‹ Les mystères de l'Égypte dévoilésChapitre 23 sur 28 · MARIAGES COPHTES · texte numérisé non relu

MARIAGES COPHTES

Mœurs des Cophies. — Leur religion.

J’avais exprimé à M. Walmas, vieil Anglais depuis trente ans en Égypte, qui connaît à fond la langue arabe, le désir d’assister à un mariage cophte.

Avant-hier, il est venu me dire : « Demain, il y a un mariage. J’ai prévenu le maître de maison; il sera enchanté de vous recevoir. Vous pouvez y aller, si vous voulez.

— J’irai avec grand plaisir, lui dis-je. Vous aurez l’obligeance de venir pour me présenter.

— Oh! c’est inutile, me dit-il; j’ai donné votre nom. Vous n’avez qu’à y aller avec votre domestique; vous serez bien reçue. Moi, je pars ce soir pour Alexandrie.

— Mais, lui dis-je, me présenter ainsi chez des gens que je ne connais pas sera plus ou moins convenable.

— Nous ne sommes pas ici en Europe, me dit-il ; les Orientaux ne sont point, comme les Européens, à cheval sur la présentation. Un étranger est toujours

bien accueilli chez eux ; surtout un jour de mariage, où leur porte est ouverte à tous.

— Mais il me faudrait au moins quelqu’un qui , parlant l’arabe et connaissant le maître du logis, me conduisît vers lui lorsque j’arriverai.

— Qu’à cela ne tienne, me répondit M. Walmas ; le janissaire du consulat anglais vous attendra à la porte de la maison de ce monsieur, et vous conduira vers lui. »

Je trouvais cette façon de présentation un peu en dehors des lois du monde ; mais je savais qu’en effet ces lois n’étaient point encore trop connues en Orient. Du reste, je tenais à voir le mariage. J’acceptai [donc. Seulement, je priai l’aimable propriétaire de l’hôtel Royal de m’accompagner ; elle a le bonheur de parler la langue arabe*

Nous faisons donc une toilette de ville un peu soignée; je tâche de trouver ce que j’ai de plus voyant dans ma garde-robe, sachant qu’ici les couleurs éclatantes sont de mode, de rigueur même dans les jours d’apparat.

La fête devait commencer à une heure, à la turque, c’est-à-dire à sept heures du soir.

On avait indiqué la demeure de ce monsieur cophte à Menzoura, mon domestique, dont le moindre défaut est d’avoir de l’esprit. Il avait dit savoir très-bien où c’était. Nous sortons sur l’Ezbékièh; un bruit de fantasia arrive jusqu’à nous. Nous apercevons des torches, une table sur laquelle était monté un homme

faisant toute sorte de jongleries ; une masse de gens l’entouraient en beuglant de toute la force de leurs poumons, et Dieu sait s’ils les ont solides!

Le devant de la maison était éclairé par une grande lanterne.

« C’est sans doute ici, me dit Mme Roland, car tout cela indique qu’il y a un mariage dans la maison.

— Est-ce la maison qu’on t’a indiquée? demandaije à Menzoura.

— Je crois que oui, » me répondit-il.

Quand un Arabe dit qu’il est sûr, vous pouvez être persuadé que rien n’est moins sûr que sa certitude; lorsqu’il vous dit : « Je crois, » vous pouvez être assuré qu’il est dans un doute complet. •

Pourtant, nous nous avançons.

Des gens étaient à la porte. Au milieu d’eux , un homme assez bien mis vint vers nous, et nous dit en arabe :

« Vous voulez voir le mariage?

« — Oui, dit Mra* Roland.

« — Très-bien, entrez. » Et il nous fit faire place.

Arrivée sur le seuil de la porte, je reculai d’épouvante en apercevant une mare de sang.

« Ce n’es' rien, entrez toujours, me dit Mme Roland : c’est le sang du mouton nuptial que l’on a saigné là. On laisse le sang comme symbole. »

Je passai comme je pus, relevant mes jupons pour ne pas les souiller de ce sang purificateur, selon ces

bonnes gens. Nous nous trouvâmes dans une cour

carrée. Là aussi il y avait de la musique, des chants. Deux hommes, enveloppés dans des manteaux rouge et or, étaient assis sur des chaises ; on leur faisait en grande pompe et joyeuse société la barbe... C’étaient les nouveaux mariés.

Notre introducteur nous fit monter par un escalier assez roide ; là, il appela des négresses. Des femmes habillées à l’arabe vinrent à notre rencontre avec des cris de joie; èlles nous firent maintes démonstrations de bienvenue.

« Décidément, c’est ici, dis-je à Mme Roland. A la façon dont on nous reçoit, je vois que nous sommes attendues. Seulement, ce diable de janissaire, où peut-il être ?..

