‹ Les mysteres de l'ecritureChapitre 24 sur 168 · LXX1V · texte numérisé non relu

LXX1V

AVANT- PROPOS

nous signale comme ayant été victimes de la fatalité, ou qui, môme heureuses pendant une partie de leur existence, avaient tristement fini.

Et nous trouvâmes partout des preuves nombreuses qui tiendront une place importante dans ce volume. Depuis longtemps nous avions aussi remarqué les écritures descendantes de Rochefort et de Flourens; mais n’était-ce pas une fois de plus la preuve d'une altération de l’intelligence, comme ces messieurs nous l’ont bien fait voir?

Nous cessons nos causeries avec le lecteur pour commencer l’explication de notre méthode, et nous la présentons avec confiance, en hommes qui savent qu’ils vont exposer une vérité importante et sympathique à tous, car, il faut bien en convenir, cette science, que les plus grands esprits ont cherchée, a quelque chose d'attractif. C’est en quelque sorte une énigme transparente qui invite à la divination, et il y a en effet peu de personnes intelligentes qui ne se soient fait un système, une graphologie à leur usage , et par cela même nous attendons, nous espérons du public un contrôle sérieux.

11 est évident qu’il existe chez certaines natures intuitives une espèce de divination, une sorte de magnétisme qui donne ce que le magnétisme peut donner:

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AVANT-PROPOS

des éclairs passagers de clairvoyance, mais non une science.

Sans doute aussi chez les hommes supérieurs, l’écriture est tellement expressive qu’il est impossible de se tromper, comme, par exemple, pour mieux faire comprendre notre pensée, on peut le remarquer tout d’abord en comparant les signatures de deux grands musiciens: Spontini

Tous deux ont une science égale, une connaissance parfaite de leur art; mais n’est-il pas facile de voir que l’un, malgré son talent magistral, n’a pas le génie du sentiment et de 1a tendresse, et que l’autre, plein de fougue, de sève, de caprice, est tourmenté de ce feu intérieur, de cette originalité productive que la nature n’accorde qu’à ses favoris?

AVANT-PROPOS

Toutefois cette manière de juger par la comparaison , qui a toujours un fond de vérité lorsqu’il s’agit d’hommes supérieurs ou d'un type bien tranché, devient impuissante lorsqu’on expérimente sur la généralité, oîU l’on ne trouve plus que des nuances. Et il faut forcément alors en revenir à l’art.

Nous ne rejetons pas absolument les présomptions, mais nous n'y attachons qu’une importance trèssecondaire, puisque nous venons présenter respectueusement au public un guide plus sûr :

Une grammaire, une- science positive.

An. Desbarrolles.

Digtozed b, LiOO^iiz

INTRODUCTION

La science, à la fois si étrange et si utile, qui a pour but de connaître les caractères par l’écriture, était restée, jusqu’à ce jour, dans le domaine de l’intuition et de l’hypothèse. On pressentait bien que, de toutes les manifestations de l’àme, la plus spontanée, la plus vraie devait être ce mouvement instinctif et inscient qui dirige notre plume de telle ou telle façon, lors même que notre maître en calligraphie nous a enseigné une écriture régulière, d’une forme convenue et complètement fixée. On tombait d’accord sur ce point. Les faits étaient là.

Sur dix enfants qui avaient eu le même enseignement dans une école, par conséquent la même direction, les mêmes modèles, il se trouvait que nul n'avait l’écriture de l’autre, lorsque ces enfants étaient devenus jeunes hommes, c’est-à-dire quand chacun d’eux était entré dans la vie personnelle, dans la vie de responsabilité.

INTRODUCTION

Tous ceux qui, avant nous, ont écrit sur la graphologie, et le plus célèbre est Lavater, n’ont étudié les écritures que sur leur apparence générale. Des écritures nettes, gracieuses à l’œil, de grande forme, hardies, de régularité remarquable, ou bien indéchiffrables, disgracieuses, en pattes de mouche, comme on dit vulgairement, irrégulières, molles, tels étaient les aspects les plus saillants qui les avaient frappés. Et c’était sur ces généralités, qui laissent plus à désirer qu’elles ne donnent à juger, qu’on avait empiriquement formulé quelques notions de graphologie.

Rien de cela, on le voit tout de suite, n’avait de rap- I ort avec une science. Qui dit science dit nécessairement des règles précises, une méthode basée sur l’expérimentation, donnan des principes, des lois puisées dans la nature des choses à décrire.

La science graphologique était donc encore à formuler psychologiquement.

