LETTRE DU PRINCE EUGÈNE DE BEAUHARNA1S A MADAME BONAPARTE
Voilà qui date du jour de la bataille de Marengo et qui porte à une épouse et à une mère de chers et doux souvenirs. Il y a un mot charmant : « Bonaparte l’a bien échappé belle; mais son bonheur le suit partout. » Le mot : « Nous n’avons rien attrapé » n’est pas moins joli. Et malgré le bel amusement de batailler, on voit très-bien, à la fin de cette lettre tout intime, que l’un des héros de cette époque ne demandait pas mieux que d’être en paix auprès de sa chère maman. Argument au service des orateurs de la ligue de la paix.
QUATRIEME SPECIMEN
Nous sommes maintenant trop familiarisés avec les signes types du courage, de l’ardeur guerrière, de ce que j’aurais pu appeler le mouvement sabreur ou la furia des hommes de guerre, pour ne pas voir ces caractères dans l’écriture i! d’Eugène de Beauharnais.
^ C’était, à Marengo, un adolescent . r> de dix-neuf ans. Il fut nommé chef | d’escadron sur le champ de bataille.
Les belles qualités qui ont brillé dans le prince Eugène comme militaire, ^ comme vice-roi d’Italie, se montrent
. toutes ici.
Les cl minuscules, dans le reste de la f v lettre, sont aventureux (leur mouvement
^ très-élevé au-dessus des mots) ; l’ima-
A gination domine encore (ces longues
.*3 p. finales qui viennent retourner sur les \ ^ mots), mais il n’y a là aucun petit crochet égoïste, aucune fioriture indice de ^ prétention et - de petite vanité. Cela se ’ I ^ réserve pour les esprits de second y ordre.
Les lignes bien espacées, les mots non pressés,
DE L’ÉCRITURE
du jour, de la lumière dans l’écriture, disent la clarté, l’intelligence, la noblesse dans l’âme.
A ces belles qualités se joint l’habileté diplomatique (les lignes largement sinueuses). Et quand ces caractères de loyauté, de noblesse, de droiture et d’ouverture d’âme sont accompagnés de l’aptitude des affaires (le signe diplomatique), ils donnent les hommes complets pour les grandes positions dans le gouvernement des peuples. On sait toute la sagesse que déploya le prince Eugène dans sa viceroyauté d’Italie.
L’ardeur guerrière se voit dans son signe, les mots montants ( inquiétude , Bonaparte, bien).
Le courage guerrier, dans cette volonté de fer qui nous a frappés à chaque écriture des hommes de guerre illustres, qui ont passé sous nos yeux, se voit à chaque trait. Les t barrés avec une énergie trèsaccentuée démontrent clairement cette qualité brillante.
CINQUIÈME SPÉCIMEN
LE GÉNÉRAL CAHDRONNE.
Cette adresse nous peint l’exaltation dans son plus haut développement, et cependant cette lettre a été écrite dans le plus grand sang-froid, le sujet ne demandait pas d’enthousiasme. Et nous avons d’ail-
leurs des spécimens de l’écriture deCambronne (écriture intime) beaucoup plus paisibles. Ici évidemment le sabreur se montre dans tous ses épouvantements. On a peur de ces lettres énormes qui ressemblent à de grands engins de guerre prêts à nous couper en morceaux.
Il est impossible de ne pas remarquer combien ces exaltations, qui ont produit des actes d’héroïsme, sont voisins de la folie. Elles y mènent quelquefois. Quand elles ont le bonheur de se trouver dans un fort organisme, le cerveau résiste, mais la bizarrerie est nettement constatée. Aussi avec cette écriture,
DE L’ÉCRITURE
nous comprendrions moins le mot de forme antique attribué à, Cambronne : « La garde meurt et ne se rend pas » , et nous expliquons mieux le cri énergique sentant un peu le voyou, qui a servi de thème au chapitre des Misérables , de Victor Hugo, sur la terrible bataille où sombra le premier Empire.
Vous n’avez rien vu de plus sauvage et de plus énergique que ces longues barres des l dans le mot (, signature ) ; quel type d’incroyable volonté, de despotivité à sa plus haute expression ! quel élan étrange dans le c de conseiller! certes, la charge d’un tel homme à la tête d’une bataille devait porter la terreur.
Et cependant, par un singulier contraste, c’est l’écriture d’un homme aimant et plein de cœur (écriture très-inclinée) . Il y a liaison d’idées (les De) et une remarquable finesse (le mot Monsieur qui se trouve au commencement de l’adresse est gladiolé). Nous lie donnons pas la lettre en raison de son étendue. C’est une splendide écriture de nature impétueuse. Il termine bizarrement sa lettre en assurant celui à qui il écrit de sa considération la plus distinguée, mais en se disant son irès-humble serviteur. Notez qu’il écrit en très-grosses lettres ce mot humble comme pour faire une charge. Un humble serviteur avec « une considération distinguée », cela
est un peu dans le genre grotesque du mot célèbre
de Waterloo.
Nous venons de voir un guerrier qui a poussé le courage et la bravoure jusqu’à leurs dernières limites. Dites si l’écriture ne peint pas cet héroïsme extravagant !
Nous arrivons à une époque plus récente.
SIXIEME SPÉCIMEN