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LES FOSSILES

Nous avons vu les imperceptibles et infatigables ouvriers de l'Océan élevant du fond de ses abîmes des récifs qui peu à peu montent jusqu'à la surface, grandissent, émergent et forment au milieu du désert liquide des oasis couvertes de verdure. Nous avons vu les matériaux élaborés par les foraminifères tapisser le lit des mers sur des étendues et des épaisseurs telles, que Buckland a pu dire avec raison que les ossements des éléphants, des cétacés, des géants de la création, occupent dans l'enveloppe solide du globe une place incomparablement moindre que les dépouilles microscopiques des infusoires. L'œuvre de ces petits êtres est immense. Ils remplissent une double mission : la plus apparente, celle d'architectes, de terrassiers, n'est que secondaire ; la principale consiste dans l'incessante épuration des eaux de la mer. Là est vraiment leur raison d'être, leur brevet d'immortalité. Ils sont à la fois le point de départ et les agents conservateurs de la création océanienne.

M. Margollé remarque judicieusement que dans l'Océan primitif, dont ils furent les premiers habitants, aux époques des plus formidables révolutions géologiques, ils ont échappé constamment aux causes de destruction si fré-

quentes, si terribles alors, et qui ont anéanti tour à tour des espèces bien supérieures. 11 attribue cette indemnité à leur petitesse même, à leur grande vitalité, à leurs ingénieuses constructions, à leurs coquilles très-solides qui les protégeaient, enfin à leur nombre prodigieux. Il me paraît négliger justement la raison supérieure à laquelle ils ont dû ces moyens de défendre leur vie, de perpétuer leurs espèces. Cette raison, c'est qu'ils étaient dès le principe et qu'ils sont restés nécessaires au développement et à l'entretien des animaux d'ordres plus élevés, d'organisations plus parfaites, au profit desquels s'accomplit leur continuel travail; c'est qu'ils sont indispensables aussi, comme on Ta vu plus haut, à la circulation océanique. Ils ont donc vu paraître et disparaître successivement d'innombrables générations d'êtres de toute forme et de toute grandeur ; eux seuls sont demeurés et n'ont subi que des modifications secondaires ; leur organisation extrêmement simple a pu s'accommoder des conditions diverses de température et de composition chimique, auxquelles ils ont été soumis. Aujourd'hui encore on ne les rencontre guère en moins grande abondance dans les mers glacées des pôles que dans les parages brûlants de l'équateur et des tropiques. Ils ont suivi sans difficulté les déplacements des eaux qui ont noyé des populations entières d'animaux et de végétaux terrestres, et laissé périr sur le lit desséché des anciennes mers des myriades d'animaux marins. Et telle est leur fécondité, telle est leur insensibilité ou, si l'on aime mieux, leur résistance inerte aux influences extérieures, qu'ils se fussent multipliés au delà de toute mesure si des légions d'animaux voraces n'étaient venues mettre un frein à leurs envahissements.

C'est ainsi que dans la nature entière, les différentes espèces servent à la fois à se conserver et à se limiter réciproquement; que l'équilibre se maintient, et que les êtres vivants se détruisant et se reproduisant à chaque instant, la quantité de vie sur le globe reste toujours sensiblement la même. Cette loi fondamentale n'est nulle part plus manifeste que dans le formidable tourbillon du monde marin. L'esprit profondément religieux du commandant Maury a vivement senti l'austère beauté de cet ordre inaltérable qui résulte précisément d'une cause propre, en apparence, à produire un effet entièrement contraire ; je veux dire de la lutte qui se livre sans cesse et partout entre la vie et la mort.

• « Quand on contemple, dit- il, les œuvres de la nature, on est nécessairement frappé de l'admirable système de compensation qui y a présidé , et de l'exactitude avec laquelle tout y est balancé. Mille agents divers accomplissent des fonctions distinctes et nettement tranchées, et pourtant l'équilibre de tous ces éléments est si parfait, que la plus entière harmonie règne dans l'ensemble. »

Il faut rapporter à la même loi d'équilibre le caractère méthodique et progressif de l'œuvre cosmogonique, caractère sur lequel j'ai insisté en parlant des révolutions de l'Océan, et en vertu duquel l'apparition de chaque série de créatures a dû être précédée et préparée par celle d'une série d'ordre inférieur, c'est-à-dire plus simple; — si tant est que la simplicité d'organisation constitue réellement une infériorité. Les couches superposées des roches et des terrains qui constituent l'écorce du globe sont les feuillets où la science a pu lire, ainsi que dans un livre ouvert, l'histoire des créations successives qui ont précédé celle

LES MTSTÈRES DE LOCEAN

dont l'homme a été le couronnement. C'est de là que je vais extraire, pour les mettre sous les yeux du lecteur, les types les plus remarquables de l'antique faune océanienne.

