‹ Les mystéres de Jeanne d'ArcChapitre 4 sur 5 · innocents. — j · texte numérisé non relu

innocents. — j

le my^stère

Et de la duplicité même de ma Sagesse pour ce double enseignement.

Quelle mesure il faut que je garde, et comment la calculer.

Quel autre pourrait la calculer. Et comme il faut que je sois double

Et comme il faut que je compose prudemment ce doublement,

(Voilà qui va encore scandaliser nos Pharisiens),

Gomme il faut que je calcule prudemment cette duplicité même.

Quelle ne faut-il pas que soit ma prudence. Il faut créer, il faut enseigner cette liberté

Sans exposer leur salut. Car si je les soutiens trop

Ils n'apprennent jamais à nager.

Mais si je ne les soutiens pas juste au bon moment,

Ils piquent du nez, ils boivent un mauvais bouillon, ils plongent

Et il ne faut pas qu'ils sombrent

Dans cet océan de turpitudes.

Je suis leur père, dit Dieu, je suis roi, ma situation est

exactement la même.

Je suis exactement comme ce roi, qui était je pense un

roi d'Angleterre, Qui ne voulut point envoyer de secours, aucune aide A son fils engagé dans une mauvaise bataille, Parce qu'il voulait que l'enfant Gagnât lui-même ses éperons de chevalier.

iio

DES SAINTS INNOCENTS

Il faut qu'ils gagnent le ciel eux-niêaies et qu'ils Cassent

eux-mêmes leur salut.

Tel est l'ordre, tel est le secret, lel est le mystère. Or

dans cet ordre, et dans ce secret, et dans ce mystère Nos Français sont avancés entre tous. Ils sont mes

témoins.

Préférés.

Ce sont eux qui marchent le plus tout seuls. Ce sont eux qui marchent le plus eux-mêmes. Entre tous ils sont libres et entre tous ils sont gratuits. Ils n'ont pas besoin qu'on leur explique vingt fois la

même chose. Avant qu'on ait fini de parler, ils sont partis. Peuple intelligent,

Avant qu'on ait fini de parler, ils ont compris. Peuple laborieux.

Avant qu'on ait fini de parler, l'œuvre est faite. Peuple militaire.

Avant qu'on ait fini de parler, la bataille est donnée.

Peuple soldat, dit Dieu, rien ne vaut le Français dans la bataille.

(Et ainsi rien ne vaut le Français dans la croisade).

Ils ne demandent pas toujours des ordres et ils ne demandent pas toujours des explications sur ce qu'il faut faire et sur ce qui va se passer.

Ils trouvent tout d'eux-mêmes, ils inventent tout d'euxmêmes, à mesure qu'il faut.

le mystère

Ils savent tout tout seuls. On n'a pas besoin de leur envoyer des ordres à chaque instant.

Ils se débrouillent tout seuls. Ils comprennent tout seuls. En pleine bataille. Us suivent l'événement.

Ils se modifient suivant l'événement. Ils se plient à l'événement. Ils se moulent sur l'événement. Ils guettent, ils devancent l'événement.

Ils se retournent, ils savent toujours ce qu'il faut faire sans aller demander au général.

Sans déranger le général. Or il y a toujours la bataille, dit Dieu,

Il y a toujours la croisade.

Et on est toujours loin du général.

C'est embêtant, dit Dieu. Quand il n'y aura plus ces

Français, Il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne

pour les comprendre.

Peuple, les peuples de la terre te disent léger Parce que tu es un peuple prompt.

Les peuples pharisiens te disent léger Parce que tu es un peuple vite.

Tu es arrivé avant que les autres soient partis. Mais moi je t'ai pesé, dit Dieu, et je ne t'ai point trouvé léger.

DES SAINTS INNOCENTS

O peuple inventeur de la cathédrale, je ne t'ai point

trouvé léger en foi.

O peuple inventeur de la croisade je ne t'ai point trouvé

léger en charité.

Quant à l'espérance, il vaut mieux ne pas en parler, il

n'y en a que pour eux.

Tels sont nos Français, dit Dieu. Ils ne sont pas sans défauts. 11 s'en faut. Ils ont même beaucoup de défauts.

Ils ont plus de défauts que les autres.

Mais avec tous leurs défauts je les aime encore mieux que tous les autres avec censément moins de défauts.

Je les aime comme ils sont. Il n'y a que moi, dit Dieu, qui suis sans défaut. Mon fils et moi. Un Dieu avait un lils.

Et comme créatures il n'y en a que trois qui aient été sans défauts.

Sans compter les anges.

Et c'est Adam et Eve avant le péché.

Et c'est la Vierge temporellement et éternellement.

Dans sa double éternité.

Et deux femmes seulement ont été pures étant charnelles.

Et ont été charnelles étant pures.

Et c'est Eve et Marie.

Eve jusqu'au péché.

Marie éternellement.

le mystère

Nos Français sont comme tout le monde, dit Dieu. Peu

de saints, beaucoup de pécheurs.

Un saint, trois pécheurs. Et trente pécheurs. Et trois

cents pécheurs. Et plus.

Mais j'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un

pécheur qui n'en a pas. Non, je veux dire : J'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un neutre

qui n'en a pas.

Je suis ainsi. Un homme avait deux fils. Or ces Français, comme ils sont, ce sont mes meilleurs

serviteurs.

Ils ont été, ils seront toujours mes meilleurs soldats

dans la croisade.

Or il y aura toujours la croisade.

Enfin ils me plaisent. C'est tout dire. Ils ont du bon et

du mauvais.

Ils ont du pour et du contre. Je connais l'homme. Je sais trop ce qu'il faut demander à l'homme. Et surtout ce qu'il ne faut pas lui demander. Si quelqu'un le sait, c'est moi.

Depuis que l'ayant créé à mon image et à ma ressemblance.

Par le mystère de cette liberté ma créature Je lui abandonnai dans mon royaume Une part de mon gouvernement même.

Une part de mon invention.

