RAPPORTS AVEC LA PHILOSOPHIE GRECQUE
sique, et des autres sciences » (Vie de Pythagore, 19). Mais Pythagore a en outre appris certaines choses par « les télétés qui se font à Eleusis, à Imbros, à Samothrace et à Délos..., et chez les Celtes et en Ibérie » (Vie de Pythagore, 28).
Pythagore a été assimilé aux dieux et aux démons de la religion grecque :
« Les uns l'appelaient Pythien, les autres Apollon de chez les Hyperboréens, les autres Péon, les autres, un des démons habitant la lune, les autres un autre des dieux 01ympiens, disant que, pour l'utilité et le redressement de la vie humaine, il était apparu sous la forme humaine à ceux d'alors, apportant à la nature humaine la lumière salvatrice du bonheur et de la philosophie, laquelle est le bien le plus grand qui soit jamais venu et puisse jamais venir, donné aux hommes de la part des dieux, par ce Pythagore » (Vie de Pythagore, 30).
La maison de Pythagore, après sa mort, a été considérée comme un sanctuaire de Déméter (Gérés) :
«Les Crotoniates lui demandèrent que leur Sénat, qui était composé de mille hommes, pût l'avoir comme conseiller. Et cette cité si opulente fit de la demeure de l'homme qui avait été vénéré si souvent, un sanctuaire de Gérés; et, aussi longtemps que cette ville resta forte, la déesse fut cultivée dans la mémoire des hommes jet l'homme dans le culte de la déesse » (Valère Maxime, VIII, 15, 1).
Les Pythagoriciens ont admis le mythe de Dionysos démembré; ils lui ont reconnu la signification que lui donnait la religion d'Eleusis, à savoir que le Nous, primitivement un, et qui reste toujours un, paraît divisé dans chacun des hommes.
Voici en effet ce que dit, chez Gicéron, le philosophe épicurien qui prend à tâche de critiquer la philosophie grecque :
« Pythagore qui a pensé qu'il y a un esprit (animus) tendu par toute la nature et y circulant, esprit d'où sont tirés nos esprits, n'a-t-il pas vu que, par ce détachement des esprits humains, Dieu est démembré et déchiré? N'a-t-il pas vu que lorsque les esprits sont malheureux, ce qui arrive à la plupart, une partie du dieu est misérable, chose impossible? D'autre part, pourquoi l'esprit de l'homme oublierait-il quelque chose, s'il était dieu? x (Cicéron, Sur la Nature des Dieux, I, 11. 27).
62 mystères d'éleusis
On a trouvé beaucoup de croyances importantes communes à l'Orphisme et au Pythagorisme 1. Nous pouvons estimer que ce sont des croyances religieuses. Les Pythagoriciens, pouvons-nous penser, ont constitué dans la société religieuse antique une sorte de congrégation à la fois savante et austère qui poussait plus loin que le vulgaire l'amour de la théologie, de la philosophie et l'esprit de discipline et qui, en certains pays, put s'emparer parfois du pouvoir politique.
Les philosophes comme Platon ont suivi constamment Orphée et Pythagore :
« Platon, Pythagore, Xénocrate, Chrysippe, qui suivent les théologiens anciens... » (Plutarque, Sur h. et Osir., 25).
« Partout Platon imite les paroles d'Orphée » (Olympiodore, Sur le Phédon, édit. Norvin, p. 22).
« Je ris des histoires de vieilles femmes racontées par Phérécyde, je ris de son héritier Pythagore, et de l'imitation de celui-ci par Platon » (Tatien, Discours, 3, dans la Pair. gr. de Migne, t. 6, p. 812). .
Suivant Clément d'Alexandrie, Philolaos et Platon ont admis, comme Orphée, que le corps, (sôma) est une prison [sema) — (Stromales, III, 3, dans la Pair, gr., t. 8, p. 1120).
Suivant Suidas (aux mots Charax et Syrianos) des auteurs anciens avaient écrit sur « l'accord d'Orphée, de Pythagore et de Platon ». Suivant le même Suidas (au mot Logia) Syrianus avait écrit un livre pour prouver l'accord d'Orphée, de Pythagore et de Platon avec les Logia.
Hiéroclès, dans son IVe livre De la Providence, s'était efforcé de montrer la concordance de ce que l'on appelle les Logia et les règles hiératiques avec les doctrines de Platon (Photius, Cod. 214, p. 173 a, 13).
Platon, au témoignage des Anciens, est allé en Egypte : « Il vint aussi vers les prêtres d'Egypte, dit Quintilien, et apprit leurs secrets » (Quintilien, 1, 19).
L'accord de Platon avec les Mystères d'Eleusis est sans cesse reconnu par les commentateurs grecs du philosophe, comme Olympiodore et Proclus. Mais le philosophe l'a indiqué lui-même à plusieurs reprises dans ses œuvres 2. Le So-
1. W. K.'C. Guthrie, Orpheus and the greek Religion, p. 216 et suiv.