1 Ammonite Rhotomagensis. 3 Ammonite gi gant eu s.

2 Ammonite Gulielmi. i Ammonite vertebralis.

Les premiers animaux qui prirent naissance, après les infusoires et les zoophytes microscopiques, dans les eaux encore épaisses et tièdes des mers primitives, furent, dans la classe des zoophytes, des radiaires ou rayonnes de la famille des échinodermes : astéries et oursins, dont les or-

ganes plus nombreux présentent une disposition symétrique qu'on ne trouve pas dans les infusoires; encrinites ou lis de mer, pentacriniteset apiocrinites. « Ces beaux zoophytes, qui ressemblaient à des fleurs, dit M. Margollé, recouvraient le fond de la mer où ils étaient fixés, s'élevant,

Ammonite catena.

comme une forêt sous-marine, à une hauteur de plusieurs mètres. Les diverses parties solides de leur corps avaient déjà quelque analogie avec celles qui constituent le squelette des animaux supérieurs, et formaient ainsi, autour d'une tige ou colonne vertébrale, une charpente très-compliquée destinée à protéger les organes et à donner un point d'appui au système musculaire. Les osselets pétrifiés de cette famille remplissent de nombreuses couches calcaires ,

où se trouvent surtout des débris de pentacrinites et d'encrinites-lis. »

Viennent ensuite des bryozoaires, des molluscoïdes , puis des mollusques proprement dits, tous protégés par de fortes coquilles. Ceux-ci sont des branchiopodes, des ptéropodes, principalement des céphalopodes. Parmi eux il faut citer principalement les ammonites et les nautiles. Le

Ammonite serratus.

premier de ces deux genres est entièrement fossile. Il comprend les coquillages généralement connus sous les noms de cornes d'Ammon, à cause de leur ressemblance grossière avec les cornes d'un bélier. Leur forme est en effet celle d'une spirale enroulée sur elle-même et comprimée sur les côtés. Leur cavité est partagée en une multitude de compartiments, par des cloisons qui semblent avoir eu pour

objet d'augmenter leur résistance à l'énorme pression de l'eau, en même temps que les cellules, en se remplissant d'air, permettaient à l'animal de remonter et de flotter à la surface. Cette disposition se retrouve également clans les nautiles, ce qui fait supposer que les animaux qui habitaient ces sortes de navires submersibles à volonté devaient avoir avec ces derniers la plus grande analogie.

Ammonite armatus

Les ammonites se trouvent presque partout dans les terrains oolithiques et crétacés; elles abondent surtout dans les premiers, depuis le lias jusqu'aux couches les plus superficielles. On en connaît un assez grand nombre d'espèces, dont plusieurs sont de grandes dimensions et atteignent un diamètre de 34 à 36 centimètres.

Quant aux nautiles, tant fossiles que contemporains, il ne faut pas les confondre avec les argonautes, dont il existe encore trois espèces voisines sans doute, mais distinctes du genre nautile, et dont nous parlerons an chapitre suivant.

1 Nautilus giganteus "1 Nautilus undulatus. 3 Nautilus regalis.

A des époques moins anciennes apparaissent successivement bien d'autres espèces de mollusques testacés, dont les coquilles se voient dans le grand dépôt conchylien de la

période triasique, et dans les calcaires plus compactes de la période jurassique. Ici des gryphées, des avicules, et une huître énorme, la lima gigantea, sont associées à quelques espèces d'ammonites différentes de celles des époques antérieures.

1 ïrilobite (Harpides). 2 ïrilobite (Calyménides).