Il faut le dire une part de ma création. Il faut les prendre comme ils sont. Si quelqu'un le sait,

c'est moi. Et aussi savez-vous

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DES SAINTS INNOCENTS

Combien une seule goutte du sang de Jésus

Pèse dans mes balances éternelles.

Que donc celui qui est né pour dormir, dorme. La terre

était informe et nue ; les ténèbres couvraient la face

de l'abîme; et l'Esprit de Dieu était porté sur les

eaux. Et ce ne fut qu'ensuite que j'ai créé la lumière.

Or Dieu dit : Que la lumière soit : et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la

lumière d'avec les ténèbres.

Il donna à la lumière le nom de jour, et aux ténèbres le

nom de nuit ; et du soir et du matin se fit le premier

jour.

Sera-t-il dit qu'il y aura des regards si éteints, des

regards si pâlis Que nulle étincelle ne les allumera plus. Et qu'il y aura des voix si fanées, et des âmes si blettes Que nul ressourcement ne les approfondira plus. Et qu'il y aura des âmes si fanées D'épreuves, de détresse, De larmes, de prière, de travail, Et d'avoir vu ce qu'elles ont vu. Et d'avoir souffert ce

qu'elles ont souffert.

Et d'avoir passé par où elles ont passé. Et de savoir ce

qu'elles savent.

Qu'ils en auront assez.

Pour éternellement assez et que tout ce qu'ils demanderont c'est qu'on leur flche la paix.

Dona eis, Dom.ine, pacem.

Et requiem aeternam. La paix et le repos éternel. Parce qu'ils auront connu certaines histoires de la terre.

ii5

le mystèi^e

Et qu'ils ne voudront plus entendre de rien que d'un champ de repos.

Et de se coucher pour dormir.

Dormir, dormir enfin. "

Et que tout ce qu'ils supporteront et que tout ce que je pourrai mettre

Et apporter

(Celui que je prends dans son sommeil de la terre est bien heureux, et c'est bon signe, mes enfants)

Gomme le trop malade et le trop blessé ne supporte plus la vie et le remède et l'idée même de la guérison.

Mais seulement le baume sur la blessure.

Et n'a plus aucun goût pour la santé.

Ainsi sera-t-il dit que sur tant de blessures.

Ils ne supporteront plus que la fraîcheur du baume.

Gomme un blessé fiévreux.

Et qu'ils n'auront (plus) aucun goût pour mon paradis

Et pour ma vie éternelle.

Et que tout ce que je pourrai mettre sur tant de blessures ;

Sur tant de cicatrices et sur tant de sacrifices ;

Et sur l'amertume de tant de calices ;

Et sur les ingratitudes de tant de malices ;

Et sur les pointes d'épines de tant de cilices ;

Et sur les écartèlemenls de tant de supplices ; '

Et sur les éclaboussements de tant de sang';

(J'ai pris le criminel accroupi sur son crime Dit Dieu. Sera-t-il dit que sur tant de fatigues. Et tant de navrements et de meurtres complices.

ii6

Sur tant d'hébétements et de vicissitudes.

Sur tant d'inquiétude et sur tant d'habitude.

Sur tant de solitude et de décrépitude.

Sur tant de lassitude et de sollicitude.

Sur tant d'ingratitude et d'inexactitude.

Sur tant d'incertitude et tant de solitude.

Et tant de servitude et de désuétude.

Et tant de platitude et sur tant d'amertume.

Et sur cette écume

De sang.

Et sur cette écume

De haine.

Et sur celte écume

D'ingratitude.

Et sur cette écume

D'amour.

Et sur tant de blessures sera-t-il dit. Que sur tant de blessures tout ce que je pourrai mettre. Et sur tant de flétrissures et sur tant de meurtrissures. Et sur tant d'éclaboussures et sur tant de morsures. Ce sera de faire descendre comme un baume du soir. Comme après la blessure d'un ardent midi la grande

tombée d'un beau soir d'été La lente descension d'une nuit éternelle.

O nuit sera-t-il dit que je t'aurai créée la dernière. Et que mon Paradis et que ma Béatitude Ne sera qu'une grande nuit de clarté.

Une grande nuit éternelle

117 innocents. — 7.

le mystère

Et que le couronnement du jugement et le commencement du Paradis et de ma Béatitude sera Le coucher de soleil d'un éternel été.

Or il en serait ainsi, dit Dieu.

Et tout ce que je pourrais mettre sur les bords des

lèvres Des plaies des martyrs Ce serait le baume, et l'oubli, et la nuit. Et tout s'achèverait de lassitude, Cette énorme aventure.

Comme après une ardente moisson La lente descension d'un grand soir d'été. S'il n'y avait pas ma petite espérance. C'est par ma petite espérance seule que l'éternité sera. Et que la Béatitude sera.

Et que le Paradis sera. Et le ciel et tout. Car elle seule, comme elle seule dans les jours de cette

terre D'une vieille veille fait jaillir un lendemain nouveau Ainsi elle seule des résidus du Jugement et des ruines

et du débris du temps Fera jaillir une éternité neuve.

Je suis, dit Dieu, le Seigneur des vertus, La Foi est la lampe du sanctuaire.

Qui brûle éternellement.

La Charité est ce grand beau feu de bois

Que vous allumez dans votre cheminée

Pour que mes enfants les pauvres viennent s'y chauffer

dans les soirs d'hiver.

Et autour de la Foi je vois tous mes fidèles Ensemble agenouillés dans le même geste et dans la

même voix De la même prière.

Et autour de la Charité je vois tous mes pauvres Assis en rond autour de ce feu Et tendant leurs paumes à la chaleur du foyer. Mais mon espérance est la fleur et le fruit et la feuille

et la branche.

Et le rameau et le bourgeon et le germe et le bouton. Et elle est le bourgeon et le bouton de la fleur De l'éternité même.

O mon peuple français, dit Dieu, tu es le seul qui ne

fasses point des contorsions.

Ni des contorsions de raideur, ni des contorsions de

mollesse.

Et dans ton péché même tu fais moins de contorsions Que les autres n'en font dans leurs exercices. Quand tu pries, agenouillé tu as le buste droit. Et les jambes bien jointes bien droites au ras du sol. Et les deux pieds bien joints.

