’aisselle gauche peu de temps avant l’apparition d’une aspergillose typique de l’oreille droite.

L'otomycose se rencontre rarement chez l'enfant.

Chez la femme, nous dit Wreden, elle est incomparablement moins fréquente que chez l’homme cela tient sans doute aux soins plus grands dont les femmes entourent leurs oreilles et à la disparition des épingles à cheveux. On comprend d'autre part que l’homme, beaucoup plus souvent au dehors, reste plus facilement atteint.

Anatomie pathologique.

Le mycelium des champignons se développe dans les couches superficielles de l’épiderme et ne dépasse pas en profondeur la couche de Malpighi sur laquelle il vit. Les filaments mycéliens rampent sur la couche cellulaire de Malpighi, pendant que les rameaux sporifères dilacérant les lames cornéennes superficielles, vont s’étaler à la surface libre.

Tant que le mycelium demeure localisé à ces couches, il passe à peu près inaperçu du malade : mais la couche de Malpighi est-elle atteinte et intéressée, le prurit fait son apparition et son intensité varie jusqu'à empêcher tout sommeil et tout repos.

Dans les cas extrêmes, les parties profondes de l'épiderme s'irritent, deviennent rouges, granuleuses, saignantes, souvent épaissies. Des ulcérations, rares il est vrai, peuvent en découler, et ces dernières sécrêtent bientôt un liquide purülent dû aux infections secondaires greffées sur la parasi-

tose. C’est à ce processus qu’il faut attribuer les

Page 1