Comment Vâme est venue sur ta terre
Que l'âme, d'abord pensée pure, soit descendue sur la terre en s'adjoignant des parties diverses, avant de s'unir à un corps, beaucoup d'auteurs l'ont dit de façon plus ou moins claire.
Aristide Quintilien, rhéteur de l'époque chrétienne (il a vécu vers l'an 110 après J.-C), qui se préoccupe toujours de suivre les idées antiques, et en particulier celles de Platon, nous a décrit la descente des âmes dans un récit sinon très clair, du moins très circonstancié \
Voulant expliquer l'afïinité du corps humain pour la musique, il reconnaît comme éléments importants de ce corps humain -^ sur lesquels agit directement la musique des instruments à corde et des instruments à vent — les nerfs et les artères, avec les souffles qui les parcourent, souffle de pensée et souffle d'âme.
Puis il raconte la formation de ces souffles^ et la formation du composé humain^
« Cette âme, tant qu'elle siège dans la partie la plus pure du monde, n'a aucune union avec les corps, elle ne subit aucune altération, et suit le maître de toutes choses. Mais lorsque, par suite d'une inclination vers les choses d'iei-bas, elle prend quelques idées des lieux qui entourent le séjour terrestre, alors un certain oubli de ce qui est là-haut la prend un peu et la porte vers le bas; à mesure qu'elle s'écarte de ce qui est en haut, elle s'applique à ce qui est ici-bas, se remplit d'irréflexion, et se tourne
l. De la Musique, édition Meibomius, p. 103 et suivantes.
100 PRINCIPE DE l'initiation
vers les ténèbres corporelles, devenant incapable, par la diminution de sa dignité ancienne, de se tendre en pensée avec le tout; puis, oubliant les beautés d'en haut, et en gardant même une certaine terreur, elle se laisse emporter vers les parties plus solides et plus matérielles. Ainsi, désirant un corps, dit-on, à mesure qu'elle passe par chacune des régions supérieures, elle prend et attire à elle quelques parties du composé corporel. Quand elle va à travers les cercles éthérés, elle prend tout ce qui est lumineux, propre à sauver le corps et à le garder physiquement, en maintenant l'unité dans ses différentes parties; de ces cercles et des tracés qui sont en eux, elle constitue des liens entrelacés à la façon d'un filet, par le transport des lignes les unes dans les autres, transport sans ordre. Quand elle passe à travers les lieux qui avoisinent la lune, lieux qui participent à l'obscur et au souffle désormais placés en face, elle fait un grand et considérable sifflement, à cause du mouvement naturel, et se remplit du souffle qui est en dessous; et, étendant les surfaces et les tracés des cercles, d'une part attirant vers elle certaines choses des masses du souffle, d'autre part gardant par sa nature quelques-unes des choses qui sont au-dessus, elle perd son apparence sphérique; elle passe à la forme humaine; les surfaces qu'elle a rencontrées dans la partie lumineuse, et la matière éthérée, elle les change en membranes, les lignes qu'elle a rencontrées dans l'empyrée, et la couleur éclatante du feu dont elle a été teinte, elle en fait la forme des nerfs; elle prend ensuite le souffle humide; en sorte que cela lui fait un premier corps physique, formé de surfaces, membraneuses et nerveuses, et de souffle. Cela fait la racine du corps. C'est par cela que l'organe ostréique ^ est nourri et maintenu. »
Que cette théorie soit empruntée aux Mystères, Aristide Quintilien ne le dit pas. Mais il nous permet ailleurs de le conjecturer. Il a en effet cette affirmation ^ :
« La musique et la philosophie sont dans les mêmes rapports que les petits et les grands Mystères... La philosophie est un accomplissement parfait : ce qui a été perdu par les âmes dans le malheur de la naissance, elle le restitue par les souvenirs... »
La philosophie, pour lui, est analogue aux grands Mystères; et la philosophie ramène l'âme à son état primitif : c'est donc que les Mystères se proposent eux aussi de ramener l'âme à son état primitif; ils supposent donc un état primitif parfait, suivi par la déchéance de l'âme tombée dans le corps.
Le latin Macrobe exprime dans un style différent des idées semblables.
1. Le corps, qui est attaché à l'âme comme l'huître (ostreon) à l'écaille, suivant une comparaison que nous retrouverons plus loin.