Et les deux mains bien jointes bien appliquées bien

droites.

Et les deux regards des deux yeux bien parallèlement

montants droit au ciel.

O seul peuple qui regardes en face.

Et qui regardes en face la fortune et l'épreuve Et le péché même.

Et qui moi-même me regardes en face.

Et quand tu es couché sur la pierre des tombeaux L'homme et la femme se tiennent bien droits l'un à côté

de l'autre.

Sans raideur et sans aucune contorsion.

Bien couchés droits l'un à côté de l'autre sans faute. Sans manque et sans erreur.

Bien pareils. Bien parallèlement.

Les mains jointes, les corps joints et séparés parallèles. Les regards joints.

Les destinées jointes. Joints dans le jugement et dans

l'éternité.

Et le noble lévrier bien aux pieds.

Peuple, le seul qui pries et le seul qui pleures sans

contorsion.

Le seul qui ne verses que des larmes décentes. Et des larmes perpendiculaires.

Le seul qui ne fasses monter que des prières décentes Et des prières et des vœux perpendiculaires.

Dans toute famille, dit Dieu, il y a un dernier-né. Et il est plus tendre.

no

DES SAINTS INNOCENTS

Cette petite espérance qui sauterait à la corde dans les

processions.

Elle est dans la maison des vertus Comme était Benjamin dans la maison de Jacob.

Un homme avait douze fils. Comme les quarante-six livres de l'Ancien Testament marchent devant les quatre Évangiles et les Actes et les Épîtres et l'Apocalypse.

Qui ferme la marche.

Comme les quarantcrsix livres de l'Ancien Testament marchent devant les vingt-sept livres du Nouveau Testament.

Ayant posé leurs quarante-six tentes dans le désert.

Et comme Israël marche devant la chrétienté.

Et comme le bataillon des justes marche devant le bataillon des saints.

Et Adam devant Jésus-Christ

Qui est le deuxième Adam.

Ainsi devant toute histoire et devant toute similitude du Nouveau Testament

Marche une histoire de l'Ancien Testament qui est sa parallèle et qui est sa pareille.

Un homme avait deux fils. Un homm,e avait douze fils. Et ainsi devant toute sœur chrétienne

S'avance une sœur juive qui est sa sœur aînée et qui l'annonce et qui va devant.

Et qui a posé sa tente dans le désert. Et le puits de Rébecca

Ï2ÏI

Avait été creusé avant le puits de la Samaritaine.

Or entre toutes une histoire a planté sa tente.

Et avant l'histoire de l'homme qui avait deux fils

Mon enfant c'est l'histoire de l'homme qui avait douze fils.

Et comme était Benjamin dans la famille de cet homme,

Ainsi est mon Espérance dans la famille des vertus.

Parmi les trois Théologales et parmi les quatre Cardinales.

Sans compter toutes les autres et notamment parmi celles,

Parmi les sept qui s'opposent directement aux Capitaux.

Et avant le fils qui fut retrouvé gardien de cochons,

Marche le fils qui fut retrouvé roi,

Je veux dire ministre du roi et réellement gouverneur du royaume.

Ministre du Pharaon et gouverneur du royaume d'Egypte.

— Je suis Joseph, votre frère. Quel Juif, quel chrétien

N'a pleuré à cette retrouvaille. Israël aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu'il l'avait eu étant déjà vieux;

Jeannette

Et il lui avait fait faire une robe de plusieurs couleurs.

Il arriva aussi que Joseph rapporta à ses frères un songe qu'il avait eu, qui fut la semence d'une plus grande haine.

Jeannette Car il leur dit ;

DES SAINTS INNOCENTS

Madame Gkrvaise

Quel cœur juif, quel cœur chrétien n'a tressailli au fil de cette histoire. Quel cœur juif, quel cœur chrétien n'a tressailli à cette retrouvaille.

Jeannette Car il leur dit : Écoutez le songe que J'ai eu.

Madame Gervaise Juif, chrétien, qui n'a pleuré à cette reconnaissance.

Jeannette

Il me semblait que Je liais avec vous des gerbes dans le champ; que ma gerbe se leva et se tint debout; et que les vôtres étant autour de la mienne, l'adoraient.

Madame Gervaise

Ses frères lai répondirent : Est-ce que vous serez notre

. Roi, et que nous serons soumis à votre puissance ?

Ces songes et ces entretiens allumèrent donc encore

davantage l'envie et la haine qu'ils avaient contre lui.

Jeannette

Il est encore un autre songe qu'il raconta à ses frères en leur disant : J'ai cru voir en songe que le soleil et la lune, et onze étoiles m'adoraient.

ia3

le mystère

Madame Gervaise

Lorsqu'il eut rapporté ce songe à son père et à ses frères, son père lui en fit réprimande, et il lui dit : Que voudrait dire ce songe que vous avez eu? Est-ce que votre mère, vos frères et moi nous vous adorerons sur la terre ?

Jeannette

Ainsi ses Jr ères étaient transportés d'envie contre lui : mais le père considérait tout ceci dans le silence.

Madame Gervaise

Il arriva alors que les frères de Joseph s'arrêtèrent à Sichem où ils faisaient paître les troupeaux de leur père.

Jeannette

Et Israël dit à Joseph : Vos frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem. Venez, et je vous enverrai vers eux.

Madame Gervaise

(Je suis tout prêt, lui dit Joseph). — Allez-, et voyez si vos frères se portent bien, et si les troupeaux sont en bon état; et vous me rapporterez ce qui se passe. — Ayant (donc) été envoyé de la vallée d'Hébron, il vint à Sichem;

Jeannette

et un homme l'ayant trouvé errant dans un champ, lui demanda ce qu'il cherchait.

DES SAINTS INNOCENTS

Madame Gervaise

// lui répondit : Je cherche mes frères; je vous prie de me dire où ils font paître leurs troupeaux.

