Plutarque, Préceptes conjugaux, ch
« Le licnon est propre à toute iélélé et à tout sacrifice » dit Harpocration (au mot Licnon).
Celui qui accomplit un acte religieux peut se mettre le licnon sur la tête. En effet Hésychius a cette définition : XtxvoçoperMxvou Gt£;pavcùu.£vo<; OpYjaxeuet.
Le licnon ou van se rattache au culte de Déméter et au culte de Dionysos.
Le licnon est « le symbole de la vie due à Déméter » (Bekker, Anecd. graeca, I, p, 277).
On appelle « Licnophore celui qui porte le van. En effet on plaçait sur les vans un emblème mystique de la nourriture de Déméter » (Hésychius).
Virgile a employé l'expression « van mystique d'Iacchos, myslica vannus Iacchi » (Géorg., I, 166) a dit son commentateur Servius : « parce que les Mystères de Liber le Père avaient un rapport avec la purification de l'âme; les hommes étaient purifiés par ses Mystères comme le blé est purifié par le van. »
Et l'on couche les petits enfants dans les vans comme on y a couché Dionysos : « Licnitès : épithète de Dionysos, des ticna dans lesquels on couche les petits enfants » (Hésychius).
Les Mystères recommandent de purifier et de moudre :
« Si tu ne purifies pas, et si tu ne mouds pas, tu ne mangeras pas : se dit de ceux qui se procurent avec peine leur nourriture. C'est la parole de Déméter à Triptolème 1. »
Vivre « la vie moulue » c'est vivre de la vie civilisée et facile que l'agriculture procure aux hommes, les débarrassant de la vie épineuse, c'est-à-dire de la vie sauvage et pénible :
« // vit une vie moulue après une vie sauvage et épineuse, — dit Eustathe expliquant des proverbes grecs — ; cette vie est encore exprimée par la formule Plus d'épines, formule qui rappelle la transformation de la vie antique. De même origine est la formule Assez du chêne! pour ceux qui, après le temps où ils se procuraient péniblement une nourriture peu agréable, ont trouvé plus tard quelque chose de meilleur 2. »
Et Suidas rapporte la même théorie :
1. Diogenianus, Centuries, I, 84, dans les Paroemiogr. gr., I, p. 254. Apostolius, VIII, 58, donne le même texte, sauf la phrase finale.
2. Eustathe, Comm. sur l'Odyssée, 1859, 48 et suiv.; Suidas, aux mots alélesmenos bios et bios acanlhodès.
La vie moulue, c'est la vie dans laquelle les hommes se partagent les biens de la terre, au lieu de se battre; elle s'exprime par cette formule : Partage et non étouff entent 1!
Parfois on appelle vie moulue et pétrie « la vie toute prête, que l'on a sous la main et qui n'impose pas de fatigue 2 ».
Les Mystères, et les rites des sacrifices, rappellent et célèbrent cette arrivée des hommes à une vie meilleure :
« Après cela, la vie humaine, passant à la nourriture civilisée, et pouvant offrir aux dieux des offrandes qui provenaient des céréales a dit : Assez du chênel Et parce que, entre les céréales de Déméter, l'orge avait été trouvée la première après les légumes à cosse, le genre humain, au début, jetait des grains intacts dans les premiers sacrifices; plus tard, quand on eut broyé les grains et qu'on eut mis cette nourriture en pâte, on cacha dans le secret les instruments de ce travail, qui avaient fourni une aide divine, et on les abordait comme divins. Et parce que la vie moulue avait été célébrée comme bienheureuse en comparaison de la vie antérieure, ils tirèrent de la nourriture moulue, et humectée (^atuôeioYjç) des prémices pour le feu, en l'honneur des dieux. Voilà pourquoi, encore maintenant, quand nous accomplissons les thysiai (rites qui consistent à jeter des offrandes dans le feu) nous employons des thylémata moulus et humectés » (Porphyre, De l'Abstinence, II, 5-6).
Gomme le prouve le texte de Porphyre, on confectionne, dans les cérémonies sacrées, des psaisla, c'est-à-dire des gâteaux non cuits, faits avec de la farine mouillée de vin et d'huile, ou d'huile seulement, ou de lait 3, que l'on peut par ailleurs offrir aux dieux 4, à Esculape 5, à Aphrodite 6, etc.
De même, il y a des enihrypta « propres aux iélélés »; or ce sont « de petits gâteaux humectés de vin que l'on confectionne en creusant des pains en forme de barque et en y mettant une sorte de placé 7 ».
1. Suidas, aux mots txepîç où tcvi'I; Eustathe, Sur l'Odyssée, 1859; Apostolius, Centuries, XI, 26, dans le Corpus Paroem. gr., II, p. 529; Macarius V, 83.
2. Macarius, Centuries, I, 84, dans les Paroem. graeci, I, p. 254.
3. Eustathe, Comm. sur l'Odyssée, 1445, 51; Suidas, au mot psaisla; Schol. d'Aristophane, Plutus, 138; ibid., 1115.