Le plus ancien des crustacés est le robuste trilobite, contemporain des mollusques branchiopodes et ptéropodes du terrain silurien. Les trilobites, dont les débris ont été regardés longtemps comme devant se rapporter à des coquilles à trois lobes (d'où leur nom), étaient répandus jadis dans les contrées les plus éloignées, car on en a découvert des restes dans les diverses parties de l'Europe, dans le sud de l'Afrique et dans les deux Amériques. On en connaît aujourd'hui plus de deux cents espèces. C'étaient des animaux trapus, à grosse tête ovale en forme de bon-

clier, sans antennes; leur thorax, composé d'an nombre variable d'anneaux, était divisé en trois régions par deux sillons longitudinaux ; leur abdomen n'était pas bien distinct du thorax. On n'a vu sur leur dépouille aucune trace de pattes; mais plusieurs d'entre eux avaient la faculté de se replier en boule, comme font nos cloportes. Ils possédaient en outre un appareil visuel très-développé , qui nous apprend, comme le remarque M. E. Margollé, que les mers

1 Trilobite (Lichasides). 2 Trilobite (Paradoxides).

au sein desquelles ils vivaient avaient acquis assez de limpidité et de transparemce pour donner accès, jusqu'à une assez grande profondeur, aux rayons du soleil.

Les poissons commencent à se montrera partir de l'étage silurien supérieur. Les premiers en date sont le pteraspis

et le pterichthys, dont les dures nageoires semblent à la fois destinées à la défense et à la locomotion ; le cephalaspis de Lyell , et les acanthodes aux nageoires presque microscopiques et aux dents inégales. A ces premiers représentants de la classe des poissons ont succédé une multitude d'espèces. M. Agassiz n'en compte pas moins de vingt-cinq mille, toutes disparues. Ces espèces, en

1 Pteraspis truncatus. 2 Pteraspis Banksii. 3 (ianoïde poisson.

général, diffèrent peu, quant aux caractères essentiels, des poissons d'aujourd'hui. On en cite une, cependant, celle des ganoïdiens, — propre à l'époque représentée dans la série géologique par le terrain penéen ou permien, — qui avait encore, comme les crustacés, le corps enfermé dans une carapace, ou couvert d'une cuirasse d'écaillés

osseuses propres à garantir l'animal contre les chocs des débris entraînés par les mouvements tumultueux de la mer. Mais on sait que certains poissons contemporains, les requins, sont aussi revêtus d'une épaisse et dure cuirasse qui ne craint d'autres armes que celles de l'homme.

I Pterichthys Millerii. '2 Coccosteus decipiens

Jusqu'à présent donc on n'observe, entre les habitants primitifs de l'Océan et ceux qui y vivent depuis la création de l'homme, que des différences secondaires. La famille même des squales est représentée dans le terrain houillier par des individus dont les dents formidables et la

puissante ossature rappellent nos plus grands reptiles. Leurs dents paraissent plutôt destinées à broyer des coquillages ou des crustacés qu'à couper une proie charnue, qui vraisemblablement n'existait pas encore.

Cephalaspis Lyellii.

On trouve aussi dans le lias des ossements d'un requin, l'hybodus, que M. Agassiz a reconnu à ses dents acérées et à ses fortes épines osseuses.

Mais nous voici arrivés à un groupe d'animaux dont on chercherait vainement les analogues dans l'époque actuelle.

Les premiers sauriens (du grec wvpoç, lézard) avaient fait leur apparition dans le terrain houillier en même temps que les crustacés suceurs ou xiphosures, et les grands scorpions qui commencent à cette époque la classe des insectes. Dans la période du calcaire conchylien, les sauriens acquièrent des dimensions gigantesques. On voit

Diplacanthus striatus.

apparaître alors le palœosaurus, le thecodontosaurus et plusieurs espèces de nothosaums. Enfin c'est dans ce lias qu'on trouve les ossements de ces êtres étranges, moitié poissons, moitié crocodiles, dont la présence dénote la fin du règne exclusif de Neptune, et dont les dimensions colossales montrent quelle était alors la puissance de dé veloppement du règne animal. Les plus extraordinaires de ces monstres amphibies qui infestaient les mers et les

côtes sont sans contredit Yichthyosaurus et le plesiosaurus. Georges Cuvier, guidé par ces lois admirables de corrélation des organes dont la découverte est la gloire de Tanatomie comparée, a donné une description complète de ces êtres bizarres, « ceux de tous les animaux fossiles qui

Ichthyosaums chiroligostinus.

ressemblent le moins à ce que Ton connaît, et qui sont le plus faits pour surprendre le naturaliste par des combinaisons de structure qui, sans aucun doute, paraîtraient incroyables à quiconque ne serait pas à portée de les observer lui-même.

(( Dans le premier genre, continue Cuvier, un museau de dauphin, des dents de crocodile, une tête et un sternum de lézard , des pattes de cétacé, mais au nombre de quatre; enfin des vertèbres de poisson.