— Au milieu de .cette cohue, me répondit-elle; il ne nous aura pas vues entrer. Du reste, le maître du logis était sans doute prévenu par lui, puisqu'il est venu nous recevoir si gracieusement. »

Ces femmes nous introduisirent dans une grande salle où se trouvaient une foule de femmes; toutes nous entourèrent, nous firent des salamalecs, des téménas en masse, en signe de bonne amitié; l’une nous tapait sur l’épaule, une autre sur la poitrine... Enfin, une jeune femme, que nous jugeâmes devoir être la maîtresse du logis, nous prit par la main et nous fit asseoir sur le divan, s’accroupissent, elle, à nos pieds.

Je priai Mrae Roland de lui faire quelques phrases bien senties sur le plaisir que j’éprouvais à me trou-

ver à cette fête, et sur la reconnaissance que je lui avais pour avoir bien voulu nous y admettre.

Du temps qu’elle s’acquittait de ce devoir de politessè, je me mis, moi , à examiner la salle dans laquelle nous nous trouvions.

C'était un grand carré long, sans le moindre meuble, coupé en deux dans sa largeur. La partie dans laquelle nous étions était un peu plus exhaussée et couverte d’un tapis ; un divan l’entourait. De grandes fenêtres avec de petits carreaux dont la moitié étaient en papier se trouvaient au nombre de huit dans la salle. Sur le divan , juste à côté de moi , étaient assises deux jeunes filles, les jambes croisées à la turque , les mains croisées aussi, ne faisant pas le moindre mouvement C’étaient les mariées, car il y avait double mariage. Voici quel était leur costume : un grand pantalon en soie rose brochée d’or, une tunique à la turque pareille; une large ceinture en or massif entourait leur taille ; leur poitrine disparaissait sous un amas de perles, diamants, sequins ; sur leur tête , d’abord un mouchoir fort épais, en étoffe blanche brochée d’ôr, recouvrait et leur tête et toute leur figure jusqu’en dessous du menton ; impossible de distinguer ni même de soupçonner leurs traits... Ensuite un grand . voile en espèce de grosse tarlatane blandie ; ce voile se rajustait au mouchoir ; sur le front était une vraie charge de brillants formant des fleurs, des croissants. Je me demandais comment elles avaient la force de tenir la tête droite avec un pareil poids,

et aussi comment elles n’étouffaient pas avec ce mouchoir collé sur le visage... Rien n’était bizarre à voir comme ces jeunes filles ainsi fagotées, ne bougeant pas, ne faisant pas le moindre mouvement, avec ce chiffon doré dissimulant même la forme de la figure... Une négresse, à leurs pieds agenouillée, les éventait l'une et l’autre.

Assises sur le divan ou accroupies par terre, étaient une centaine de femmes, négresses, esclaves, grandes dames; tout était là pêle-mêle sans la moindre distinction, sans la moindre hiérarchie. Une masse d’enfants étaient là aussi, les uns jouant, les autres pleurant. Chaque femme invitée à la noce avait amené ses enfants. Les pierreries, les perles, les sequins, brillaient par leur nombre et leur éclat. Il y avait de pauvres femmes avec un mauvais pantalon en étoffe commune , un lambeau de mousseline bleue en guise de voile, et qui avaient des diamants'sur la tête... Celles même qui étaient sans souliers et sans bas en avaient.

Il y avait quelques très-beaux types ; une femme d’un certain âge m’a surtout frappée : le visage encadré complètement par son voile bleu, les traits fins, de grands yeux noirs, vifs et pénétrants, un diadème en brillants sur le front , un costume pourpre, elle avait l’air d’une impératrice romaine. Les négresses étaient, elles aussi, couvertes de verroteries, de sequins, de coraux.

Notre aimable maîtresse de maison, celle du

moins que je prenais pour telle, était toujours accroupie à mes pieds, les coudes sur mes genoux , me . serrant de temps en temps la main, me souriant gracieusement pour m’exprimer tout le plaisir que lui faisait ma présence... Elle est tout simplement jolie à l’impossible, cette jeune femme-là, et j’étais en admiration devant elle. Elle m’a paru avoir dixliuit ans, petite, bien faite, les extrémités fines, la main blanche et souple comme le camélia qui vient de s’épanouir au soleil, un teint blanc mat, une bouche petite et vermeille ( sans fard aucun) , des yeux, ah! écoutez, des yeux à faire perdre le repos * à tous les hommes : noirs comme du jais , grands , fendus en amande , et d’une douceur tendrement voluptueuse... Vrai, je n’ai jamais vu un plus joli regard et plus séduisante créature. Elle portait un costume d’une grande richesse avec un laisser aller charmant.

