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Virgile, Enéide, III, 112 et suiv

« L'étude de la musique commença par là, quand ils eurent fait passer dans le rythme de la versification les modulations saisies dans le crépitement et le frémissement du bronze (Solinus, XI, 6). »

({ La première elle s'illustra par ses rames et ses flèches, elle établit les lois par écrit; l'étude de la musique commença là grâce aux Dactyles Idéens... » (Isidore, Origines, XIV, 6, 16).

L'archéologie moderne nous a fait connaître une brillante civilisation Cretoise antérieure de beaucoup à l'époque où la légende plaçait Orphée. Il a certainement existé en Crète une religion de la Mère, analogue à la religion phrygienne, et analogue à la religion d'Eleusis.

Gomme les fouilles ont dévoilé à Eleusis l'existence d'un iélestérion qui semble antérieur à l'arrivée en Grèce des Hellènes indo-européens, on a pu penser de nos jours que le culte de ce temps-là est d'origine crétoise ^.

On a pu aussi penser que le culte d'Eleusis est venu d'Egypte par la Grète ^.

Une légende raconte aussi que les Mystères furent apportés d'Egypte dans le Péloponnèse par les filles de Danaos ^.

Nous ne saurions d'autre part nier toute influence des Phéniciens.

Un témoignage de Diodore, cité plus haut, fait apparaître Gadmos, avec Harmonia, à Samothrace. Et les témoi-

1. Axel W. Persson, Der Ursprung der eleusinischen Myslerien, Archiv fur Religionswiss., 1922, 21, p. 308, résume ainsi ses vues sur la question : « Folgende Momente sprechen, um die Resultate unserer Untersuchung kurz zusammenzufassen, meines Erachtens fur die Richtigkeit der aufgestellten Thèse, dass die Mysterien in Kreta ihren Ursprung haben :

die âlteste Telesterion ist vorhelleniseh;

der name Eleusis deutet auf das vorhellenische Kreta hin; gewisse kultgefâsse, xépvot und Giessopferkannen sind fiir eleusinischen und minoischen Kult gemeinsam;

die Form des Telesterions ist vielleicht eine Entwicklung der minoischen sogenannten Theaters;

das Anaktoron ist identisch mit den kretischen Repositorien;

die Reinigungen des eleusinischen Kults stammen aus Kreta, wo sie urspriinglich der minoischen Religion angehôren; der Kern der Mysterien ist ein Fruchtbarkeitskult so wie der Kern der minoischen Religion;

eine doppelte antike Tradition leitet die Mysterien von Kreta ab : Diodor steht selbstândig neben dem Demeterhymnus, von welchem Isokrates, Paneg. 28 6, abhangig ist, so wie Dionysos Halic. I 61 und die Serviusscholie.

L'origine crétoise des Mystères était déjà admise par Kreuzer : cf. A. Kôrte, Archiv. fur Relig., XVIII, 1915, p. 118.

2. Th. Homolle, L'Omphalos delphique, R. E. G., 1919, p. 356; peut-être Ch. Picard, R. E. G., 1927, p. 369.

52 MYSTÈRES d'Eleusis

gnages d'Hérodote et de Pausanias relient les cultes thébains de Dionysos et de Déméter à Cadmos et aux Phéniciens :

« C'est Mélampe qui expliqua aux Hellènes le nom de Dionysos, le sacrifice, et la procession accompagnant le phallos; il montra le logos sans avoir tout compris clairement, mais les sages qui vinrent après lui le montrèrent plus grandement. Ainsi, le phallos qui est envoyé à Dionysos, c'est Mélampe qui l'expliqua, et c'est grâce à son enseignement que les Hellènes font ce qu'ils font. Pour moi donc, j'affirme que Mélampe, devenu un sage, établit pour lui la divination, et, ayant tiré des enseignements d'Egypte, expliqua beaucoup de choses aux Hellènes et en particulier les rites concernant Dionysos... Et je pense que Mélampe apprit les rites dionysiaques surtout de Cadmos et de ceux qui vinrent avec lui de Phénicie dans le pays qui s'appelle maintenant la Béotie » (Hérodote, II, 49),

« A Thèbes, Déméter avait été installée par Cadmos dans la Cadmée même » (Pausanias, IX, 16, 3).

Cette tradition, de même que les autres traditions, ne doit pas être rejetée à la légère; les Phéniciens ont pu, en effet, à une époque reculée, avoir une religion ou des croyances analogues à celles des autres peuples voisins de la Méditerranée.

Et voici l'hypothèse qui résumerait toutes les données précédentes : les Mystères ont fréquemment passé d'un lieu à l'autre dès une époque fort antérieure à l'histoire grecque; les Mystères d'Eleusis représentent une formule nouvelle d'une très antique religion.

Les Mystères d'Eleusis, célébrés par les poèmes orphiques, remontent en tout cas à une période antérieure à l'époque où les Ioniens quittèrent la Grèce continentale : des historiens comme Thucydide et Hérodote nous enseignent que les Ioniens ont emporté d'Athènes et conservé le culte de Déméter et de Perséphone; et le culte de Dionysos ^.

§,.VI. — Les Mystères et leurs vicissitudes.

Que les Mystères purent subir diverses vicissitudes dans un même pays, nous en avons des preuves multiples.

A Samothrace, les Mystères furent connus à une époque

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