1 Plesiosaurus dolirhodeirus. 2 Squelette du plésiosaure.

a Dans le second, avec ces mêmes pattes de cétacé, une tête de lézard et un long cou semblable au corps d'un serpent : voilà ce que le plesiosaurus et l'ichthyosauras sont venus nous offrir, après avoir été ensevelis pendant tant de milliers d'années sous d'énormes amas de pierres et de

marbres : car c'est aux anciennes couches secondaires qu'ils appartiennent. On n'en trouve que dans ces bancs de pierre marneuse ou de marbre grisâtre remplis de pyrites et d'ammonites, ou dans les oolithes, tous terrains du même ordre que notre chaîne du Jura. C'est en Angleterre surtout que leurs débris paraissent abondants; aussi est-ce au

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Plesiosaurus raacrocephàlus.

zèle des naturalistes anglais que la connaissance en est due. Ils n'ont rien épargné pour en recueillir beaucoup de débris, et pour en reconstituer l'ensemble autant que l'étal de ces débris le permet. »

Le célèbre paléontologiste anglais R. Owen a réuni dans une famille, celle des énaliosauriens ', les nombreux

1 Du grec èv, dans, &Xoç, mer, et ffavpoç, lézard : lézards vivant dans la mec.

représentants des genres iclithyosaurus , plesiosaurus et pliosaurus. Le premier renfermait plusieurs espèces, dont quelques-unes de taille gigantesque. On a trouve des restes fort bien conservés d'individus mesurant jusqu'à dix mètres, dont deux pour la tête seule. Chez les plesiosaurus, au contraire, la tête était petite; le cou n'avait pas moins de trente vertèbres; le corps et la queue étaient pins gros, et les nageoires plus allongées que dans le genre précédent. Les pliosaurus se rapprochent beaucoup des plesiosaurus; ils s'en distinguent toutefois par une tête plus forte et par un cou plus court. C'étaient des animaux de grande (aille; leurs membres ressemblaient à ceux des plesiosaui'us. On a découvert leurs ossements en Angleterre, dans l'argile de Kimmeridge et d'Oxford.

On suppose que ces monstrueux amphibies remplissaient à l'époque jurassique la fonction actuellement dévolue aux cétacés : celle d'arrêter dans l'Océan l'excessive multiplication des mollusques et des poissons. Les iclithyosaurus étaient particulièrement doués pour cette œuvre de destruction. Leurs yeux étaient d'une grosseur extraordinaire; leur puissance de vision leur permettait à la fois de découvrir leur proie aux plus 'grandes distances, et de la poursuivre pendant la nuit ou dans les obscures profondeurs de la mer. On a vu des crânes d' iclithyosaurus dont les cavités orbitaires avaient un diamètre de 35 à 36 centimètres. Dans la plus grande espèce, les mâchoires, armées de dents aiguës, ont une ouverture de près de deux mètres. La voracité de ces animaux les exposait assez fréquemment à perdre leurs dents; mais ces dents, comme celles des crocodiles, ne tardaient pas à être remplacées. Leur appareil digestif était proportionné à la dimension de leur gueule.

L'estomac occupait la plus grande partie du corps, et pouvait recevoir les proies que richthyosaurus engloutissait la plupart du temps sans les mâcher. En outre, la structure particulière de ses organes respiratoires permettait à l'animal d'y emmagasiner une grande quantité d'air et de rester très-longtemps sous l'eau. Ses pieds palmés, semblables aux vigoureuses nageoires de la baleine, faisaient de lui un excellent nageur; mais il est probable que, jeté à la côte, il pouvait à peine ramper sur le sable ou sur les rochers. La voracité des ichthyosaurus ne respectait pas même leur propre espèce : on a reconnu des os de jeunes individus parmi les débris de toute espèce d'animaux, à demi digérés, qui se trouvent à l'intérieur du squelette des grands adultes.

