ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Ce chapitre que nous aurions pu traiter en quelques lignes, en donnant les caractéristiques macroscopiques
et microscopiques du syndrome que nous étudions,
nous retiendra plus longuement à cause de son importance: en effet, c'est grâce à des données anatomopathogiques, que nous avons pu classer en dehors de la sclérose utérine et des pseudo-métrites les myômes diffus de l'utérus.
Après une incision de laparotomie médiane sous-
ombilicale, quand la malade est mise en position de
Treudelenbourg, que les écarteurs mis en place donnent un jour suffisant sur les organes du pelvis, le chirurgien se trouve en présence d’un utérus dont les caracières attirent immédiatement son attention. Celui-ci est augmenté de volume. Cette augmentation est variable et atteint le plus communément le volume d’un poing. Le fond est étalé, il se déforme au contact des organes voisins (ovaires, intestin) qui parfois impriment à sa surface la marque de leur voisinage prolongé. Cet utérus donne à la main qui le palpe l'impression d’un organe spongieux: en tous cas 1l est plus mou que normalement, se déchire souvent sous la pince à traction. Il est
LOS se
recouvert par un péritoine épaissi, blanc, marbré de taches congestives, énormément vascularisé. L'ensemble de ces teintes lui donne un aspect bigarré.
Les trompes sont saines, tandis que les ovaires présentent souvent des altérations spéciales, décrites ordinairement sous le nom d’ovaires scléro-kystiques. Le catéthérisme utérin est dans ces cas un mode d'exploration qui ne doit jamais être négligé. Il doit être pratiqué avec prudence et douceur et en prenant les précautions antiseptiques les plus absolues. Presque toujours, il indique un allongement de la cavité utérine, de 7 à 10 centimètres généralement, rarement plus. Le col est toujours augmenté de volume, de consistance ferme présentant parfois de l'ectropion de la muqueuse.
Sur une coupe de l'organe, on remarquera l’augmentation d'épaisseur de la paroi musculaire, qui est d'une teinte tantôt blanchâtre comme celle des fibromes en noyau, tantôt rosée avec des points conjonclifs très marqués ; la surface de section est parcourue par des tractus blanchâtres, formant un réseau à mailles lâches, mais la consistance de cette paroi ne paraît pas augmentée el ne crie pas sous les ciseaux ni le scalpel.
Le muscle est facilement dilacérable, moins sec que le tissu utérin normal. La muqueuse est dans tous les cas très épaissie, sa hauteur est souvent doublée ; on y remarque des points congestifs ou hémorragipares. Parfois, vers le fond de la cavité, ou au niveau d’une corne, l'hyperplasie de cette muqueuse se traduit par la formation d'un petit polype muqueux, étalé, faisant sailhe dans la cavité utérine.
En somme, augmentation de volume, léger ramollis-
DA RE sement des parois, épaississement de la muqueuse, congestion générale de l'organe, telles sont les lésions que l'œil peut apprécier à un simple examen sur un utérus récemment enlevé. |
Les coupes histologiques doivent porter sur les fragments comprenant la muqueuse et toute l'épaisseur de la paroi ulérine. Les auteurs qui se sont occupés de l’histologie pathologique de la pseudo-métrite ou de la sclérose utérine, ont tous décrits une hyperplasie du parenchyme utérin (1), mais ils ne sont pas d'accord sur le üssu qui est le siège de cette hyperplasie. C'est ainsi que ROKITANSKY, KiviscH soutiennent que l'hypertrophie du parenchyme est due au tissu conjonctif.
C'est ainsi que GarcarD admet que les fibres musculaires sont étouflées par hypertrophie conjonctive, et que NoœGErRATH appelle la métrite parenchymateuse métrite interstitielle diffuse, tandis que Vircaow attribue l'hypertrophie pariétale de l'utérus à l'hyperplasie du üssu musculaire et décrit la métrite parenchymateuse avec les myômes, dans un même chapitre de la pathologie des tumeurs, tandis que Forster déclare que tous les éléments prennent part à l'hypertrophie en conservant leurs rapports respectifs, les cellules musculaires étant toutefois augmentées de volume.
Il y à, on le voit, deux tendances: l’une qui consiste à faire de l'hypertrophie utérine une hyperplasie musculaire, l’autre qui consiste à en faire une hyperplasie conjonctive, une véritable sclérose. Elles reposent toutes deux sur des examens histologiques faits par des his-
(1) Hwpp. — Thèse Paris 1899, p. 28-29,
SDS tologistes assez compétents pour qu'on ne soit autorisé à rejeler aucune de leurs conclusions. Il nous semble qu'il faille admettre un développement variable suivant les cas, des tissus musculaire et conjonctif. Voyons dans le syndrome que nous décrivons, quel est l'état des différents tissus qui constituent la paroi utérine.
Le lissu élastique nous a paru avoir d'une façon conslante son développement normal. Nous n'avons Jamais retrouvé les lésions décrites par Pozzr et LATTEUXx (E; c'est-à-dire l'hypertrophie de la charpente élastique des vaisseaux qu'ils appellent angiosclérose envahissante, et à laquelle ils attribuent les métrorragies. :
Les fibres musculaires lisses sont très multiphiées, mais non hypertrophiées. Elles ont un contour net, leur noyau en batonnet, entouré d'un mince fuseau protoplasmique. Elles offrent tous les caractères des fibres jeunes en voie de développement et souvent de développement rapide. Elles forment des faisceaux de directions et de dimensions irrégulières. Sur une coupe, on les voit en faisceaux tourbillonnants et en volutes coupées sous diverses incidences, perpendiculaires, obliques ou horizontales. Elles sont plongées partout dans une substance hyaline, ankyste fondamentale. Elles paraissent parfois se grouper circulairement autour d’un petit vaisseau comme point central. Les fibres adultes sont repoussées du côté de la périphérie de l'organe, car le processus d'hyperplasie et d’hypergénèse des fibres musculaires lisses semble toujours prédominer ou
du moins être plus intense au-dessous de la muqueuse.
(1) Pozzr et Larreux.— Rev. gyn. et chir. abd., 1899, p. T1.