L'arrivée dans le sanctuaire
Le futur roi arrive dans le vestibule du sanctuaire. Plotin fait allusion à cette démarche :
« ...L'IntelligeAce ne se présente à nous avant le premier principe que parce qu'elle est en quelque sorte placée dans le vestibule du Bien; elle porte toutes choses en elle-même et elle les manifeste, en sorte qu'elle offre l'image du Bien dans la pluralité, tandis que le Bien même demeure dans une unité absolument simple » (V, 9, 2).
Il pénètre dans le sanctuaire où il contemple le dieu face à face; il reçoit l'illumination parfaite et devient capable d'illuminer.
Gomment il considère le dieu face à face, un fragment orphique le dit :
« Ayant regardé vers le logos divin — dit Orphée à son fils — assieds-toi près de lui, dirigeant l'esquif intelligent de ton cœur, et gravis bien le sentier, et considère seul à seul le roi du monde. Il est unique, né de lui-même, et tout vient d'un seul être... » {Orphica, édit. Hermann, fragment 1 = 0. Kern, Orphie, fragm. 245).
En effet le fragment contient plusieurs allusions aux rites de l'initiation royale : navigation, regards lancés vers le haut, ascension.
. Mais Plotin explique aussi comment le philosophe, assiniilé au Roi, reçoit l'illumination du monde intelligible ":
« L'âme est donc sans lumière quand elle est privée de la présence de ce Dieu; illuminée par lui, elle a ce qu'elle cherchait. Le vrai but de l'âme, c'est d'être en contact avec cette lumière, de voir cette lumière à la clarté de cette lumière même, sans le secours d'une lumière étrangère, c'est de voir ce principe à l'aide duquel elle voit. En effet, c'est le principe par lequel elle est illuminée qu'elle doit contempler, comme on ne contemple le soleil que par sa propre luinière. Mais comment y arriver? Retranche toutes phpseg » (V, ^, 17).
« Quand l'intelligence aperçoit ainsi cette lumière divine, on ne sait d'où vient cette lumière,. si c'est du dedans ou du dehors; quand elle a cessé de briller, on croit tour à tour qu'elle vient du dedans ou qu'elle n'en vient pas... Car tout brille dans le monde
intelligible, et, en couvrant de splendeur ceux qui le contemplent, les fait paraître beaux eux-mêmes » (V, 8, 10).
Celui qui devient roi par la Pensée pénètre, au-dessus des nuages et des ténèbres, jusqu'au monde de la pensée :
«c Une troisième espèce comprend ces hommes divins qui, doués d'une vue perçante, considèrent avec un regard pénétrant l'éclat du monde intelligible, et s'y élèvent en prenant leur vol au-dessus des nuages et des ténèbres d'ici-bas; alors, pleins de mépris pour les choses terrestres, ils restent là-haut, et ils habitent leur véritable patrie avec la joie ineffable de l'homme qui, après de longs voyages, est enfin rendu à ses foyers légitimes.
Quelle est cette région supérieure? Que faut-il être pour y parvenir? Il faut être naturellement porté à l'amour, être né véritablement philosophe. En présence du beau, l'amant éprouve quelque chose de semblable au mal d'enfant; mais, loin de s'arrêter à la beauté du corps, il s'élève à celle qu'offrent, dans l'âme, la vertu, la science, les devoirs et les lois; puis, il remonte à la cause de leur beauté et il ne s'arrête dans cette marche ascendante que lorsqu'il est arrivé au principe qui occupe le premier rang, à ce qui est beau par soi-même. C'est alors seulement qu'il cesse d'être aiguillonné par ce tourment que nous comparons au mal d'enfant » (V, 9, 1-2, traduction Bouillet).
Cette cérémonie donne au Roi le droit, qu'il conservera dans la suite, d'entrer dans le Sanctuaire.
Le fait est rapporté de Marc-Aurèle :
« Après avoir arrangé les affaires d'Orient, il fut à Athènes, et parmi d'autres cérémonies de Cérès, il alla au temple, pour prouver son innocence, et, seul, entra dans le sanctuaire.
Orienlalibus rébus ordinalis, Aîhenis fuit, el inler alla Cereris iniiialia, iemplum adiit, ut se innocenlem probaret, et sacrariûm solus ingressus est » (Capitolin, Marc. Anton., 27).
En Egypte de même le dieu vivait caché dans une petite chapelle. Seul le Pharaon pouvait y entrer, comme fils de Dieu. En pratique le grand prêtre le remplaçait ^.