Quant au plesiosaurus, les petites dimensions de sa tête et son col mince et allongé supposent chez lui des appétits analogues à ceux de nos grands serpents. Il est, du reste, comme richthyosaurus, remarquable parle volume relativement énorme de ses yeux. Les proportions de leur tronc et de leur queue étaient à peu près celles des quadrupèdes ordinaires; mais par la structure de leurs côtes, ils rappellent les caméléons. « Il est probable, dit M. E. Margollé, que cet étrange animal, qui ne pouvait, à cause de la longueur de son cou, se mouvoir rapidement à travers les flots, nageait à leur surface ou se tenait près du rivage dans des eaux peu profondes où, caché au milieu des algues, il pouvait à la fois guetter sa proie et se soustraire à la vue des ichthyosaures, ses plus redoutables ennemis. »

Auprès de la famille des énaliosauriens se placent celles des mosasauriens et des dinosauriens. La première emprunte son nom à la Meuse {Mosa), parce que les restes

des animaux qu'elle comprend ont été découverts sur les bords de cette rivière, dans la craie de Maèstricht. On n'en connaît qu'un seul genre et quelques groupes, dont l'histoire est incomplète.

« Les fameuses carrières de tuffau de la montagne de

Mosasa,urus (tête).

Saint-Pierre, près de Maèstricht, dit Cuvier, ont donné, à côté de très- grandes tortues de mer et d'une infinité de coquilles et de zoophytes marins, un genre de lézards non moins gigantesques que le megalosaurus (dont nous allons parler ci-après), et qui est devenu célèbre par les recherches de Camper et par les figures que Faujas a données de ses os, dans son histoire de cette montagne. ,

« Il était long de vingt -cinq pieds et plus; ses grandes

mâchoires étaient armées de dents très-fortes, coniques, un peu arquées et relevées d'une arête, et il portait aussi quelques-unes de ces dents dans le palais. On comptait plus de cent trente vertèbres dans son épine, convexes en avant, concaves en arrière. Sa queue était haute et plate, et formait une large rame verticale. M. Conybeare a proposé de l'appeler mosasaurus. » Ce nom a été adopté par les naturalistes préférablement à celui beaucoup trop vague d'an?mal de Maastricht, donné à cet animal fossile par Faujas de Saint-Fond, qui l'avait pris pour un'crocodile.

La famille des dinosauriens (rWc, en grec, signifie formidable, énorme) est un groupe de reptiles gigantesques découverts en Angleterre par Buckland et Mantell. Cette famille renferme trois genres. Le plus remarquable est le mégalosaure de Buckland, sorte de crocodile marin qui, avec la forme des lézards et particulièrement des monitors (crocodiles du Nil), dont il avait les dents aiguës et dentelées, atteignait une taille si énorme qu'en lui supposant, dit Cuvier, les proportions des monitors, il devait dépasser vingt-trois mètres de longueur. C'étail un lézard grand comme une baleine. Cependant Owen ne lui accorde que dix mètres. A la même famille appartient Y iguanodon, découvert par Mantell. Mais la forme des dents de cet animal, dont la taille devait être d'environ neuf mètres, indique qu'il se nourrissait de végétaux. M. Owen pense qu'il était plus élevé sur ses jambes qu'aucun reptile connu.

Mais voici sans contredit le plus bizarre de tous ces anciens habitants de l'Océan. C'est un animal qui tenait à la fois du reptile, de la chauve-souris et de l'oiseau. On l'a nommé ptérodactyle , parce que le cinquième doigt de ses membres antérieurs s'allongeait prodigieusement en une

tige formée de quatre phalanges, et destinée évidemment à soutenir une membrane formant une aile aussi puissante que celle des grandes roussettes. Le museau s'allongeait aussi en une sorte de bec armé de dents semblables à celles des reptiles. « Il est probable, dit Buckland, que les ptérodactyles possédaient la facilité de nager, comme la

Pterodactylus crassirostiis.

chauve-souris vampire , et que les plus grandes espèces se nourrissaient de poissons sur lesquels ils se précipitaient à la manière des oiseaux de mer. Leur tête était très- forte et très-développée ; leurs yeux énormes ont porté Cuvier à conclure que c'étaient des animaux nocturnes. Les membres antérieurs, convertis en ailes, portaient des doigts allongés, armés de griffes. Le volume et la forme des pieds

prouvent que ces animaux pouvaient se tenir debout avec fermeté, les ailes pliées, et possédaient ainsi une progression analogue à celle des oiseaux; comme eux aussi ils ont pu se percher sur les arbres en même temps qu'ils avaient la faculté de grimper le long des rochers et des falaises, en s'aidant des pieds et des mains, comme le font aujourd'hui les chauves-souris et les lézards. »

« Ce qui frappe surtout dans ce singulier animal , dit M. le docteur Hœfer, c'est l'assemblage bizarre d'ailes vigoureuses attachées au corps d'un reptile; l'imagination des poètes en a seule fait jusqu'ici de semblables. De là la description de ces dragons que la Fable nous représente comme ayant, à l'origine des choses, disputé la possession de la terre à l'espèce humaine, et dont la destruction était un des attributs des héros fabuleux , des dieux et des demidieux.

