‹ Les mystères de l'Égypte dévoilésChapitre 17 sur 28 · L'ANCIENNE FOSTATH, L'ANCIENNE EL-QATAÏAH LE CAIRE · texte numérisé non relu

L'ANCIENNE FOSTATH, L'ANCIENNE EL-QATAÏAH LE CAIRE

L’an 639 de notre ère, l’Orient était agité par les disputes théologiques des partisans du nestorianisme et ceux de l’eutychianisme. Héraelius, empereur de Constantinople, sévissait avec rigueur contre eux. Sergius, patriarche de Constantinople, et son turbulent clergé, semaient la discorde dans tout l’Orient. Les uns établissaient d’une façon, les autres de l’autre, comment les deux natures qui composaient la personne du Christ n’en formaient qh’une. Conciles sur conciles s’assemblaient; l’un condamnait ce que l’autre avait érigé comme règle de droit... Ces questions religieuses, ces dissidences du clergé, troublaient la paix et occupaient les esprits. Les Arabes en profitèrent pour s’emparer de la Syrie ; Héraelius, trop préoccupé des controverses théologiques, les laissa faire, et ne songea pas à envoyer le moindre renfort de troupes dans cette province. Fiers de ce premier succès, les Arabes marchèrent vers l’Égypte.

La conquête de cette riche province était d’autant plus facile à faire, que le gouvernement des empereurs de Constantinople y avait fait de nombreux mécontents. Elle était divisée en deux classes distinctes, les gouvernants et les gouvernés, absolument comme aujourd’hui! Les premiers, tous Grecs influents de Constantinople, occupaient tous les emplois , tous les bénéfices ; leur nombre était augmenté des descendants des familles patriciennes romaines qui étaient venuess’y fixer. La seconde classe se composait des Cophtes, c’est-à-dire les descendants des anciens Égyptiens... Ces deux classes vivaient dans le plus grand désaccord, sans fusionner ensemble; une haine invincible animait les vaincus (les Cophtes) contre les vainqueurs... Cette haine-là ouvrit les portes de l’Égypte aux Arabes. Les Cophtes préférèrent leur joug à celui qu’ils subissaient.

Le faible monarque Héraclius avait abandonné lâchement la Syrie aux musulmans; au lieu de prendre les armes, de vbler au secours de ce pays, il se contenta d’obtenir une promesse du kalife Omar qu’il ne toucherait pas à l’Égypte, et, en retour de cette promesse, il consentit à lui payer un tribut*

Au moment où ce traité se siguait entre Héraclius et Omar, Amrou, lieutenant de ce kalife, était déjà en marche à la tête de son armée pour aller conquérir l’Égypte. Omar lui expédia un message ; mais Amrou, se doutant de ce qu’il contenait, dit à celui qui l’apportait qu’il ne pouvait, par respect pour

l’écriture du prince des fidèles, lire ainsi sa lettre; qu’il n’en ferait la lecture que le lendemain, en grande pompe et en présence de toute l’armée. Il accéléra sa marche ; le lendemain, il se trouvait à El- Aryck, sur la terre d’Égypte.

Alors le lieutenant d’Omar campa ; il rassembla autour de lui son armée, prit la lettre du kalife, la baisa par trois fois, puis en fit la lecture à haute voix.

Voici ce qu’elle contenait :

De la part du kalife Omar à Amrou.

« Salut et bénédictions!

« Si, lorsque cet écrit te parviendra, lu es encore sur les terres de Syrie, arrête ta marche; mais si tu es déjà sur le sol égyptien, continue d’aller en avant, à la grâce de Dieu ! »

Amrou se tourna alors vers les principaux chefs de l’armée, et leur demanda d’un air hypocrite : « Où sommes-nous ici?

— En Égypte ! répondirent-ils en chœur.

— En avant donc! poursuivit Amrou, puisque le prince des fidèles nous l’ordonne. »

Le musulman possède au suprême degré les principes de Tartuffe :

« Il est avec le Ciel des accommodements. »

Il en trouve, lui, avec le ciel, avec la parole don-

née, avec l’ordre reçu, et avec sa conscience. Vrai, il donnerait des points à la compagnie de Jésus !

