LETTRE DE LOUIS XVIII AU PRINCE DE CONDÉ
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Tout à l’heure, c’était l’ami qui parlait à un ami; c’est maintenant un roi dans l’exil qui envoie ses félicitations à l’armée qui se dévoue pour lui. Les mots se composent de lettres moins entassées. Les d minuscules n’ont pas le petit crochet égoïste que nous avons remarqué dans la lettre précédente. Ils dénotent une noble simplicité. La plume a quelques mouvements généreux. La nature élevée et
DE L’ÉCRITURE
intelligente s’épanouit mieux, et si nous n’avions pas la lettre intime que nous avons analysée plus haut, nous aurions sur celle-ci un témoignage plus flatteur à rendre sur le prince qui inaugura la Restauration.
Preuve frappante de l’importance en graphologie de ne juger les caractères que sur les lettres les moins appliquées et les plus intimes. Nous connaîtrions peut-être beaucoup mieux Louis XVIII, si nous pouvions l’étudier sur quelques pages de brouillon écrites par lui dans son cabinet.
Terminons l’élude des Bourbons de la branche aînée par les lettres du duc d’Àngoulêmc et du duc de Berry.
Nous avons deux lettres de Louis- Antoine, duc d’Angoulême, fils de Charles X et mari de la Dauphine, fille de Louis XVI.
L’une est de 1795, après la défaite de Quiberon. Elle est d’une écriture appliquée. Nous préférons citer une lettre plus récente, dont la forme annonce plus d’épanchement, par conséquent plus d’expression vraie de la nature intime de l’homme.
LETTRE Dü DUC d’aNGOULÈME A L’iNFANTE ***•
Nous avons ici une décadence intellectuelle évidente. Il y a loin du Béarnais à. Louis XVIII, mais
bien plus loin encore de Louis XVIII au duc d’An-
goulême.
Une majuscule M, horriblement inharmonique,
nous frappe dans la date , au mot mars , qui eût dû être écrit tout simplement par une minuscule. Dans le corps de l’écriture, les lettres sont mal formées, confuses, disgracieuses. Voyez le mot quelles, à la dernière ligne, où le l minuscule se double ; le second l a perdu sa hauteur normale.
Ajoutons à, ces caractères évidents d’une intelligence vulgaire le signe type de la prétention et du contentement de soi , (\ui se montre dans le reste de la lettre.
Cette prétention n’était pas dans la nature du personnage. Dans la lettre, il y
a quelques d qui indiquent de la simplicité. Mais
les esprits vulgaires, n’ayant pas le sentiment sé
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rieux et profond d’une grande valeur intellectuelle, croient se la donner par une estime outréee du peu d’intelligence que Dieu leur a départie.
Nous avons donc jusqu’ici une nature des plus ordinaires au point de vue intellectuel. Et l’écriture, avec ses indications précises, tient le même langage que l’histoire.
Au point de vue sensible, l’écriture est meilleure. Il y a de la sensibilité (écriture inclinée); celui qui a tracé ces lignes était un homme de cœur.
Au point de vue de la volonté, elle se marque par le signe type de l’obstination (des traits durs terminés carrément). Voyez le trait sous 1808; les barres des t coupent les mots, et souvent elles se terminent par un trait dur et épais : Infante.
Cette volonté obstinée ne se contente pas de cette manifestation. Elle place des tirets entre les phrases, petits, durs, accentués, un peu contournés.
Et puis cet homme a peur d’être trompé. Il est minutieux, craintif, et avant sa signature, en finissant sa lettre, il place le trait des procureurs et des gens d’affaires.
La signature garde quelque chose de magistral, quoiqu’elle prenne un petit parafe bourgeois. Mais enfin, dans cette signature à traits anguleux, si
la nature de l’homme paraît peu élégante et peu souple, il reste encore quelque chose du Bourbon.
Maintenant la scène change. Nous avons une bien autre allure : c’est le frère1 du précédent qui va poser devant nous, Charles-Ferdinand, duc de Berry, qui tomba misérablement sous le poignard de Louvel.