‹ Les mystères d'Éleusis [microform]Chapitre 175 sur 290 · Ennéades, I · texte numérisé non relu

Ennéades, I

Les mystes quittent leurs vêtements :

Dans la cérémonie burlesque que représentent les Nuées d'Aristophane 1, Socrate dit à Strepsiade : « Allons! Dépose ton vêtement! » Strepsiade répond : « Est-ce que j'ai fait du mal? » Et Socrate lui explique : « Non! Mais l'usage est qu'on entre nu » (vers 497-498).

Et le scholiaste a, sur ce passage, la note suivante : « Il veut qu'il enlève son vêtement, comme le font ceux qui s'initient aux Mystères ». Et une autre note nous révèle que « les philosophes philosophaient revêtus seulement d'un petit chiton, et assis à demi nus ».

Les Mystes sont censés mourir et quitter leur corps. Ils avancent dans un souterrain obscur, qui représente Hadès ou le séjour infernal.

Philon le Juif s'adresse en ces termes aux partisans des Mystères :

« Pourquoi, ô mystes, si ces choses sont belles, vous enfermezvous dans une obscurité profonde et rendez-vous service à trois ou quatre hommes seulement, alors qu'il vous serait possible d'êtres utiles à tous les hommes en exposant sur la place publique ces choses si avantageuses, afin que tous aient la possibilité de participer à une vie meilleure et plus heureuse? » (De Vid. Offert., p. 856 c).

Saint Grégoire de Nazianze dit, dans son Invective contre l'empereur Julien :

« Que ton héraut arrête ses proclamations honteuses; que mon héraut dise des choses divines! Ferme tes livres de charlatan et de devin; que seuls se déroulent les livres prophétiques et apostoliques! Arrête ces nuits honteuses et pleines de ténèbres; j'éveillerai les veillées sacrées et brillantes. Obstrue tes souterrains et tes routes qui mènent chez Hadès; je conduirai vers les routes brillantes qui mènent au ciel... Jette à bas tes Triptolème et tes Celée, et les dragons mystiques; rougis une fois des livres du théologien Orphée... » {Contre Julien, Pair, gr., t. 35, p. 700 ).

Proclus, à la suite de tant d'autres, présente le séjour d' Hadès comme un lieu souterrain et obscur :

« Si Hadès est un lieu souterrain obscur, l'âme, sans s'arracher à ce qui est, arrive chez Hadès, entraînant avec elle Veidolon 2. Car, lorsqu'elle quitte le corps matériel, le pneuma l'accompagne

1. Albert Dieterich, Ueber eine Scène der aristophanischen Wolken, Rhein. Mus. Neue Folge, 48, 1893, p. 275, a montré qu'il y a parodie des Mystères dans les Nuées.

2. Ueidolon, ou image, est ce que d'autres appellent le char, ou le véhicule.

pneuma qu'elle a recueilli dans les sphères... » (Porphyre, Pensées, 39, édit. Mommert).

Un guide ou mystagogue accompagne chaque myste.

Cela résulte des textes de Platon et d'Olympiodore cités plus haut 1, et du sens même qu'a en grec le mot mystagogue, conducteur de myste.

Ce mystagogue peut donner des explications; un poète de l'Anthologie Palatine, cité par Diogène Laërce (IX, 16=Diels-Kranz, Fragm. der Vorsokr,, I, p. 143) dit :

« Ne va pas dérouler trop vite, sur son omphalos, le livre d'Heraclite l'Éphésien; le sentier est pénible à gravir! Obscurité et ténèbres sans flambeaux! Mais si un myste te conduit, lumière plus éclatante que celle du soleil! »

Les mystes ne doivent pas se retourner, car les Érinyes qui les suivent les saisiraient :