Un large pantalon en satin vert tendre, broché d’or fin le plus pur, laissait à découvert un petit pied nu, mignon et rose , emprisonné à demi dans des babouches en velours noir brodé d’or; la robe, à la turque aussi, dont les trois queues étaient retenues à la taille, était de la môme étoffe; une ceinture en or massif, avec la boucle enrichie de brillants, serrait sa taille mince et svelte. Elle portait là-dessus un manteau, espèce de paletot descendant jusqu’aux genoux, en velours noir; aux manches, tout autour, au milieu du dos, à chaque couture, était une guirlande brodée

à la main d’or fin ; des glands, des tresses d’or, étaient , placés de*ci et de là avec goût. Ce manteau, échancré devant, n’était point retenu par aucune agrafe, et laissait à découvert le cou et la poitrine de la jeune femme. Son cou était modelé admirablement, sa poitrine gracieuse et bien faite, sa peau blanche comme de la neige... Comme toutes les dames qui se trouvaient là , et selou leur usage à toutes, elle ne portait pas de corset ; son corsage, fortement serré à la taille, est juste de la poitrine, faisait rapprocher l’un de l’autre ses deux seins, qui étaient tellement à découvert qu’elle aurait pu allaiter un enfant sans rien déranger de sa toilette. Les femmes turques , arabes, cophtes, se décollettent toutes de cette façon. L’été, elles sortent ainsi avec leur abbarah qui les enveloppe, mais qu’elles soulèvent de temps en temps pour se rafraîchir, et cela ne les gêne nullement de montrer leur taille et leur poitrine jusqu’à la taille... Elles trouvent beaucoup plus shocking notre façon à nous de nous décolleter, qui met nos épaules à nu. •

Tout cela est une affaire de convention.

Bref, cette jeune femme était tout simplement fort jolie; elle avait une forte couche de khôl aux yeux, ce qui ajoutait encore à leur éclat. ; -

Toutes ces femmes s’étaient petit à petit rapprochées de nous; l’une examinait l’étoffe de ma robe, l’autre la soulevait pour voir ce qui était en dessous; ma cage américaine Thomson les a beau-

coup fait rire. Une autre enlevait mon bracelet et se l’essayait... Toutes nous traitaient comme de vieilles amies de dix ans.

Ces femmes sont charmantes sous plusieurs rapports, mais elles ont surtout un sans façon, une familiarité qui vous met à l’aise de suite : vous êtes chez elles comme chez vous. On nous a servi du café ; hélas I il était parfumé à la rose !...

La seconde tasse était parfumée à l’ambre ; bon gré, mal gré, il a fallu nous résigner à l’avaler, car, refuser à des Orientaux de prendre leur café serait les offensea mortellement ; le café est, comme anciennement chez certains peuples , le pain et le sel.

On nous a offert aussi du gros blé grillé, des graines de melon, toutes en grignotaient; quoique je ne trouvasse pas cela fort bon, j’ai fait comme elles.

J’ai remarqué avec effroi la quantité d’aveugles et de borgnes qui se trouvaient autour de moi. Sur cent femmes, il y avait deux aveugles et au moins dix borgnes. . . La vue de ces yeux vitreux , pourris , me fait toujours frémir, et leur nombre surtout. Quand on songe qu’ici une ophthalmie vous prend subitement , sans crier gare, et que trois jours après vous êtes ou borgne ou aveugle , c’est à donner l’envie de fuir ce pays de suite. . . 1

Une de ces jeunes femmes me demande si je veux une cigare. te; sur ma réponse affirmative, elle sort, de cachée sur son sein , une petite blague à tabac : , d’un côté elle tient le papier à cigarette, de l’autre le

tabac; elle la confectionne et me l’offre. Me voyant fumer, tontes ces femmes, qui sans doute n’avaient pas osé fumer jusque-là è cause de moi, se mettent à rouler des cigarettes, et je m’aperçois que toutes tiennent leur blague et leur papier dans leur sein, là où les Européennes cachent les billets doux.

La jolie dame nous a demandé si nous voulions voir les mariées , et , sur notre réponse affirmative, elle a soulevé leur voile.

L’une est une bonne grosse fille bistrée fortement et ayant un peu le type nubien ; mais en voyant l’autre , je suis restée stupéfaite : assise comme elle était empaquetée dans son voile, je n’avais pu juger ni de sa taille ni de son âge;... dévoilée, je vis une enfant mince, maigre, fluette, paraissant huit ans à peine... Je ne pus retenir une exclamation de surprise : « Comment! on marie cette enfant? » dis-je.

Mm« Roland leur traduisit ma demande et aussi mon étonnement, ce qui les a toutes fait beaucoup rire... Puis elles ont répondu que la fillette avait onze ans , et elles nous ont donné des détails techniques pour nous prouver qu’elle pouvait se marier.

« Très-bien. Mais elle n’a pas atteint sa croissance, sa poitrine n’est pas développée ! — Ça ne fait rien , elle grandira un fois mariée... »

Vrai, je n’en revenais pas, et je ne pouvais croire que l’on mariât pour tout de bon celle petite fille maigrichonne , pâlotte et non formée...

« Sans doute, leur ai-je dit, pendant un an ou

deux encore elle vivra dans sa famille , qui ne la donnera qu’après ce délai à son mari?... »

Elles se sont mises à rire aux éclats, et se sont empressées de nous dire avec une crudité biblique que la jeune fille serait bien la femme, la vraie femme de son mari... Ces femmes sont effrayantes; elles ont une façon naturelle et crue de tout dire qui vous ahurit...