Jeannette

Cet homme lui répondit : Ils se sont retirés de ce lieu; et J'ai entendu qu'ils se disaient : Allons vers Dotha'in. Joseph alla donc après ses frères ; et il les trouva dans (la plaine de) Dothaïn.

Madame Gervaise

Lorsqu'ils l'eurent aperçu de loin, avant qu'il se fût approché d'eux, ils résolurent de le tuer;

Jeannette

et ils se disaient l'un à l'autre : Voici notre songeur qui vient.

Madame Gervaise

Allons, tuons-le, et le Jettons dans cette vieille citerne : nous dirons qu'une bête sauvage l'a dévoré; et après cela on verra à quoi, ses songes lui auront servi.

Jeannette

Ruben les ayant entendu parler ainsi, tâchait de le tirer . d'entre leurs mains, et il disait :

Madame Gervaise Ne le tuez point, et ne répandez point son sang, mais

jettez-le dans cette citerne qui est dans le désert, et conservez vos mains pures.

Jeannette

comme donnant un renseigaement, pour qu'on n'aille point s'égarer :

Il disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains,

et de le rendre à son père.

Madame Gervaise

Aussitôt donc qu'il fut arrivé près de ses frères^ ils lui ôtèrent sa robe de plusieurs couleurs, qui le couvrait jusqu'en bas;

Jeannette

et ils le jettèrent dans cette vieille citerne qui était sans eau.

Madame Gervaise

S'étant ensuite assis pour manger, ils virent des Ismaélites qui passaient, et qui venant de Galaad portaient sur leurs chameaux des parfums, de la résine et de la myrrhe,...

Jeannette Déjà l'or, déjà l'eucens, déjà la myrrhe.

Madame Gervaise

et s'en allaient en Egypte.

Et ce fut la première fuite en Egypte.

Madame Gervaise

A lors Jiida dit à ses frères : Que nous servira d'avoir tué notre frère, et d'avoir caché sa mort?

Il vaut mieux le vendre

Jeannette

Il vaut mieux le vendre à ces Ismaélites, et ne point souiller nos mains; car il est notre frère et notre chair.

comme condescendant :

Ses frères consentirent à ce qu'il disait :

Madame Gervaise

L'ayant donc tiré de la citerne, et voyant ces marchands Madianites qui passaient, ils le vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites, qui le menèrent en Egypte.

Jeannette

Ils le vendirent vingt pièces d'argent. Un autre, Un autre fut vendu.

Madame Gervaise

Un autre fut envoyé vers ses frères, pour savoir comment les brebis se portaient. Un autre fut

le mystère

dépouillé de sa robe et jeté dans cette vieille citerne qui était sans eau. Un autre fut vendu.

Un autre fut emmené en Egypte, dans la même, dans une autre Egypte. Un autre fut vendu.

Madame Gervaise

C'est une figure, mon enfant. C'est une histoire unique et elle fut jouée deux fois. Une fois en juiverie, une fois en chrétiennerie. Et pour celui qui regarde les deux fois se voient en transparence l'une sur l'autre.

Jeannette Un autre fut lié, un autre fut vendu.

Madame Gervaise Un autre fut vendu esclave.

Jeannette

Un autre aussi fut retrouvé. Un autre aussi fut reconnu. Un autre aussi se dévoila. Je suis Jésus, votre frère.

Madame Gervaise

Un autre se manifesta dans sa gloire, et dans le ministère et dans le gouvernement du royaume.

DES SAINTS INNOCENTS

Jeannette

Dans le gouvernement d'une Egypte éternelle. Ruben étant retourné à la citerne, et n'y ayant point trouvé l'enfant,

Madame Gervaise

Un autre a rompu le sceau de son secret. Un autre est apparu dans sa gloire. Un autre est apparu à la droite. Un autre est apparu dans le gouvernement. Un autre est apparu sur les degrés du trône. Un autre est apparu dans son ascension.

Jeannette

Et c'était Jésus notre frère. Je suis Jésus,

Je suis Jésus votre frère.

Et nous autres nous sommes ces gerbes et ces onze étoiles.

Un homme avait douze fis. Et nous autres nous sommes ces frères ingrats,

les onze ou enfin les dix ou enfin les neuf mauvais fils de Jacob. Ruben étant retourné à la citerne, et n'y ayant point trouvé l'enfant.

Madame Gervaise

déchira ses vêtements, et vint dire à ses frères : L'enfant ne paraît plus, et que deviendrai-je ?

Après cela ils prirent la robe

Jeannette Une autre robe fut ravie. Après cela ils prirent la robe

le mystère

de Joseph, et l'ayant trempée dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient tué,

Madame Geuvaise

ils l'envoyèrent au père, lui faisant dire par ceux qui la lui pm'taient : Voici une robe que nous avons trouvée, voyez- si c'est celle de votre fils, ou non.

Le père l'ayant reconnue, dit : C'est la robe de mon fils, une bête cruelle l'a dévoilé, une bête a dévore Joseph.

Madame Gervaise

Et ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d'un cilice, pleurant son fils fort longtemps.

Jeannette

Alors tous ses enfants s'assemblèrent, pour tâcher de soulager leur père dans sa douleur : mais il ne voulut point recevoir de consolation, et il dit : Je pleurerai toujours jusqu'à ce que je descende avec mon fils au fond de la terre. Ainsi il continua toujours de pleurer.

Madame Gervaise Cependant les Madianites vendirent Joseph en Egypte.

Un homme avait douze fils. Or celui qu'il aimait plus que tous les autres (Israël aimait Joseph plus que

DES SAINTS INNOCENTS

tous ses antres enfants, parce qu'il l'avait eu étant déjà i'ieux, et il lui avait fait faire une robe de plusieurs couleurs) celui-là même était esclave en Egypte et il croyait qu'il était mort.

Or c'est pour cela même qu'il en eut plus tard cette grande joie.

Qu'il ne pouvait pas en avoir autrement.

Jeannette

et je n'aurai au-dessus de vous que le trône et la

qualité de Roi.

Pharaon dit encore à Joseph : Je vous établis aujourd'hui pour commander à toute l'Egypte.