« Pythagore dit que les âmes sont mortelles quand elles sont dans le corps, comme enfouies dans un sépulcre, mais qu'elles remontent et deviennent immortelles lorsque nous sommes déKvrés du corps. Voilà pourquoi Platon, interrogé sur cette question : qu'est-ce que la philosophie? dit : C'est la séparation de l'âme et du corps; en cela, il suit Pythagore et ces discours : Si lu quittes ta propre demeure, ne te retourne pas, sinon les Érinyes, auxiliaires de la justice, viendront vers toi, entendant par la demeure le corps, et, par les Érinyes, les passions. Si donc, dit-il, tu t'en vas, c'est-à-dire si tu sors de ton corps, ne t'attache plus à ce corps; si tu t'y attaches, les passions t'enfermeront de nouveau dans le corps. Ces philosophes estiment en effet que les âmes passent d'un corps à l'autre, comme Empédocle le pythagorisant. Car il faut, dit-il, que les âmes avides de plaisirs, comme dit Platon, arrivées dans la passion de l'homme, si elles ne philosophent pas, passent par tous les animaux et les plantes pour revenir au corps humain, et si elles philosophent trois fois dans le même (corps?), que chacune remonte dans la nature de l'astre qui obéit à la même loi, et si elle ne philosophe pas, qu'elle revienne vers les mêmes. Il dit donc que l'âme peut parfois même devenir mortelle, si elle est dominée par les Érinyes, c'est-à-dire les passions, et immortelle, si elle fuit les passions, c'est-à-dire les Érinyes » {Philosophoumena, V, 25, dans la Patrol. Grecque de Migne, t. 16, p. 3231).

« Quand tu t'en vas de ta maison, ne te retourne pas, car les Érinyes marchent derrière » (Jamblique, Protreptique, p. 340).

Dans le Cataplous de Lucien, nous voyons le savetier Micyllos

1, Voir plus haut, p. 208.

et le Cynique {Cyniscos « petit chien ») arrivés dans les Enfers.

« Quelle obscurité! » dit Micyllos. Et un peu plus loin :

« Dis-moi, car tu as bien certainement été initié aux Mystères d'Eleusis, ce que nous avons devant nous n'est-il pas pareil à ce qui se passe là-bas? »

Et Cyniscos répond : « Tu dis vrai! En voici une qui s'avance tenant un flambeau, jetant des regards terribles et menaçants. Oui, c'est une Érinys ^ ».

Alors Hermès, qui accompagne le savetier, le Cynique, et de plus le tyran Mégapenthès, dit à l'Érinys : « Reçois ces quatre-là, Tisiphone, avec les milliers d'autres ».

Divers fantômes apparaissent.

Parfois il est question de fantômes envoyés par la terrible déesse Hécate; ou bien on assimile Hécate à Empousa et l'on dit qu'elle prend successivement des formes différentes.

Suidas a une longue note sur ime apparition démoniaque nommée Empousa, qui se fait voir non seulement dans les initiations, mais encore en d'autres circonstances :

a Empousa, fantôme démoniaque envoyé par Hécate et apparaissant aux malheureux, qui paraît pouvoir prendre beaucoup de formes... Elle était appelée Empousa, parce qu'elle entravait d'un seul pied ou bien avait l'autre pied d'airain, ou bien encore parce qu'elle apparaissait de lieux obscurs aux initiants; et la même s'appelait aussi Onocolé (à la Jambe d'âne); d'autres, parce qu'elle changeait de formes... Quelques-uns l'identifient avec Hécate. Onocolé, parce qu'elle a une jambe d'âne. Ce qu'ils appellent bolitinon ^ c'est-à-dire « d'âne » : car bolitos c'est exactement i'excrément d'âne. Aristophane a dit, dans les Grenouilles (vers 294) : Par Zeus, je vois une grosse bête. — Laquelle'! — Terrible. Elle prend toute espèce de formes, tantôt bœuf, tantôt mulet, tanlôt femme dans tout V éclat de la beauté. — Où est-elle? que je l'aborde! — Elle n'est déjà plus une femme, mais un chien. C'est donc Empousa. Le feu fait briller son visage; elle a une jambe en airain, et Vautre jambe est une jambe d'âne ».

Le scholiaste d'Apollonius de Rhodes (HI, 861) parle d'apparitions hécatéennes : « On dit qu'elle envoie des apparitions appelées hécatéennes ^, et que souvent elle change d'aspect, ce qui fait qu'on l'appelle Empousa. »

Dans le lexique d'Hésychius, il est question de démon envoyé

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