À ce moment , la fameuse chanteuse et danseuse Chasnée est venue égayer la société par son chant et par sa danse , suivie de trois autres femmes , deux jeunes filles et une vieille femme...

Chasnée, qui est Chasnée-Bey, ne vous en déplaise. Un jour, Saïd-Pacha, enchanté de la beauté de son chant, de la grâce de ses poses, l'a nommée bey et lui a fait présent de dix mille feddams de terrain (le feddam est de quatre mille mètres).

Chasnée-Bey, donc, est vieille et laide à présent, mais elle vit sur son ancienne réputation; tout le monde veut encore l’avoir pour embellir les fantasias.

Elle et ses suivantes se sont accroupies près de nous, et toutes quatre elles se sont mises à chanter. Chasnée frappait, tout eu chantant, sur une espèce de petit tambour de basque ; une des jeunes filles frappait sur un triangle.

Ce chant et cet accompagnement font un tout médiocrement harmonieux à l’oreille; cela ressemble peu, ohî mais extrêmement peu, au chant de la Patti ou de l’Alboni !...

On est venu chercher une des mariées, la plus âgée ; on l’a conduite dans un appartement supérieur où devait se célébrer le mariage... La musique a fait entendre ses sons les plus discordants, les femmes ont fait cortège à l’épousée en poussant cette espèce de cri, de sifflement aigu, qu’elles produisent en rapprochant leur langue du palais, cri strident qui n'a rien d’agréable à l’oreille. Arrivées en haut, les femmes sont restées en dehors de l’appartement, mais on nous a fait signe, à Mme Roland et à moi, que nous pouvions pénétrer dans ce sanctuaire, ce que nous avons fait.

On nous a fait asseoir sur un divan qui entourait l’appartement, la mariée était assise sur une chaise près de nous ; le marié, droit dans un coin, était enveloppé d’un grand carré d’étoffe blanche et rouge. Il y avait une quinzaine d’hommes dans l’appartement, les deux maîtres du logis, des parents et des amis des mariés, en plus dix ou douze jeunes garçons. Tout cela paraissait peu pénétré de l’importance .de la cérémonie qui allait s’accomplir : les uns fumaient, les autres buvaient, les autres dormaient couchés surle divan. Le silence était loin de régner, et cela a duré ainsi pendant toute la cérémonie....

Devant la mariée, sur une petite table basse, était posé un livre, livre contenant l’Évangile en langue cophte, renfermé dans un étui en filigrane d’argent; sur les deux côtés de cet étui était dessinée la croix...

La croix des Cophtes est la croix de Malte des chevaliers de cet ordre.

Tout autour de ce livre étaient posés des candélabres à une multitude de branches, où se trouvaient de tout petits cierges. Le prêtre cophte était là avec ses deux desservants... Prêtres et desservants avaient une mise et une tournure peu à la hauteur de leur mission...

Le prêtre portait une grande robe brune comme celle des juifs et un turban vert...; le desservant principal avait une robe en lambeaux, ni bas ni souliers; il était aveugle; le jeune ressemblait parfaitement à un petit ânier. Le premier, accroupi dans un coin, tenait à la main un tambour de basque, le second un triangle en fer... On a sorti d’une sale besace toute déchirée une écharpe en moire blanche et rouge, laquelle écharpe devait plus tard recouvrir les époux, et un livre. Le prêtre a pris un encensoir, a encensé la mariée, le marié et toute la société, puis il s’est mis à lire son livre. Je n’ai pu comprendre absolument rien à sa lecture, par la bonne raison que le cophte est pour moi de l’hébreu 1... Ceci n’a rien d’étonnant, mais ce qui l’est davantage, c’est qu’il soit aussi de l’hébreu pour les prêtres cophtes, qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent!,.. Un jeune homme est venu s’asseoir à côté de moi, il parlait français ; cela m’a fait un sensible plaisir, car je voulais obtenir des renseignements... Il m’a d’abord appris qu’il était le maître de la maison, ou du moins

un des maîtres, car il avait un frère aîné gui est le chef de la famille.

Je me suis empressée de lui demander quelle était cette jolie dame qui portait un manteau de velours...

« Ma femme », m’a- 1- il répondu...

Je lui ai fait mon compliment sincère et lui ai dit qu’il était heureux d’avoir une aussi jolie femme.

« Oui, elle est jolie et très-bonne.

— Y a-t-il longtemps que vous êtes marié?

— Six ans... -

— Quel âge a-t-elle donc?

— Dix-huit ans. Elle avait douze ans lorsque je l’ai épousée ; sa mère était une amie de la mienne, nous avions été élevés ensemble et nous nous aimions beaucoup. »

Cela m’a rappelé la jeune mariée, celle qui était restée dans la salle.