Amrou s’empara de Memphis, des villes environnantes. Les Gophles partout faisaient bon accueil aux musulmans, leur promettaient soumission sous condition que leur liberté religieuse leur serait conservée... Amrou s’y engagea, et, il faut en convenir, jamais les musulmans n’ont persécuté ni tourmenté les Cophtes. Ils leur ont laissé suivre leur religion en paix; même encore aujourd’hui on les laisse tranquilles. Ils leur avaient promis encore l’inviolabilité de leur propriété, et ils ont aussi tenu parole. ,

Les Grecs, eux, ne voulurent pas se soumettre ; ils se réfugièrent à Alexandrie et dans la forteresse de Babylone. Cette forteresse, construite par les Perses, était située sur le sommet du mont Moqattau, dominant le Nil (son emplacement était tout près de la nouvelle île du Caire , bordée, on le sait, par le mont Moqattan).

Amrou s’en rendit maître facilement et sans effusion de sang. Il pensa alors à se diriger vers Alexandrie. Son camp était établi entre le Nil et la forteresse de Babylone. Au moment de lever les tentes, les soldats s’aperçurent qu’un couple amoureux de colombes avait fait son nid sur la tente du général ; les œufs étaient près d’éclore, la mère les couvait avec amour et ne voulait pas les abandonner. Ils dirent cela à Amrou , qui s’écria : « Gardez-vous bien de déranger ces aimables bêtes 1 Jamais bon musulman ne doit

refuser sa protection à un être vivant , créature du» Dieu Toüt-puissant. Qu’on laisse donc ma tente en place, et que ces oiseaux y restent en sécurité ! »

Ce qui fut fait.

L’armée d’Amrou marcha vers Alexandrie, qui résista longtemps aux musulmans , car dans cette ville s’étaient réunis tous les Grecs et tout ce qui ne voulait pas du joug de ces nouveaux maîtres. Amrou fut même fait prisonnier par les assiégés, ayant voulu diriger lui-même une reconnaissance sous les murs de la ville. Ce qui le sauva , c’est que les assiégés ne se doutèrent pas que c’était Amrou , le fameux général, qu’ils avaient fait captif..., et celui-ci, pàr ruse , sous prétexte de se faire fort de persuader au général d’abandonner le siège , obtint grâce de la vie, et put quitter la ville... Une fois dans son camp, il activa les travaux du siège. Alexandrie ne recevant aucun secours de Constantinople, épuisée et affamée, se rendit enfin l’an 640 de l’ère chrétienne... Amrou traita ses habitants avec humanité. Il fut étonné et émerveillé de la richesse et de la beauté de cette ville.

Il écrivit à Omar ceci :

« J’ai conquis la ville de l’Occident , et je ne pourrais jamais énumérer tout ce qu’elle renferme.

«Elle contient quatre mille bains, douze mille vendeurs de légumes verts, quatre mille musiciens et baladins, etc., etc. »

Amrou quitta Alexandrie après avoir tout organisé

et avoir charmé ses habitants par sa bienveillance... Désireux d’organiser aussi l’intérieur de l’Égypte , il se rendit encore dans le Delta. Il fallait choisir un emplacement pour un nouveau camp. On se demandait où on le choisirait... « Là où nous avons laissé la tente du général ! «s’écrièrent en chœur les soldats. En effet, on vint camper là. On plaça les tentes autour de celle d’Amrou, sur laquelle les colombes avaient niché... Puis ces tentes furent remplacées par des maisons, et enfin une nouvelle ville se trouva bâtie. On la nomma Fostath(fostath en arabe signifie tente).

Fostath fut entourée de remparts. Amrou, devenu gouverneur de l’Égypte, y établit sa résidence; elle devint la capitale de l’Égypte. On ajouta à son nom de Fostath celui de Mers, affecté aux capitales de l’Égypte.

Telle est l’origine de la fondation de Fostath.

Plus tard, sous le règne du kalife Ahmed-ebn- Touloun , de la dynastie des Abbassides, Fostath ne pouvait plus suffire aux exigences d’une populatior qui augmentait tous les jours en nombre et en ri * chesse. Alors ce kalife bâtit à côté, sur la plaine qui forme le plateau des hauteurs appelées le mont Yechkar, qui s’étend à l’orient de Fostath jusqu’au pied du mont Moqattan, une nouvelle ville qu’il appela El-Qatayah. Cette ville devint bientôt la plus florissante de l’Égypte. Mais elle subit, elle aussi, l’effet irréparable des ans et des révolutions. Elle fut dévastée , démolie , et enfin , sous le règne des ka-

lifes fatimites, il ne restait d’elle que des ruines. Sur ces ruines une ville nouvelle fut construite, à laquelle on donna le nom de Caire : c’est la ville actuelle.

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