Celui de nos contemporains qui a donné à cette science sa base certaine est l’abbé Flandrin, ancien aumônier de l’École normale, mort récemment chanoine titulaire du chapitre métropolitain de Paris. 11 a fait des disciples qui conservent pieusement le souvenir d’un maître si intelligent et si remarquable.

Le disciple qui donne aujourd’hui la publicité aux leçons de ce maître négligea, dans le temps, de lui demander s’il était lui-même l’auteur de la méthode, ou s’il la tenait de quelqu’un. C’est là une lacune que nous regrettons de ne pouvoir remplir aujourd’hui. Jusqu’à preuve du contraire.

INTRODUCTION

et nous nous empresserions de donner toute publicité aux renseignements qui nous seraient fournis à cet égard, c’est l’abbé Flandrin qui est le père de la graphologie, non plus intuitive et de divination, mais rationnelle et psychologique, de même qu’en histoire naturelle Jussieu est le père de la méthode de la classification des plantes par familles.

La difficulté, l’immense difficulté en graphologie était de créer la méthode. Voyez pour les plantes! N’était-ce pas d’une simplicité extrême? La nature n’a-t-elle pas groupé tous les êtres par familles? Et cependant les phytographes s’obstinaient à forger des méthodes artificielles. L’homme veut toujours rendre difficile ce qui est simple. Que n’a pas dépensé de génie ou de patience, — puisque cela est, dit-on, synonyme, — le célèbre Linné, pour combiner une méthode d’une complication effrayante, et de laquelle on ne parlera plus dans un siècle! Jussieu a vu; et la méthode naturelle était trouvée.

11 en a été de même pour lever le voile de ce mystère si intéressant, mais si profond, de l’écriture. Nous avons un assez fort volume sur la graphologie, d’un Allemand , M. Adolf Henze, dont mon intelligent collaborateur a parlé dans sa préface. Que de courage il a fallu à ce digne homme , consulté aujourd’hui de toutes les parties de l’Allemagne, pour pénétrer un peu dans un inconnu qui lui a toujours échappé! De loin en loin, quelque éclaircie, quelque demi-vérité aperçue, puis l’éternelle routine.

Dans la méthode sérieuse que nous allons transmettre

INTRODUCTION

avec ses principes si clairs, on verra qu’il n’est nullement besoin de divination. Le devin d’autrefois se change en psychologiste, en homme de réflexion qui se rend compte du mouvement des facultés humaines et de leur manifestation spontanée par les traits variés de l’écriture.

C’est que l’écriture, cette merveilleuse invention, se trouve n’être autre chose qu’un immense miroir où l’âme, sans soupçonner le moins du monde qu’elle se trahisse, comme l’enfant dont l’image se reflète sur une eau bien limpide, se laisse voir à nu avec ses instincts, ses passions, ses habitudes, sa nature intime.

Nous allons entrer en matière sans donner de plus amples détails sur l’origine et le développement de notre science. Nous croyons être les premiers à esquisser celle de l’écriture humaine. Nous avons loyalement dit à qui nous devions cette investigation précieuse. M. Flandrin est mort. Il n’a rien écrit sur la graphologie; ce sont des leçons purement orales qu’il donnait à quelques amis. Nous pourrions nous emparer d’une science toute faite, et nous attribuer l’honneur d’en avoir découvert le secret; nous avons trouvé plus noble et plus digne d'un écrivain qui a le respect de soi de nous dire disciple que créateur.

Si maintenant, à notre tour, nous avons pris la science graphologique dans son puissant embryon, pour l’étendre, la faire grandir, lui donner enfin son immense popularité, ce sera une gloire dont nous serons fier parce que nous n’aurons rien ravi à personne.

Pour être’ clans le vrai, nous dirons que la part qui

INTRODUCTION

revient à M. l’abbé Flandrin dans notre œuvre, part que nous n’avons certes pas la pensée d’afTaiblir, ne fait pas cependant le dixième des théories de ce livre. Une fois sur le chemin des découvertes, nous y avons marché avec ardeur; et la vraie science complète et raisonnée, exposée par nous, sortie des données premières communiquées par M. Flandrin, est notre œuvre personnelle, quoique nous reconnaissions avec une sincérité entière que, sans l’idée du maître, très-probablement jamais nous n’eussions eu le génie de la grande découverte.

Nous sauvegardons des droits légitimes en prenant acte de priorité dans la publication d’une méthode scientifique qui, évidemment, n’a pu être complétée par nous que grâce à de longs travaux et à des expérimentations minutieuses.

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