« Mais comment, lui ai-je dit, les parents peuventils marier une enfant comme cette pauvre jeune fille? Ne craignent-ils pas que, si elle devient enceinte bientôt, elle ne meure à sa première couche?...

— Hélas! ça arrive souvent; mais que voulez-vous, c’est une malheureuse habitude du pays de marier les jeunes filles à onze ou douze ans. Ces deux jeunes filles sont orphelines de père; nous les avons recueillies avec leur mère. Celle-ci, craignant de ne plus trouver d’autre parti pour elles plus tard, deux frères avant demandé les deux sœurs, a voulu marier la

cadette, quoiqu’elle soit si petite encore. C’est nous qui faisons le mariage et payons tout... »

Dans ce moment le prêtre a passé lejivre à mon interlocuteur pour qu’à son tour il lût un verset, car les assistants devaient en lire chacun un ; il a refusé; mais son frère, assis en face, lui a fait un signe impérieux ; il s’est levé vivement et a été lire... Chez les Cophtes, comme chez les anciens patriarches, l'autorité des chefs de famille est très-grande, chacun des membres s’y soumet humblement; le fils aîné remplace le père, celui-ci mort.

11 y avait une demi-heure que le prêtre récitait ou lisait des prières. Après chaque verset, les desservants entonnent le Kyrie eleison, avec accompagnement de râclement de triangle et de tambour de basque, le tout dominé par les cris que poussaient les personnes restées dans l’escalier.

Le marié fut enfin amené sur la chaise à côté de sa future, le prêtre leur fit un discours, sans doute sur les devoirs réciproques du mari et de la femme, les couvrit tous les deux de l’écharpe, leur posa une espèce de diadème sur le front, mit la main de la future dans celle du mari, les encensa, les aspergea d’eau bénite, leur toucha le front avec une croix, et tout fut dit et fini. Ils étaient liés l’un à l’autre pour la vie, la mort pouvait seule délier ce lien, car les Cophtes jacobites n’ont pas le divorce...

On emmena la jeune épouse dans l’appartement où se tenaient les femmes. Notez qu’elle était restée là

tout le temps sans faire un mouvement, avec ce voile et ce mouchoir qui l’étouffaient ; on voyait les gouttes de sueur retomber-en dessous. Si le jour du mariage est une corvée pour tout le monde, pour ces pauvres filles c’est un jour terrible.

Les deux maîtres de maison s’approchèrent de nous, nous firent servir du café, au musc cette foisci, pour changer. L’un d’eux m’offrit une cigarette.. Or, voici comment tout Turc, Arabe, Cophte, vous confectionne et vous offre une cigarette : il la roule, la mouille avec sa salive pour coller le papier, l’allume en commençant à la fumer, et il vous la passe. Il faut se résigner à la fumer telle que, car la refuser serait l’offenser.

Je demandai à l’un d’eux s’il ne connaissait pas la France. Il me dit qu’il n’était jamais sorti de l’Égypte, que les 6ophtes ne devaient pas voyager, que ceux qui le faisaient étaient mal vus des autres; que, pour lui, il aurait grande envie d’aller à Paris, mais que son frère aîné ne le lui permettait pas. Ce cadet-là a vingt-six ans, et il obéit à son frère.

« Votre femme serait bien contente, je gage, de voir la France, continuai-je.

— Oh! elle, c’est impossible ; nous n’avons pas le droit d’emmener nos femmes hors du pays où est leur famille. »

Je trouvai que ceci avait du bon.

Pendant que je causais avec ce Cophte, les enfants s’étaient rapprochés de moi. Un s’était assis à mes

pieds; lui aussi examinait curieusement ma robe, mes bottines. Un autre , sans façon , s’emparait de mon bras, regardait mon bracelet, tandis qu’un troisième décrochait ma montre à ma ceinture pour la regarder. Celui qui était à mes pieds était un gamin qui paraissait avoir douze ou treize ans, assez fort, mais petit et l’air très-enfant; c’est le fils du plus riche Gophte du Caire. Il est très-instruit, c’est-à-dire qu’il parle un peu anglais et un peu français.

« Veux-tu me faire l’honneur d’assister au mien, de mariage? il sera bien plus beau que celui-ci; mon père a une belle maison, » me dit-il.

Cela, me fit sourire d’entendre cet enfant parler mariage ; je lui répondis en riant :

« Si je me trouve ici l’année où tu te marieras, je te promets d’assister à ta noce.

— Mais je me marie dans dix jours, » me répondit-il.

Je crus que ce jeune moutard me mystifiait, mais l’un des maîtres de la maison m’assura que réellement dans dix jours on célébrait son mariage.

Vrai, je n’en revenais pas.

« Quel âge as-tu donc?

— Je vais avoir quatorze ans, et ma future en a onze.

