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La délivrance

L'âme a subi le sort de Dionysos, démembré, puis dévoré par les Titans; elle vit d'une vie titanique, comme enfermée dans une prison, et doit se délivrer ;

« Il (Platon) a imité le cercle mystique et cosmique des âmes. Car, fuyant la vie indivisée, et préférant à la vie dionysiaque la vie titanique, et fermées dans la prison, elles ont été enchaînées; puis, étant restées dans leur châtiment, et s'étant occupées d'ellesmêmes, purifiées des souillures titaniques et ramassées en ellesmêmes, elles deviennent Bacchoi, c'est-à-dire holoclères, d'après le Dionysos qui reste en haut » (Olympiodore, Sur le Phédon, édition Norvin, p. 120).

« Un seul salut de l'âme, la débarrassant du cercle de la genèse, c'est la course en haut, vers l'aspect intelligible, loin des erreurs autour de la genèse. C'est ce salut que, chez Orphée, souhaitent d'obtenir ceux qui sont initiés à Dionysos et à Coré : Faire sortir du cercle et respirer loin du mal » (PtocIus, Commentaire sur le Timée, 330 a).

Cette délivrance de l'âme après la mort, ou du myste qui va parvenir à un degré supérieur d'initiation — celui qui accomplit le cercle mystique — analogue à la délivrance de Dionysos, ne va pas sans peines.

C'est là une œuvre difficile, car les Peines poursuivent ceux qui veulent s'échapper; il faut accomplir des travaux analogues à ceux d'Héraclès; si l'on saute à l'intérieur des limites, on sera de nouveau saisi :

« Alors surtout (quand elle veut fuir) il faut à l'âme de la force et l'aide d'un dieu; car ce n'est pas un petit travail que d'annuler

252 INITIATION HOLOCLÈRE

sa signature et peut-être même d'employer la violence pour cela. Car alors les Peines matérielles, même si la Destinée s'y oppose, s'émeuvent, et poursuivent ceux qui se sont révoltés contre leurs forces. Et ce sont là les travaux que les discours sacrés disent qu'Héraclès eut à accomplir, et de même ceux qui essayèrent de recouvrer leur liberté par la force, jusqu'à ce qu'ils aient fait arriver leur pneuma (souffle de pensée ou souffle d'âme) dans le lieu où les mains de la nature ne sauraient atteindre. Et «i le saut se produit à l'intérieur des limites, il faut des luttes plus lourdes. Car alors elles nous traitent sans ménagement, comme si nous appartenions à d'autres. Même s'ils renoncent à monter, ils subissent le châtiment de leur tentative » (Synésius, Des Songes, 4-5, dans la Pair. Gr., t. 66, p. 1296).

Pour quitter le monde de la genèse où l'on est attaché, il faut fléchir les dieux qui ont justement la mission de faire sortir du cercle et de rafraîchir du mal :

« Le mythe relatif à Ixion dit qu'Ixion voulait s'unir à Héra, que la déesse mit un nuage à sa place... que Zeus, ayant connu la chose par Héra, attacha Ixion à une roue, sur laquelle il tourne sans cesse. Ce mythe signifie que... il fut attaché par le dieu démiurge, qui met chacun à la place qu'il mérite, sur la roue de la nécessité et de la genèse, d'où il est impossible de s'évader, suivant Orphée, quand on n'a pas fléchi les dieux auxquels Zeus a donné cette mission, de faire sortir du cercle et de rafraîchir du mal, les âmes humaines » (Simplicius, Commentaires sur le traité d'AristoteDu Ciel, édit. I. L. Heiberg, II, 1, p. 377).

Plotin montre un être divin veillant sur celui qui s'est comporté justement, alors que les hommes mauvais ne peuvent obtenir aucun secours des dieux ni des hommes supérieurs :

« Mais que seulement l'être divin soit : Et il est maintenant. Et il est venu vers un autre, non pour détruire cet autre, mais arrivant sur quelqu'un, en tant qu'homme, il était au-dessus de lui la Prévoyance ^ surveillant celui qui était homme, c'est-à-dire celui qui vivait suivant la loi, c'est-à-dire faisait tout ce que sa loi ordonne. Et elle dit que ceux qui sont devenus bons auront une bonne vie et la garderont même plus tard, et ceux qui sont devenus mauvais auront le contraire . Ceux qui sont devenus mauvais, il n'est pas permis de penser que d'autres, à leur prière, se mettront

1. Noter que la même idée de Prévoyance se trouve dans le texte de Clément d'Alexandrie cité plus haut, p. 219.

en avant pour les sauver; il ne faut pas penser qu'ils puissent être dirigés ici par les dieux, qui abandonneraient leur propre vie, ni par les autres hommes, qui vivent une vie meilleure que le commandement sur les hommes » (Plotin, III, 2, 9).

Dans la philosophie de Platon, d'après Hermias, Socrate joue le rôle de celui qui sauve et fait remonter :

« Socrate, aimant d'un amour qui est capable de faire remonter et de sauver Phèdre ^... » 3

Mais alors il paraît évident que Platon suit, ici comme ailleurs, les Mystères d'Eleusis : Socrate veut en effet sauver le jeune homme et l'éloigner de la vie qui est dans la genèse; pour accomplir sa tâche, Socrate est aidé par les divinités éphores de la génération,les Nymphes et Dionysos, et il subit une passion divine : l¥^éïÉ^M^

« Puis donc que la vie actuelle de Socrate est caîhartique et anagôgos (capable de faire remonter) — il veut en effet sauver le jeune homme et l'éloigner de la vie qui est dans la genèse et hors du beau — , et puisque les éphores de la genèse sont les Nymphes et Dionysos, à cause de cela il se dit possédé par les Nymphes et nympholepte (pris par les Nymphes), et dit qu'il n'est pas loin de proférer des dithyrambes, comme ayant tendu sa vie vers les dieux éphores de la genèse et étant inspiré de là, et recevant d'eux aide et secours. Socrate dit donc qu'il a subi une passion divine (ôeîov ^a6oç •rceiiovSévai) soit parce qu'il se soucie du jeune homme, soit parce qu'il est bien disposé pour recevoir les illuminations divines » (Hermias, Commentaires sur le Phèdre 238 c, édition Couvreur, p. 55).

Le Socrate de Platon, conducteur des jeunes gens, est comparé par Proclus à Zeus lui-même et à Dionysos, que la théologie appelle « jeunes »; Zeus fait remonter les êtres vers lui-même, car il est le Nous d'où découlent les êtres multiples, et ces êtres remontent à leur origine; Socrate, de même, fait remonter les jeunes gens vers le Nous :

« Socrate le Jeune, conducteur des Jeunes : il faut comparer, dans le Phèdre^ les expressions de Platon criant : le Grand Zeus s'avance le premier comme conducteur, et une armée de dieux et de démons le suit. Car le Nous, ayant obtenu partout le rang de celui

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