CHAPITRE PREMIER
Base du système. — Tel mouvement de l'àme produit tel mouvement spécial do la plume.
Tout mouvement physique dans l’homme est une manifestation de l’âme. Outre les traits du visage, qui sont des caractères d’une immense valeur pour connaître la nature intime des individus , on les juge encore par la marche, par le geste , le regard, le port de la tête, le son de la voix, le sourire.
Et cependant tous les moyens de se rendre compte d’un être aussi impressionnable que l’homme ne sont rien à côté de la spontanéité de ce mouvement par lequel, à l’aide de l’écriture, il transmet sa pensée.
C’est que, là, il se livre à une œuvre purement intellectuelle, où aucune des ruses employées pour se déguiser devant les hommes ne peut être mise en usage. Il est là lui- même, complètement luimême.
On sera surpris, quand nous arriverons aux détails et à l’application, de voir que c’est réellement un mystère révélé, et que le titre de notre livre n’est pas une habileté littéraire pour piquer l’attention du monde intelligent. La science graphologique est parvenue à indiquer avec une précision en quelque sorte mathématique que tel mouvement de l’âme • produit tel mouvement spécial de ta plume.
Il est évident que la psychologie seule, la plus patiente, la plus minutieuse, pouvait mettre sur la voie de la découverte des rapports qui unissent le trait de la plume à l’idée. 11 fallait non -seulement comparer beaucoup d’écritures , mais trouver des lois, et, pour me servir d’une comparaison tirée de la langue scientifique, déterminer les familles de traits qui correspondaient rigoureusement aux di-
DE L’ÉCRITURE
verses facultés, aux diverses passions, aux diverses habitudes de l’âme.
On disait bien à priori qu’une personne d’une extrême vivacité ne pouvait pas écrire comme une personne d’une nature paisible et molle, qu’un avare ne dëvait pas ressembler par son écriture au prodigue, pas plus qu’une nature simple à une nature prétentieuse. Mais, si l’on s’en tenait à certaines apparences générales, on tombait dans le vague. Cela se remarque surtout dans l’écrivain allemand nommé plus haut, parce que, dans la variété des caractères où les combinaisons sont si multiples, l’ensemble des écritures, quand on les comparait, ne donnait pas de similitudes bien saisissables. L’écriture de tel avare n’était pas l’écriture de tel autre; et Cartouche ne différait pas sensiblement de tel de ses contemporains plus ou moins honnête homme, mais différait du tout âu tout de Mandrin ou de quelque autre scélérat de l’époque , parce que les passions étudiées dans Mandrin n’étaient pas les mêmes qui avaient entraîné Cartouche et l’avaient jeté dans la vie de bandit.
Voilà comment il a fallu renoncer à classer les caractères par les fonctions.
Nous verrons qu’il' n’y a pas d’écriture d’orateurs, de poètes, de philosophes, d’hommes d’église,
d’hommes de guerre, quoique les traits de l’écriture indiquent des passions et des habitudes qui correspondent à la vocation d’hommes de guerre, d’hommes d’église, de philosophes, etc. Mais ces traits bien caractéristiques ne suffisent pas pour établir une écriture spéciale et déterminée.
Il nous a semblé que, chaque nature ayant ses facultés principales, ses passions dominantes, et l’écriture rendant, comme un reflet, cette étonnante multiplicité de combinaisons entre elles, il fallait avant tout déterminer la loi manifestante de chaque faculté, de chaque passion, par le trait que fait produire à la plume le mouvement de chaque faculté . en exercice, de chaque passion excitée dans l’âme, de chaque habitude devenue prépondérante et puissamment enracinée.
Nous aurons donc à faire, sous les yeux de nos lecteurs, cette anatomie curieuse de la forme des traits qui correspondent à chaque nuance de la situation de l’âme. Telle est la base scientifique de notre méthode, base sans laquelle la graphologie ne serait que pur charlatanisme, ou tout au plus une intuition vague reposant sur quelques observations générales.
Nous avons une loi, et voici comment nous la formulons :
DE L’ÉCRITURE
Certaines familles de traits spéciaux que toute plume trace complètement à son insu, — sans se douter qu’elle dénonce l’âme dans son génie ou sa vulgarité, dans ses passions violentes ou douces, — correspondent à certaines facultés ou dispositions de l’être intelligent, sensible et libre.
Avant d’entrer en matière, nous devons donner quelques notions d’une certaine importance qui se rattachent intimement à notre sujet.