— Probablement, dis-je tout bas à mon voisin, ce mariage n’est qu’une espèce de fiançailles, et la petite fille restera encore un an ou deux avec sa mère. »

Le gamin, ou plutôt le futur nouveau marié, avait

entendu ma question et en avait saisi le sens. Il me dit d’un petit air malin ;

« Non, pas du tout, madame, croyez bien que je me marie pour tout de bon. »

Je n’en revenais pas. C’est ici que l’on peut dire qu’il n’y a plus d’enfants, car dans un an ce gamin pourra être un grave père de famille. En Europe, on dit de deux vieux mariés : Ils ont vieilli ensemble! Ici on peut dire qu’ils ont grandi ensemble.

Du reste, le Cophte maître du logis m’a assuré que ces mariages étaient très-fréquents chez eux, comme chez les Arabes; que l’on mariait une petite fille à huit ans, onze ans, quelquefois avec un jeune garçon plus âgé qu’elle, d’autres fois avec un homme de vingt-cinq ou trente ans.

.. Je trouve cela d’abord barbare pour ces pauvres petites filles, ensuite très-immoral!

En ce moment, un tapage infernal s’est fait entendre ; c’était la seconde mariée que l’on amenait ou .. que l’on apportait; un grand gaillard, son beau-frère, la portait dans ses bras; il l’a assise sur la chaise. La pauvre enfant! on voyait ses mains tremblantes cachées sous son voile.

La même cérémonie que l'on avait faite pour l’autre a recommencé pour celle-ci. Le marié était un garçon borgne, laid à faire peur, mais fort et vigoureux, de vingt à vingt-cinq ans.

Le mariage fini, on a repris au bras la fillette, madame à présent, et on l’a descendue dans la salle des

femmes. J’ai promis au futur de quatorze ans d’assister à sa noce, et j’ai suivi le maître du logis, qui m’a reconduite près des femmes.

« Les mariées vont-elles aller chez leurs maris? aije demandé.

— Non ! elles n’iront que dans sept jours ; seulement, à présent... » 11 se mit à m’expliquer crûment ce qui allait se passer... Voyant et mon embarras et mon étonnement : a Cela ne se passe donc pas ainsi en France, madame?... »

Je changeai de conversation ; heureusement, nous arrivions au salon. . . Toutes lesfemmes entouraient les mariées, qui étaient pâles, émues, et commençaient à pleurer; on les avait débarrassées de leurs voiles...

« Voulez-vous assister à l’opération ? » me demanda encore mon Cophte... Je répondis oui, comme j’aurais dit non ; j’étais stupéfaite , toutes les femmes riaient et parlaient à madame Roland. Je vis que, comme moi, elle aussi paraissait embarrassée.

« Que vous disent-elles, ces bonnes dames?

— Filles me donnent des détails d’un technique,

d’un cru très-inconvenant , et cela tout haut, comme vous le voyez, quoiqu’il y ait là ces trois messieurs », me répondit-elle à l’oreille.

Il y avait en effet là les deux maîtres de maison et un de leurs parents , plus ses enfants , futurs mariés... Un gamin de huit ans me posa une question plus que scholting... Je ne répondis pa-s, et me rapprochai de la jolie femme... Son mari était

là, elle se tenait timidement, les yeux baissas devant lui, ses petites mains croisées sur sa poitrine...

Est -ce ennuyeux d’être femme dans ce paysci!.. Et comme nous faisons bien, en Europe, de venger nos sœurs de l’Orient, d’avoir à se tenir à genoux devant leurs maris , en faisant mettre aux nôtres tous les hommes !...

La jeune femme et sa mère, qui était là aussi, firent signe aux esclaves de s’en aller... Les trois messieurs sortirent également et allèrent dans la cour, où une fantasia échevelée continuait. Chasnée était allée chanter et danser ; là tous les hommes étaient réunis. Bientôt il ne resta plus dans la salle qu’une dizaine de femmes... Le mari de la plus grande desdeux sœurs entra alors ; celle-ci , en le voyant , fit une grimace affreuse. Quatre femmes la prirent à peu près de force et l’entraînèrent dans une pièce à côté, où Mmc Roland et moi nous la suivîmes... Là, elles l’appuyèrent sur le divan, la tenant fortement, le mari prit à la main un mouchoir de fine toile... et fit l’opération; la malheureuse hurla de douleur. Rien n’égale la bru lalité de cette opération-là !...

Pourtant les femmes se mirent à pousser des cris de joie, le fameux mouchoir, teint de sang, circula • de main en main, et alla jusque dans la cour, où les hommes l’accueillirent avec des hourras !

Arriva alors le tour de la pauvre petite ; on l’apporta pâle comme une morte.

Son mari prit à son tour un mouchoir à la main ,

et essaya l’opération... La victime poussa deux cris de douleur, puis tomba évanouie... Le mari, ému, dit : aLaissons-la se remettre, on la fera plus tard. » Mais la mère se récria : « Il faut, dit-elle, que tout le monde voie que ma fille cadette, tout comme son aînée, était vierge... » Elle-même, elle prit le mouchoir, et fit l’opération... De nouveaux cris de joie retentirent... La pauvre enfant y mêlait le bruit de ses sanglots et de ses pleurs.