Jeannette

Ensemble il Ôta son anneau de sa main et le mit en celle de Joseph; il le fit revêtir d'une robe de fin lin, et lui mit au cou un collier d'or.

Madame Gervaise

Il le fit monter sur l'un de ses chars, qui était le second après le sien, et fit crier par uji Héraut, que tout le monde fié chît le genou devant lui, et que tous reconnussent qu'il avait été établi pour commander à toute l'Egypte.

le mystère

Jeannette

Le Roi dit encore à Joseph : Je suis Pharaon; nul ne remuera ni le pied ni la main dans toute l'Egypte que par votre commandement.

Madame Gervaise

Il changea aussi son nom, et il l'appela en langue Égyptienne. . .

Jeannette

le Sauveur du Monde.

Madame Gervaise

Les sept années de fertilité vinrent donc;

et le blé ayant été mis en gerbes,

fut serré ensuite dans les greniers de l'Egypte.

Jeannette

Trente et trois années de fertilité vinrent donc; et le blé ayant été mis en gerbes, fut serré ensuite dans les greniers d'une Egypte éternelle.

Madame Gervaise

On mit aussi en réserve dans toutes les villes cette grande abondance de grains.

DES SAINTS INNOCENTS

Jeannette

On mit aussi en réserve dans tout le ciel celle grande abondance de grâces.

Madame Gervaise

Car il y eut une si grande quantité de froment,

qu'elle égalait le sable de la mer,

et qu'elle ne pouvait pas même se mesurer.

Jeannette

Car il y eut une si grande quantité de grâces, *

qu'elle égalait le sable de la mer,

et qu'elle ne pouvait pas même se mesurer.

Ces sept années

Jeannette

il avait lié les sacs de blé pour les greniers à blé. Un

autre Un autre lia les sacs de grâces pour les greniers à

grâces.

Un autre lia les sacs de grâces pour les greniers du ciel. Un autre lia les sacs de grâces pour les greniers Éternels.

Madame Gervaise Ces' sept années

î 3j iniiofeiil.s. — S

le mystère

Jeannette

Dans les sept années grasses il avait lié les sacs de

blé pour les greniers à blé du pays d'Egypte. Un autre

dans les trente-trois années grasses un autre lia les sacs de vertus, les sacs de mérites, les sacs de

grâces pour les greniers à blé du pays éternel.

Madame Gervaise

Ces sept années de la fertilité d'Egypte étant donc passées.

Jeannette

Ces trente-trois années de la fertilité du cœur étant donc passées.

les sept années de stérilité vinrent ensuite, selon la prédiction de Joseph :

Jeannette

les innombrables années de la stérilité du cœur

Vinrent ensuite,

selon la prédiction de Jésus :

Madame Gervaise une grande famine survint dans tout le monde ;

dks saints innocents

Jeannette une grande famine survint dans tout le monde;

Madame Gervaise mais il y avait du blé dans toute l'Egypte.

Jeannette

mais il y a du blé dans toute cette Egypte éternelle.

Madame Gervaise

Le peuple étant pressé de la famine,

cria à Pharaon,

et lui demanda de quoi vivre.

Jeannette Et aujourd'hui.

Et à présent c'est nous ce peuple qui est pressé de la

famine.

Et nous crions vers Dieu,

lui demandant de quoi vivre.

Madame Gervaise

Mais il leur dit : Allez trouver Joseph, et faites tout ce qu'il vous dira.

Jeannette

Mais il nous dit : Allez trouver Jésus, et faites tout ce qu'il vous dira .

le mystère

Madame Gervaise

Cependant la famine croissait tous les jours dans toute la terre :

Jeannette et Jésus...

Madame Gervaise et Joseph ouvrant tous les greniers,

Jeannette vendait du blé aux Égyptiens,

Madame Gervaise parce qu'ils étaient tourmentés eux-mêmes de la famine.

Et on venait de toutes les provinces 'en Egypte pour acheter de quoi vivre, et pour trouver quelque soulagement

Jeannette

dans la rigueur de cette famine.

Cependant Jacob ayant ouï- dire qu'on vendait du blé en Egypte, dit à ses enfants : Pourquoi négligez-vous ?

J'ai appris qu'on vend du blé en Egypte ; allez-y acheter

DES SAINTS INNOCENTS

ce qui nous est nécessaire, afin que nous puissions vivre et que nous ne mourions pas de faim.

Madame Gervaise

Les dix frères de Joseph allèrent donc en Egypte pour y acheter du blé;

Jeannette

Jacob -retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses frères qu'il craignait

qu'il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin.

Madame Gervaise

Ils entrèrent dans l'Egypte avec les autres qui y allaient pour y acheter;

parce que la famine était dans le pays de Chanaan.

Jeannette

Joseph commandait dans toute l'Egypte,

Madame Gervaise

et le blé ne se vendait aux peuples que par son ordre. Ses frères l'ayant donc adoré,

l37 innocents. — 8.

il les reconnut : et leur parlant assez rudement, comme à des étrangers, il leur dit :

Jeannette

faisant un peu la grosse voix D'où venez-vous?

Madame Gervaise Ils lui répondirent :

Jeannette faisant un peu la petite voix Du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi vivre.

Et quoi qu'il connût bien ses frères, il ne fut point néanmoins connu d'eux.

Alors se souvenant des songes qu'il avait eus autrefois.

Madame Gervaise

il leur dit : Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour considérer les endroits les plus faibles de l'Egypte.

Jeannette

Ils répondirent : Seigneur, cela n'est pas ainsi; mais VOS serviteurs sont venus ici pour acheter du blé,

DES SAINTS INNOCENTS

Madame Gervaise Nous sommes tous enfants d'un seul homme.

Jeannette Noys sommes tous enfants d'mi seul Dieu.

Nous sommes tous enfants d'un seul homme, nous venons avec des pensées de paix,

Jeannette

Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Madame Gervaise et vos serviteurs n'ont aucun mauvais dessein.

Leur répondit : Non cela n'est pas; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu'il y a de moins fortifié dans l'Egypte.