a Aujourd'hui un seul replile est pourvu d'ailes; c'est le lézard-dragon de Java; mais ces dragons modernes, de très-petite taille, ne sauraient être comparés au ptérodactyle de l'ancien monde : leurs ailes, trop faibles pour frapper l'air et les faire voler à la manière des oiseaux, ne servent qu'à les soutenir comme un parachute lorsqu'ils sautent de branche en branche. »

Il ne faudrait pas croire, du reste, que les ptérodactyles approchassent des dimensions colossales des autres reptiles marins qui viennent d'être décrits. C'étaient, au contraire, des animaux de petite taille; leur envergure, dans les plus grandes espèces, ne dépassait pas 35 centimètres. D'après M. le docteur Chenu , le ptérodactyle à long bec (pterodactylus longirostris d'Owen) présentait les dimensions suivantes : longueur de la tête, 104 millimètres; longueur du

cou, 80 millimètres; longueur du tronc, 08 millimètres; longueur de la queue, 18 millimètres : ce qui donne une longueur totale d'environ 26 centimètres.

A mesure que l'ère des révolutions géologiques approche de son terme, que les continents se forment et se dessinent, que les mers se circonscrivent dans leurs bassins définitifs, que la température générale du globe s'abaisse et que les climats se distribuent suivant des lois plus constantes , la faune terrestre et la faune marine s'enrichissent d'espèces nouvelles, de plus en plus semblables à celles que nous connaissons, et qui remplacent peu à peu celles des âges primitifs, victimes, soit des bouleversements et des cataclysmes dont nous avons indiqué la succession dans l'histoire de l'Océan, soit même de leur propre voracité. C'est ainsi que les reptiles monstrueux qui longtemps avaient infesté les mers et leurs rivages , ne retrouvant plus de nourriture suffisante, ont dû s'anéantir en dévorant, comme les ichthyosaures, des individus de leur propre espèce, el faire place à des générations d'animaux supérieurs, tels que les mammifères marins : lamantins, baleines et dauphins. Ceux-ci font leur apparition dans la période dite éocène, et continuent de se développer dans les périodes suivantes : miocène et pliocène. Cette dernière a précédé immédiatement l'époque quaternaire, qui touche à l'âge actuel.

Les cétacés fossiles sont encore assez mal connus. On sail cependant que les baleines des anciennes mers différaient sensiblement des espèces contemporaines. Leur forme était plus élancée, et la structure de leurs mâchoires, ainsi que la forme et la puissance de leurs dents, prouvent qu'elles ne se contentaient pas, pour leur nourriture, de petits animaux, mais qu'elles dévoraient aussi de plus

grosses proies , et qu'elles participèrent à leur tour au rôle destructeur que leurs prédécesseurs, les énaliosauriens , avaient rempli avec une si effrayante activité. Leurs ossements sont associés, dans les couches supérieures des terrains tertiaires, à ceux de diverses espèces de dauphins et de narvals, et même à quelques débris plus rares de lamantins et de phoques.

Ces animaux mammifères marquent le terme le plus élevé de la création océanienne, qui s'est arrêtée là, après avoir suivi à travers les âges et les révolutions du globe sa marche progressive, son système de compensations constantes, de transformation et de renouvellement des êtres, et fait passer la vie animale par une étonnante série de formes et d'organismes ayant tous leur raison d'être à un moment donné, et disparaissant après avoir accompli la tâche qui leur était assignée. La création terrestre avait traversé parallèlement des phases semblables. Là aussi se retrouve la série progressive qui débute par des êtres élémentaires, pour s'élever graduellement à des êtres supérieurs chez lesquels les admirables fonctions de la vie vont toujours se perfectionnant , se régularisant, et, faut-il le dire? — se simplifiant en raison même de la complication des organes ; — chez lesquels aussi, à cette perfection croissante du mécanisme physiologique, correspondent la beauté des formes et des couleurs, le développement des sens et des instincts, — jusqu'à ce que l'homme, chef-d'œuvre de la création, vienne régner sur l'empire si longuement préparé pour le recevoir. Mais l'étude de ce vaste sujet ne saurait entrer dans le plan de cet ouvrage, où il ne nous est possible, hélas! de contempler qu'une faible partie des merveilles du monde marin.

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