On a distribué encore du café, des pâtisseries... Ensuite, les hommes ont fait fantasia pour reconduire les mariés chez eux ; 'les femmes sont rentrées chez elles. On a mis au lit les deux victimes, en leur donnant les soins dont elles avaient grand besoin. Voilà une.journée qui manque complètement de charmes pour elles!...

Je vous ai décrit ce que j’ai vu de la fête; mais elle était déjà commencée la veille ; il y avait eu fête chez les jeunes filles... On les avait conduites en grande pompe aux bains... Ensuite, les femmes s’étaient réunies chez elles pour voir les costumes de noces, lescadeaux. Chez les maris, à peuprès même chose s’était passée!... Le soir, à cinq heures, on avait saigné le fameux mouton , on l’avait fait rôtir, et tout le monde invité et les parents en avaient mangé un morceau...

Les Cophtes ont, je l’ai déjà dit, conservé beaucoup des usages patriarcaux , et ils ont fait un amalgame des lois de Moïse et de l’Évangile... Ces chrétiens-là,

greffés sur des idolâtres , ayant vécu au milieu des juifs , des musulmans , ne sont ni tout à fait chrétiens, ni tout à fait juifs, ni tout à fait musulmans, mais ils sont un peu de tout, et de ce tout ils ont fait une espèce de religion qu’ils appellent christianisme... Chose digne de remarque, ils détestent peutêtre plus les vrais chrétiens, les enfants de l’Église de Rome, que les musulmans.

Leur nom de Cophte leur vient de la ville de Cophtos, située près de Thèbes, dans le Saïd, qui était la capitale de l’Égypte chrétienne.

Parmi les Cophtes, les uns, le plus petit nombre, sont encore jacobites ; les autres se sont alliés aux chrétiens grecs... Une partie d’entre eux ont embrassé l'islamisme.

Vivant très-retirés chez eux, sauvages de caractère, ils sont restés, comme je l’ai dit, attachés aux usages antiques. Les plus riches ont des maisons poudreuses et sales, quelques divans pour tout meuble... Les bijoux sont leur seul luxe...

Les dames cophtes s’habillent à peu près à la turque, et en sortant elles portent un voile et le habbarah noir, grand carré de soie qui les enveloppe entièrement. Ce n’est point une loi pour elles de se vôiler, car avec les Cophtes leurs coreligionnaires elles se montrent à visage découvert... Voici ce qui les a portées à adopter le voile :

Lorsque les Arabes ont fait la conquête de l’Égypte et qu’ils ont installé ici leurs harems, ne permet-

tant à leurs femmes de se montrer en public que le visage caché, les Cophtes se sont dit avec raison : Nous serions bien bêtes, nous, de leur montrer nos femmes, puisque eux nous cachent les leurs avec tant de soins .. De plus, les musulmans, peu civilisés encore à cette époque, habitués à ne voir que les filles de mauvaises mœurs aller sans voiles, insultaient toutes les femmes qui n’avaient pas un voile sur la figure... Ces deux motifs-là ont fait adopter aux dames cophtes l’usage du voile... Du reste, il y a vingt ans à peine, les dames européennes qui venaient ici étaient forcées de prendre le costume du pays, y compris le voile, pour pouvoir aller et venir sans être insultées.

Les dames qu'on appelle Levantines, c’est-à-dire celles nées en Égypte de parents européens, conservent encore le habbarah, et il y a quelques années elles aussi portaient un voile... ^

Comme pour les fellahs, les auteurs qui s’occupent de l’Égypte émettent des opinions matériellement opposées sur l’origine des Cophtes, et même, ce qui paraît incroyable, sur leur type...

Volney, lui, dit qu’ils descendent directement des anciens Égyptiens, faisant remarquer avec raison que seulement chez eux les usages antiques se sont conservés purement, ainsi que l’ancienne langue ..

Champollion n’est pas, lui, de cet avis; il a cru reconnaître les descendants des Pharaons dans les Nubiens... D’autres les retrouvent dans les fellahs,

disant que le fellah n’est point l’Arabe qui est venu conquérir l’Égypte, mais l’ancien peuple cultivateur, % celui qui avait toujours existé, qui est toujours resté attaché au sol, subissant toutes les dominations sans mêler son sang à celui des conquérants...