Ils lui dirent : Nous som.mes douze frères, enfants d'un même homme dans le pays de Chanaan, et vos serviteurs. Le dernier est avec notre père, et l'autre n'est plus.

Jeannette

Comme était Benjamin dans la maison de Jacob, le

le mystère

dernier est avec notre père, ainsi est lespérauce dans la maison des vertus.

Madame Gervaise Voilà, dit Joseph, ce que je disais : Vous êtes des espions.

Jeannette

faisant la grosse voix et s'adoucissant peu à peu

[d'ailleurs toute cette récitation sacrée, venue dans le courant même de leur commune oraison, se fait : avant tout comme d'une belle histoire; ensemble comme d'une histoire amusante; en dessous comme d'une histoire de tendresse ; d'une tendresse grandissante, si grande qu'en même temps on s'en défend constamment jusqu'à l'éclatement finalj

Je m'en vais éprouver si vous dites la vérité. Vive Pharaon,

[c'est surtout ce Vive Pharaon qui les amuse. Elles le font dans une très grosse voix]

Vive Pharaon, vous ne sortirez point d'ici jusqu'à ce que le dernier de vos frères y soit venu.

Madame Gervaise

Envoyez l'un de vous pour l'y amener : cependant vous demeurerez en prison jusqu'à ce que j'aye reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux, autrement, même jeu,

- vive Pharaon, vous êtes des espions.

Il les fit donc mettre en prison pour trois jours.

Et le troisième four il les fit sortir de prison, et leur

DES SAINTS INNOCENTS

dit : Faites ce que je vous dis, et vous vivrez : car Je crains Dieu.

Si vous venez ici dans un esprit de paix, que l'un de vos frères demeure lié daiis la prison; et allez-vous-en vous; emportez en votre pays le blé que vous avez acheté,

et nmenez-moi le dernier de vos frères, afin que je puisse reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point. Ils firent ce qu'il leur avait ordonné.

Et ils se disaient l'un à l'autre : C'est justement que nous souffrons tout ceci, parce que nous avons pécjié contre notre frère, et que voyant la douleur de son âme lorsqu'il nous priait, nous ne l'écoutâmes point : c'est pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.

Madame Gervaise

Ruben l'un d'entre eux leur disait : Ne vous dis-je pas : Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant? Et vous ne m'écoutâtes point. C'est son sang maintenant que l'on redemande.

Jeannette

Ils ne savaient pas que Joseph les entendît, parce qu'il leur parlait par un truchement.

l& mystère

Mais il se retira pour un peu de temps, et versa des larmes.

Madame Gervaise

Et étant revenu il leur parla.

Il fit prendre Siniéon, et le fit lier devant eux ; et il commanda à ses officiers d'emplir leurs sacs de blé, et de remettre dans le sac de chacun d'eux l'argent, en y ajoutant encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin : ce qui fut exécuté aussitôt.

Les frères de Joseph s'en allèrent donc, emportant leur blé sur leurs ânes.

Et l'un d'eux ayant ouvert son sac dans l'hôtellerie pour donner à manger à son âne, vit son argent à l'entrée du sac,

et il dit à ses frères : On m'a rendu mon argent; le voici dans mon sac. Ils furent tous saisis d'étonnement et de trouble; et ils s' entredisaient : Quelle est cette conduite de Dieu sur nous ?

Lorsqu'ils furent arrivés chez Jacob leur père au pays de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, en disant :

Le Seigneur de ce pays-là nous a parlé durement, et il nous a pris pour des espions qui venaient observer le royaume.

DES SAINTS INNOCENTS

Nou!i lui UK^ons répondu : Nous sommes gens paisibles, et très éloignés d'avoir aucun mauvais dessein.

Nous étions douze frères enfants d'un même père.

Jeannette

Nous étions douze frères enfants d'un même père. L'un n'est plus, le plus Jeune est avec notre père au pays de Chanaan.

Madame Gervaise

Il nous a répondu : Je veux éprouver s'il est vrai que vous n'ayez que des pensées de paix. Laissez-moi donc ici l'un de vos frères ; prenez le blé qui vous est nécessaire pour vos maisons, et vous en allez;

et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin que Je sache que vous n'jê tes point des espions; que vous puissiez ensuite remener avec vous celui que Je retiens prisonnier, et qu'il vous soit permis à l'avenir d'acheter ici ce que vous voudrez.

Après avoir ainsi parlé, comme ils Jetaient leur blé hors de leurs sacs, ils trouvèrent chacun leur argent lié à l'entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés.

A lors Jacob, leur père, leur dit :

Vous m'avez réduit à être sans enfants. Joseph n'est

le mystère

plus au monde, Siméon est en prison, et vous voulez m'enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.

Madame Gervaise

Ruben lui répondit : Faites mourir mes deux, enfants, si je ne vous le ramène. Confiez-le moi, et je vous le rendrai.

Jeannette

Non, dit Jàcob, mon fils n'ira point avec vous. Son frère est mort, et il est demeuré seul. S'il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez m,a vieillesse d'une douleur qui m'emportera dans le tombeaii.

Madame Gervaise

Cependant la famine désolait extraordinairement tout le pays;

et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté d'Egypte étant consumé, Jacob leur dit :

Retournez pour nous acheter un peu de blé.

Wa

Juda lui répondit : Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré sa volonté avec serment, en disant : Vous ne verrez point mon visage à moins que vous n'ameniez avec vous le plus jeune de vos frères.

Si vous voulez donc l'envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous est nécessaire.

Que si vous ne le voulez pas, nous n'irons point : car cet homme, comme nous l'avons dit plusieurs fois, nous a déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous n'avions avec nous notre Jeune frère.

Israël leur dit : C'est pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.

Mais ils lui répondirent : Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille : Si notre père vivait; si nous avions un frère : et nous lui répondîmes conformément à ce qu'il nous avait demandé. Pouvions-nous deviner qu'il nous dirait : Amenez avec vous votre frère?

Juda dit encore à son père : Envoyez l'enfant avec moi,

145 innocents. — 9

le mystère

afin que nous puissions partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas nous et nos petits enfants.

