‹ Les mysteres de l'ecritureChapitre 99 sur 168 · LETTRE DU PRINCE LO U I S -N A P O L É O N AU COMTE DE SAINT-LEU · texte numérisé non relu

LETTRE DU PRINCE LO U I S -N A P O L É O N AU COMTE DE SAINT-LEU

Ce qui frappe d’abord dans l’écriture du prisonnier de Ilam, ce sont ces lignes de petits mots fins, réguliers, à peine mouvementés et indiquant une nature placide et douce.

Puis ces traits fort durs, accentués, qui disent une volonté d’une énergie çxtrême (voyez les mots et , recommandation , côté, quatre, votre, supporte, regretterai-, le signe type de la volonté énergique y est très-marqué, le T barré).

Remarquez aussi que ces barres se terminent carrément par un trait sec et dur, ce qui est le signe type de l’obstination.

C’est là ce qui frappe dans cette écriture. Et la graphologie confirme le diagnostic de la mère du prince, quand elle l’appelait « le doux entêté ».

Le caractère de la douceur domine en effet dans ces lignes, où nulle lettre ne trahit de mouvement. Une seule fois la plume a abandonné la placidité

monotone. Quand il s’est agi de prison, par un instinct auquel certes la réflexion n’a eu aucune part, la plume a écrit le mot en lettres de plus grande hauteur (voyez le mot prison ) .

Les majuscules ne sont pas complètement harmoniques. Le M de Mon cher père est gâté par un gros crochet inharmonique qui lui donne un cachet d; vulgarité. Le R de recevez a un crochet extérieur disgracieux. Le H du mot tlam est l’indice d’une certaine bizarrerie.

Les d minuscules forment presque partout un crochet recourbé et personnel. Ils ne s’élèvent pas avec une grandeur simple, élégante, au-dessus des lettres; quelquefois ils portent le signe de la liaison des idées : de , du.

Les notes de finesse sont nombreuses : regretterais, assurance, sentiment, etc. , finissent en pointe.

La première ligne est descendante et ascendante. Le prisonnier se courbe sous la réalité fatale de sa condamnation; mais l’ambitieux ne se déclare pas impuissant et vaincu, et, après les premiers mots, la plume, traduction fidèle des mouvements de l’âme, cherche à prendre la ligne ascendante.

DE L’ÉCRITURE

Une seconde lettre, également datée de Ham, a l’allure plus vive.

Elle est adressée à M. Castille.

Nous ne donnons que quelques lignes de cet autographe :

fl*.

j ‘-nâS, /■«*>“ — y*,.

Écrite à peu de mois de distance, cette seconde lettre ne doit pas différer sensiblement de la première. Le « doux obstiné » s’y montre de la même façon. Mais celle-ci est plus soignée; c’est presque un manifeste adressé à la classe ouvrière par le moyen de M. Castille.

L’homme placide est mis en mouvement par l’homme ambitieux. Celui-ci dit à l’autre : Remuetoi un peu. En effet, l’écriture prend un mouvement beaucoup plus vif. Ce n’est plus .la teinte terne et monotone du premier autographe. Les pattes de mouche font place à des mots nettement écrits. Les finales sont vives ( facilement , puisque ); la plume a eu le mouvement généreux , et en parlant

DE L’ÉCRITURE

de reconnaissance, le prince a dit par son écriture qu’il prouverait un jour, s’il arrivait jamais, sa gratitude sincère pour tous ceux qui lui seraient dévoués. On sait qu’il a tenu parole, et l’empereur n’a pas oublié le plus petit des services rendus au prince.

Seconde période. Nous voici en 1 84 S . M. Achille Jubinal avait demandé un autographe au prince Louis-Napoléon pour l’album de la Société des gens de lettres. Nous reproduisons la réponse. Il y a ici le prétendant et l’écrivain. Nous allons juger l’un et l’autre.

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