Denon trouve aux Cophtes une grande ressemblance avec les figures sculptées sur les monuments... Il a raison ; seulement, il devrait ajouter que sur ces monuments, si le type cophte s’y trouve, ceux des Nubiens et des fellahs s’y trouvent aussi, ce qui prouve que, dès les premiers siècles de l’existence de l’Égypte , des colonies de divers peuples étaient venues s’y établir, y ayant formé plusieurs classes suivant le genre de spécialité de chacun de ces peuples, et qu’ils avaient fait un gouvernement sage, des lois qui encore aujourd’hui nous paraîtraient dignes d’éloge , et qu’ils vivaient là en bonne intelligence, mais sans mêler leur sang entre eux. Ce qui le prouve, c’est que la loi attachait le fils à la classe de son père. Certains voyageurs ont trouvé aux Cophtes une grande ressemblance avec le nègre. Ceci par exemple est complètement inexact... D’abord, beaucoup d’entre eux ont la peau fort blanche; les autres l’ont bistrée, mais non noire; ensuite, ils n’ont point, comme 1 assurent des auteurs, le nez épaté et les lèvres épaisses. J’en ai vu beaucoup avec le nez grec et les lèvres fines...

Sonnini dit : « Les Cophtes sont les plus laids des hommeè et aussi les plus dégoûtants et les plus sales. »

Cette opinion me parait injuste. Il y a chez les femmes cophtes des types de beauté réelle : grands yeux noirs, teint blanc mat, nez droit, bouche charnue, mais non les lèvres épaisses comme celles des nègres.

Quant à celui qui a trouvé aux Cophtes les cheveux crépus et laineux, sans doute il n’a vu que les négresses qu’ils emploient en masse pour leur service, et il a pris les serviteurs pour les maîtres.

D’Avezac, lui, a trouvé dans le Cophte une origine chinoise, toujours d’après son type; on ne peut dire qu’une chose de cet auteur, c’est qu’il a beaucoup, mais beaucoup d’imagination.

Nous avons quitté cette maison à deux heures du matin. On nous a remerciées, puis remerciées encore, d’avoir bien voulu les honorer de notre présence.

Je me promets d’assister au mariage de ce gamin de quatorze ans avec sa petite fillette. Ce sera drôle à voir. Et ensuite j 'examinerai l’intérieur de celui que l’on appelle le plus riche Cophte du Caire. De là, m’a-t-on dit, on se rendra à l’.église, car ce sera l’évêque cophte qui les mariera.

Ce matin, à onze heures, je sortais à peine de ma chambre, fatiguée de ma soirée, le janissaire est venu.

« Eh bien! m’a-t-il dit, comment n’es-tu pas venue à la noce? Les maîtres de la maison m’ont demandé pourquoi tu n’y étais pas ?

— Comment! j’y sais restée jusqu’à deux heures du matin. »

Le brave homme me regarda d’un air ébahi.

« Mais tu n’y étais pas, me dit-il.

— Mais si, te dis-je.

— Mais je t’ai cherchée dans toutes les salles, et le maître de la maison est venu me demander dix fois au moins pourquoi tu n’étais pas venue? Si tu y avais été, il ne m’aurait pas fait cette question. »

Je trouvai sa logique assez bonne, et je commençai à penser qu’il pouvait bien y avoir deux noces ce jour-là, et que nous nous étions peut-être trompées de maison. L’hésitation de Menzoura me revenait à l’esprit.

« N’avait-on pas expliqué à mon domestique que la maison de ce Cophte était là tout près, sur l’Esbékyèh?

— Mais non, elle n’est pas sur l’Esbékyèh ; elle est derrière cette rue qui mène à Choubrah. »

vNous nous étions trompées de maison ; nous avions été chez des gens qui ne me connaissaient pas, à qui je n’étais nullement annoncée, et qui nous avaient reçues avec cette cordialité, cet empressement joyeux !

Que l’on nie ensuite l’hospitalité orientale!

Je protesterais énergiquement.

Comme j’avais exprimé le désir d’avoir du khôl à la jeune et jolie femme, tantôt son mari est venu m’en apporter une petite bouteille en argent.

« Ma femme m’a dit de vous apprendre à le met-

tre », m’a-t-il dit, et il s’est mis à me barbouiller les sourcils, les cils, le dessous des paupières, et de quelle façon, grand Dieu !

Après cela, il a voulu aller chercher un rasoir pour me raser les sourcils à la mode des femmes orientales, qui se les rasent, ce qui leur procure le plaisir de s’en dessiner un jour de droits et longs, un autre jour de fortement arqués, se rejoignant sur le nez.

Vous comprenez que je l’ai remercié, et l’ai assuré que je tenais à mes sourcils.

Mes yeux ainsi barbouillés de khôl, je me suis regardée à la glace ; j’étais tout bonnement affreuse. J’ai voulu alors me les laver; mais celte maudite poudre noircit si bien, que je n’ai pu parvenir à l’enlever. C’est navrant de songer que j’en ai pour au moins huit jours à être si ridiculement barbouillée !

Mon Gophte m’a invitée, au nom de sa femme, à aller chez lui, et m’a dit que sa femme me mènerait dans les principales maisons cophtes, que je pourrais ainsi connaître et voir leurs usages.

Je l’ai remercié, et j’ai le projet de profiter de cette invitation, car les Cophtes, assez sauvages, vivant entre eux, sont généralement peu connus.

Page 1