Je me charge de cet enfant, et c'est à moi à qui vous en demanderez compte. Si je ne le ramène, et si je ne vous le rends, je consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute.

Si nous n'avions point tant différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.

Israël leur père leur dit donc : Si c'est une nécessité, faites ce que vous voudrez. Prenez avec vous des plus excellents fruits de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande; un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de tér^ébenthine et d'amandes.

Jeannette De l'or, de l'encens, de la myrrhe.

Madame Gervaise

Portez aussi deux fois autant d'argent qu'au premier voyage, et reportez celui que vous avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise.

Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet homme.

DES SAINTS INNOCENTS

Jeannette

■Je prie mon Dieu le toUt-puissant de vous le rendre favorable, qu'il renvoyé avec vous votre frère qu'il tient prisonnier, et Benjamin : cependant Je demeurerai seul, comme si fêtais sans enfants.

Madame Gervaise

Ils prirent donc avec eux les présents, et le double de l'argent, avec Benjamin: et étant partis ils arrivèrent en Egypte, où ils se présentèrent devant Joseph.

Jeannette

Joseph les a/yant vus, et Benjamin avec eux, dit à son Intendant : Faites entrer ces personnes chez moi; tuez des victimes, et préparez un festin : parce qu'ils mangeront à midi avec moi.

Madame Gervaise

L'Intendant exécuta ce qui lui avait été commandé, et il les fit entrer dans la maison.

Alors étant saisis de crainte, ils s' entre disaient : C'est à cause de cet argent que nous avons remporté dans nos sacs qu'il nous fait entrer ici, pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous réduisant en servitude, nous et nos ânes.

C'est pourquoi étant encore à la porte, ils s'approchèrent de l'Intendant de Joseph,

le mystère

et lui dirent : Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une fois acheter

du blé :

et après l'avoir acheté, lorsque nous fûmes arrivés à l'hôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes notre argent, que nous vous rapportons maintenant au même poids.

Et nous vous en rapportons encore d'autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire : mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet argent dans nos sacs.

Jeannette

L'Intendant leur répondit : Ayez l'esprit en repos; ne craignez point. Votre Dieu et le Dieu de votre père vous a donné des trésors dans vos sacs : car pour moi fai reçu l'argent que vous m,'avez donné, et fen suis content. Il fit sortir aussi Siméon, et il le leur amena.

Après les avoir fait entrer en la maison, il leur apporta de l'eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs ânes.

Jeannette

Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, attendant que Joseph entrât sur le midi, parce qu'on leur avait dit qu'ils devaient manger en ce lieu-là.

DES SAINTS INNOCENTS

Madame Gervaise

Joseph étant donc entré dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents qu'ils tenaient en leurs mains, et ils l'adorèrent en se baissant jusqu'en terre.

Jeannette

Il les salua aussi, en leur faisant bon visage, et il leur demanda : Votre père, ce vieillard dont vous m'aviez parlé, vit-il encore? Se porte-t-il bien?

Madame Gervaise

Ils lui répondirent : Notre père votre serviteur est encore en vie, et il se porte bien : et en se baissant profondément, ils l'adorèrent.

Jeannette

Joseph levant les yeux vit Benjamin son frère, fis de Rachel sa mère, et leur dit : Est-ce là le plus Jeune de vos frères dont vous m'aviez- parlé? Mon fis, ajouta-t-il. Je prie Dieu qu'il vous soit toujours favorable.

Et il se hâta, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère, et qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans une chambre, il pleura.

le mystère

Jeannette

Et après s'être lavé le visage il revint, se faisant violence, et il dit : Servez à manger.

Madame Gervaise

On servit Joseph à part, et ses frères à part, et les Égyptiens qui mangeaient avec lui à part : (car il n'est pas permis aux Egyptiens de m,anger avec les Hébreux, et ils croient qu'un festin de cette sorte serait prof ane) .

Jeannette

Ils s'assirent donc en présence de Joseph, l'aîné le premier selon son rang, et le plus jeune selon son âge. Et ils furent extrêmement surpris,

Madame Gervaise

en voyant les parts qu'il leur avait données, de ce que la part la plus grande était venue à Benjamin; car elle était cinq fois plus grande que celle des autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et ils firent grande chère.

Or Joseph donna cet ordre à l'Intendant de sa maison, et lui dit : Mettez dans les sacs de ces personnes autant de blé qu'ils en pourront tenir, et l'argent de chacun à l'entrée du sac;

DES SAINTS INNOCENTS

et mettez ma coupe d'argent à l'entrée du sac du plus jeune, avec l'argent qu'il a donné pour le blé. Cet ordre fut donc exécuté.

Et dès le matin on les laissa aller avec leurs ânes.

Lorsqu'ils furent sortis de la ville, comme ils n'avaient fait encore que peu de chemin, Joseph appela l'Intendant de sa maison, et lui dit : Courez vite après ces gens; arrêtez-les, et leur dites : Pourquoi aveZ'VOus rendu le mal pour le bien?

La coupe que vous avez dérobée, est celle dans laquelle mon Seigneur boit, et dont il se sert pour deviner. Vous avez fait une très méchante action.

L'Intendant fit ce qui lui avait été commandé; et les ayant arrêtés, il leur dit tout ce qu'il lui avait été ordonné de leur dire.

Jeannette

Ils lui répondirent : Pourquoi mon seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il capables d'une action si honteuse?

Madame Gervaïse

Nous vous avons rapporté du pays de Chanaan l'argent que nous trouvâmes à l'entrée de nos sacs. Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions dérobé de la maison de votre Seigneur de l'or ou de l'argent?

le mystère

Que celui de vos serviteurs,...

Madame Gervaise

quel qu'il puisse être, à qui l'on trouvera ce que vous cherchez, meure; et nous serons esclaves de mon seigneur.

Jeannette

// leur dit : Oui, que ce que vous prononcez soit exécuté. Quiconque se trouvera avoir pris ce que je cherche, sera mon esclave, et vous en serez innocents.

Madame Gervaise

Ils déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit le sien.

