PIE IX
Ce n’est pas le côté le moins étrange de la
DE L’ÉCRITURE
science nouvelle inaugurée par nous sous le nom de Graphologie que de pouvoir placer à côté l’une de l’autre, comme écritures ayant des points de contact, l’écriture de Proudhon et celle de Pie IX, l’une des figures les plus célèbres de notre siècle. Le grand agitateur socialiste, le promoteur mystique de l’idée de l’infaillibilité, hommes à imagination, obstinés l’un comme l’autre, se trouvent dans l’analyse psychologique répondre aux mêmes données de la science.
Proudhon est intraitable, parce qu’il a une foi absolue dans la raison humaine ; Pie IX est intraitable, parce qu’il a avec lui la Madone. Les deux mobiles ne se ressemblent guère; mais la faculté génératrice est la même là et là : une grande puissance d’imagination.
Pour juger, dans l’intime de l’âme, une personnalité telle que celle de Pie IX, nous demanderions naturellement un autographe de quelque étendue. Beaucoup de nuances de ce caractère nous seraient données, qui évidemment nous - échappent. Cependant notre tout petit autographe est assez caractéristique pour qu’il nous soit facile de saisir l’homme dans le vif et de dire les traits dominants de son être moral.
Par les majuscules extravagantes des mots :
Dominus, Plus, PP, cette écriture classe Pie IX parmi les natures à grande imagination. Le D de Dominus est éminemment inharmonique : il a un crochet personnel et dur qui en compose la partie inférieure, et la partie supérieure se perd très-haut dans le vide, ce qui est le signe type de la grande prédominance, parmi les facultés humaines, de celle que nous appelons la folle du logis. Non-seulement le D majuscule a son mouvement disproportionné audessus de la ligne, mais encore la courbe, après s’être élevée, forme un crochet sec et brusque qui va se perdre en l’air au moyen d’une ligne ascendante presque droite terminée par un petit croc.
Ce dernier signe type , en science graphologique, indique les imaginations qui ne savent -pas s’arrêter, qui, entraînées par une passion quelconque, la suivent fatalement jusqu’au bout.
Etudions maintenant le P majuscule de Plus. Cette lettre forme dans le bas une panse inharmonique. La hampe, au lieu d’être droite, commence par un crochet presque aigu et la tête du P se perd très-haut et sans proportion avec les lettres du mot Pius. Les écritures qui portent ce signe de disproportionnalité appartiennent aux esprits qui lient mal les conséquences aux principes, et, en toutes choses, écoutent le sentiment de préférence à la raison.
DE L’ÉCRITDRE.
Ce signe type de disproportionnalité devient plus frappant encore 'et plus significatif dans tous les 5 minuscules de Gressus , Vestros, Dominus, Pius. Ils sont d’une longueur démesurée ; ils sortent complètement de la règle normale qui veut que le 5 final garde toujours la hauteur de la minuscule qui le précède. C’est le signe type de l’exaltation.
Les deux PP liés l’un h l’autre qui dans la signature précèdent le chiffre IX et signifient Papa indiquent une grande vivacité par leur force ascendante.
L’écriture de Pie IX est penchée , ce qui est le signe de la sensibilité. Cette bonté de cœur est un correctif puissant dans cette nature qu’emporte l’imagination. Mais, si l’homme de cœur se montre à ce caractère, la rigidité de certains traits, quelques lettres anguleuses, le tassement des lettres qui se serrent l’une contre l’autre, enlèvent à cette sensibilité son expansion.
L’égalité dans la hauteur des lettres dit de la franchise. Cette franchise, toutefois, n’exclut pas la ruse diplomatique. La ligne est serpentine, et, dans d’autres autographes, il y a des mots gladiolés, indices de finesse. Pie IX est essentiellement italien.
Ajoutons que souvent l’écriture de Pie IX est descendante et porte le signe de la fatalité.
La volonté est faible, mais obstinée. La signature
est sans parafe et indique le sentiment d’une haute position.
Tel est le diagnostic que la science grapholocienne tire de l’écriture de Pie IX.
La plus grande illustration contemporaine dans le haut clergé après celui qui occupe la chaire de saint Pierre est certainement M. l’archevêque de Paris. Sa position en fait l’homme sur qui se portent tous les regards, sans parler de ses démêlés singuliers avec Rome1.