CHAPITRE V
ÉTIOLOGIE — PATHOGÉNIE
D'après le plus grand nombre des observations que nous avons pu recueillir, la myômatose diffuse survient généralement chez les femmes âgées de 35 à 40 ans. Souvent l'affection a pu commencer longtemps auparavant, mais l'âge que nous donnons constitue la période de la vie féminine pendant laquelle cette affection a le plus de chance de se développer. Faisons observer tout de suite que cet âge n’est pas en rapport direct avec la ménopause: 1l ne serait donc pas logique de faire intervenir comme cause prédisposante les troubles généraux et circulatoires qu'on observe fréquemment lors de la suppression des mensitrues.
L'influence de l'hérédité nous a paru de peu d'importance: dans les antécédents héréditaires de nos malades nous avons parfois relevé des affections gynécologiques, mais dans la plupart des cas il n’y avait rien qui puisse attirer notre attention de ce côté. L'hérédité donc, si elle a une influence sur le développement de la myômatose diffuse, ne saurait agir que par le même mécanisme qu'on lui connaît déjà dans le développement des fibromyômes vulgaires; il s’agit d’une prédisposition générale de l'organisme à réagir dans le sens néoplasique et
formateur, prédisposition que nous ne pouvons élucider dans son mécanisme intime, que nous enregistrons, mais dont l'importance est minime, car il peut faire défaut dans des observations indubitables.
Les grossesses même multiples, semblent jouer un rôle très effacé. Certaines de nos malades n'avaient jamais été enceintes, d'autres avaient eu des grossesses multiples et le tableau clinique était le même. Dans une de nos observations, la malade après avoir eu les premières manifestations douloureuses et hémorragiques du début de la myômatose, eut une grossesse qui évolua normalement sans hémorragie, mais, après sa délivrance et son retour de règles, les symptômes reparurent avec une intensité sensiblement égale qui conduisirent la malade à une hystérectomie qui permit de vérifier histologiquement la cause de l'affection.
L'influence des états constitutionnels (diabète, alcoolisme, syphilis, tuberculose, neuro-arthritisme) est vraisemblable. Néanmoins elle n’est pas démontrée et nous avons rencontré la myômatose diffuse chez des femmes exemples de tares héréditaires ou acquises et chez lesquelles les phénomènes de la nutrition semblaient se faire d'une façon normale. Quant au neuro-arthritisme, capable d’après M. Ricuecor de provoquer naturellement une slase sanguine des organes génitaux de la femme et une congestion chronique de l'utérus, son rôle est peut-être de favoriser le . développement des fibres Jeunes myômaleuses par cette congestion même: cependant 1l faut avouer que ce mot de neuro-arthritisme n'explique rien et que c’est la stase pelvienne et la congestion qu'il faudrait à leur tour expliquer.
à Ke past
La congestion chronique de l'utérus, nous l'avons constaté nous-même dans nos cas de myômatose diffuse. Mais est-elle primitive et correspond-elle à une des causes prédisposantes de l’affection, est-elle secondaire, c'est-à-dire une conséquence des lésions anatomiques, nous ne pouvons élucider cette question sans nous lancer dans des hypothèses qui ne reposeraient pas sur des bases certaines.
Ainsi donc nous considérons la myômatose diffuse comme le résultat d'un processus formateur et néoplasique analogue à celui qui préside au développement des fibro-myômes nucléés. Et nous tenons à affirmer cette proposition, Car une question se posait, intéressante à résoudre, à propos des lésions que nous décrivons dans la muqueuse utérime: y a-t-1l infection primitive, métrite chronique hyperplasique et inflammation lente du muscle voisin de la muqueuse se propageant d’une manière diffuse à toute la paroi utérine et aboutissant à la formation d'éléments embryonnaires de même type que ceux préexistants dans le tissu, c'est-à-dire musculaires ? Y a-t-il au contraire néoformation myômateuse primilive sous une influence que nous ne connaissons pas, la même que pour les fibro-myômes nucléés, et comme chez ces derniers, endométrite myômateuse consécutive interslitielle, hémorragique ? On sait que Wyperr et Camps ont décrit dans les fibromesmyômes de l'utérus une endométrite hyperplasique présentant deux formes principales : l'une qu'on rencontre dans les fibro-myômes éloignés de la muqueuse et qui est une métrite glandulaire donnant des leucorrhées persistantes, l'autre qui se voit dans les
fibro-myômes sous-muqueux et qui est une métrite interstitielle donnant des hémorragies. Or, l’analogie est frappante entre ce dernier type et celui que nous décrivons, et nous adoptons la deuxième des hypothèses exprimées plus haut : d'abord formation du myôme, puis apparition de l'endométrite myômateuse hémorragique.
Sous quelle influence se font les hémorragies et faut-il invoquer comme DaLcÉé et Franz des troubles de fonctionnement de l'ovaire ou bien comme THEILHABER l'atonie des fibres musculaires, enfin l'hypervasecularisation de la muqueuse est-elle seule en cause ? Il est vraisemblable que ces trois facteurs interviennent à des litres divers puisque nous avons signalé des lésions de la fibre musculaire, de la muqueuse et dans la plupart des cas de la dégénérescence scléro-kystique des ovaires.
En tous cas le mécanisme intime de ces hémorragies nous paraît sensiblement comparable aux phénomènes de la menstruation normale. Mais dans le cas de myôme diffus, les influences vaso-motrices sont troublées et ne règlent plus aussi bien l'écoulement sanguin, et d'autre part les fibres musculaires utérines jouissent d'une contractibilité moindre qu'à l’état normal et ne peuvent réduire le calibre des vaisseaux qui charrient une quanté de sang plus considérable, si bien que l'hémorragie persiste abondante aussi longtemps que dure la congestion dans le bassin.