Jeannette

Les ayant fouillés, du plus grand au plus petit, on trouva la coupe dans le sac de Benjamin.

Madame Gervaise

Alors ayant déchiré leurs vêtements et déchargé leurs ânes, ils revinrent à la ville.

Jeannette

Juda se présenta le premier avec ses frères devant

DES SAINTS INNOCENTS

Joseph, qui n'était pas encore sorti du lieu où il était; et ils se prosternèrent tous ensemble à terre devant lui.

Madame Gervaise

Joseph leur dit : Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Ignorezvous qu'il n'y a personne qui m'égale dans la science de deviner les choses cachées?

Jeannette

Juda lui dit : Que répondrons-nous à mon Seigneur? Que lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui représenter avec quelque ombre de Justice pour notre défense? Dieu a trouvé l'iniquité de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon Seigneur, nous et celui à qui on a trouvé la coupe.

Madame Gervaise

Joseph répondit : Dieu me garde d'agir de la sorte. Que celui qui a pris ma coupe soit m.on esclave; et pour vous autres, allez en liberté retrouver votre père.

Jeannette

Juda s'approchant alors plus près de Joseph lui dit avec assurance : Mon Seigneur, permettez, Je vous prie, à votre serviteur de vous adresser sa parole, et ne vous mettez pas en colère contre votre esclave : car après Pharaon, c'est vous qui êtes

iuuoceuts. — 9.

le mystère

Madame Gervaise

mon Seigneur. Vous avez demandé d'abord à vos serviteurs : Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère ?

Et nous vous avons répondu, m,on Seigneur : Nous avons un père qui est vieux, et un jeune frère qu'il a eu dans sa vieillesse, dont le frère qui était né de la même mère est mort : il ne reste plus que celui-là, et son père l'aime tendrement.

Vous dîtes alors à vos serviteurs : Amenez-le moi, je serai bien aise de le voir.

Mais nous vous répondîmes, mon Seigneur : Cet enfant ne peut quitter son père, car s'il le quitte, il le fera m,ourir.

Vous dîtes à vos serviteurs : Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage.

Lors donc que nous fûmes retournés vers notre père votre serviteur, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit, mon Seigneur.

Et notre père nous ayant dit : Retournez pour nous acheter un peu de blé :

nous lui répondîmes : Nous ne pouvons y aller. Si notre jeune frère y vient avec nous, nous irons

DES SAINTS INNOCENTS

ensemble : mais à m,oins qu'il ne vienne, nous n'osons nous présenter devant celui qui commande.

Il nous répondit : Vous savez que j'ai eu deux fils de Rachel ma femme.

L'un d'eux étant allé au.x champs, vous m'avez dit qu'une béte l'avait dévoré, et il ne parait plus jusqu'à cette heure.

Si vous emmenez encore celui-ci, 'et qu'il lui arrive quelque accident dans le chem,in, vous accablerez ma vieillesse d'une affliction qui la conduira dans le tombeau.

Si je me présente donc à mon père votre serviteur, et que l'enfant n'y soit pas, comme sa vie dépend de celle de son fils,

lorsqu'il verra qu'il n'est point avec nous, il mourra, et vos serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au tombeau.

Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j'en ai répondu à mon père, en lui disant : Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m'impute cette faute, et qu'il ne me la pardonne jamais.

Ainsi je demeurerai votre esclave, et servirai mon Seigneur en la place de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères.

le mystère

Car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moimême témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père.

Jeannette

elle va au devant de la récitation.

Joseph ne pouvait plus se retenir ;

Madame Gervaise

Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de plusieurs personnes,

Jeannette

ne se retenant plus elle-même et saisissant d'autorité la récitation.

il commanda...

elle recommence pour avoir la reconnaissance dans son plein.

Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était environné de plusieurs personnes, il commanda que l'on fît sortir tout le monde, afin que nul étranger ne fût présent lorsqu'il se ferait connaître à ses frères,

Alors lés larmes lui tombant des yeux, il éleva sa voix, qui fut entendue des Égyptiens, et de toute la maison de Pharaon.

dï:s saints innocents

Et il dit à ses frères : Je suis Joseph. Mon père vit-il encore ?

Je suis Joseph ; je suis Joseph ; je suis Jésus votre frère. Qu'attendez-vous? Mon père vit-il encore?

Madame Gervaise

Mais ses frères ne purent point lui répondre, tant ils étaient saisis de frayeur.

Jeannette

Il leur parla avec douceur, et leur dit : Approchez-vous de moi. Et s'étant approchés de lui, il ajouta : Je suis Joseph votre frère que vous avez vendu en Egypte.

Ne craignez point et ne vous affligez point de ce que vous m'avez vendu en ce pays-ci : car Dieu m'a envoyé en Egypte avant vous pour votre salut.

Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur la terre, et il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni labourer ni recueillir.

Dieu m'a fait venir ici avant vous, pour vous conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour subsister.

le mystère

Ce n'est point par votre conseil que j'ai été envoyé ici, mais par la volonté de Dieu, qui m'a rendu comme le père de Pharaon, le maître de sa maison, et le prince de toute l'Egypte.

Hâtez-vous d'aller trouver mon père, et dites-lui : Voici ce que vous mande votive fils Joseph : Dieu m'a rendu le maître de toute l'Egypte. Venez- me trouver, ne différez point ; ^

vous demeurerez dans la terre de Gessen, vous serez près de m.oi vous et vos enfants ; et les enfants de vos enfants ; vos brebis, vos troupeaux de bœufs, et tout ce que vous possédez.

Et Je vous nourrirai là parce qu'il reste encore cinq années de famine, de peur qu'autrement vous ne périssiez avec toute votre famille et tout ce qui est à vous.

Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c'est moi-même qui vous parle de ma propre bouche.

Annoncez à mon père quelle est cette gloire, et tout ce que vous avez vu dans l'Egypte. Hâtez-vous de me l'amener.

Et s'étant jeté au cou de Benjamin son frère pour l'embrasser, il pleura; et Benjamin pleura aussi en le tenant embrassé.

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