‹ Les mystères de l'océanChapitre 30 sur 40 · LES POISSONS · texte numérisé non relu

LES POISSONS

La conclusion de l'histoire du grand serpent de mer suffirait à prouver une fois de plus que, comme Ta dit un célèbre écrivain du siècle dernier, « il y a toujours quelque chose de vrai dans un mensonge, » et qu'au fond de toute erreur on trouve, en cherchant bien, une réalité. Nous devons ajouter, pour la justification de ceux qui ont cru au grand serpent de mer, que si l'Océan ne nourrit aucun être ayant exactement la forme et approchant des dimensions de celui de la légende , on y rencontre bien réellement des animaux que leur corps très-allongé et leurs allures tortueuses font ressembler beaucoup aux serpents de terre. Mais ces animaux sont des poissons, c'est-à-dire des animaux organisés pour la vie aquatique, pourvus de nageoires, et chez lesquels les poumons sont remplacés par des branchies, qui leur permettent d'absorber l'air dissous dans l'eau, mais ne leur permettent pas de respirer directement l'air atmosphérique. Ces poissons serpentiformes , le vulgaire les confond tous sous la dénomination d'anguilles1. Les naturalistes les distinguent en plusieurs genres dont un, — le genre ophisure, — est surtout remarquable par sa ressemblance avec les serpents de terre : ressem-

1 Du latin anguis, serpent.

blance si frappante, qu'une espèce de ce genre a reçu le nom mérité de serpent de mer. Il existe donc un serpent de mer. Seulement il n'atteint jamais une longueur de plus de deux mètres, ce qui n'approche guère, comme on le voit,

Le Serpent de mer (opjhisure).

des dimensions attribuées à l'être fantastique dont il a été question au chapitre précédent. Sa grosseur est à peu près celle du bras d'un homme; son museau est grêle et pointu, son corps brun en dessus, d'un blanc argenté en dessous. Il habite la Méditerranée.

C'est aussi dans la Méditerranée que vit une autre espèce d'anguille : la murène (murœna helena) , si estimée des Romains, qui élevaient, dans des viviers construits à grands frais au bord de la mer, un si grand nombre de ces poissons, que, pour fêter un de ses triomphes, Jules César en

1 La Murène. 2 La Lamproie.

fit distribuer six mille à ses officiers et à ses amis. Afin de donner à leurs murènes l'embonpoint qui devait rendre leur chair plus succulente, on ne refusait rien à ces poissons voraces et carnassiers, et quelques personnages allaient jusqu'à faire jeter vivants dans les piscines ceux de leurs esclaves qui avaient commis quelque faute. Un certain Vedius Pollio s'est acquis, par ces actes de gourmandise féroce, une horrible célébrité. /

Les anciens associaient aux murènes, dans leurs prédilections gastronomiques, la lamproie, qui s'en rapproche par son corps anguiforme et par ses appétits sanguinaires. Les lamproies sont des poissons suceurs, que leur organisation imparfaite a fait placer au dernier rang des vertébrés. Leur bouche n'est qu'une sorte de ventouse circulaire, armée de dents fortes, aiguës et nombreuses, et à l'aide de laquelle elles s'attachent au corps des plus gros poissons pour ronger leur chair et sucer leur sang. La taille des lamproies ne dépasse pas un mètre; elles ont, selon l'expression vulgaire, « la vie très- dure, » et guérissent aisément des blessures les plus graves. Ces animaux se rattachent , par la consistance molle de leur squelette trèssimple et très-peu développé , à la classe des poissons cartilagineux (chondroptérygiens), classe peu nombreuse, mais qui, en revanche, renferme les espèces les plus grandes, les plus redoutables par leur force et leur voracité.

Le premier rang, sous ce double rapport, appartient sans contredit à la tribu des squales, et parmi eux au terrible requin (sqiialus carcharias de Linné), dont le vrai nom, de sinistre augure, est requiem. Cela signifie que lorsqu'un homme tombe à la mer en présence du lugubre animal , on peut dire pour lui les prières des morts. Le corps du requin est allongé par rapport à son diamètre. Sa tête, large et aplatie, se termine en avant par un museau, au-dessous et en arrière duquel s'ouvre la formidable gueule du monstre, avec son arsenal de dents aiguës, triangulaires et dentelées, disposées sur cinq et six rangs autour de chaque mâchoire; à trente par rangée, cela fait un total de près de quatre cents dents. Ajoutez à cela l'énorme ouverture de ses mâchoires, — d'un à quatre mètres de diamètre, — et vous

comprendrez la légitime terreur qu'inspire aux marins ce crocodile de la mer, l'animal le plus glouton et le mieux armé que Ton connaisse. Notez aussi que les dents du requin ne sont pas enchâssées dans un os comme celles des quadrupèdes, mais dans des cellules cartilagineuses, ce qui leur

Le Requin.

donne la facilité de se replier en arrière et de se relever suivant le besoin. Ordinairement, le premier et le second rang sont seuls relevés; mais, lorsque l'animal veut saisir une victime d'une grande vigueur, toutes les dents se meuvent à la fois ou successivement , et multiplient les blessures ou les points d'arrêt. Aussi couper un homme en

deux, ce n'est, pour un requin de taille moyenne, que l'affaire d'un coup de mâchoires. On conçoit, d'après cela, que dans les mers fréquentées par ces effroyables animaux, il ne soit pas possible de se baigner.

Souvent , dans la mer des A ntilles , les nègres qui montent une embarcation cessent de ramer, et d'un air significatif montrent au voyageur un requin qui nage à l'arrière, et semble attendre un faux coup de barre, une imprudence qui fasse chavirer le canot. Souvent aussi dans les nuits de bourrasques, quand le vent et la mer font crier les ais du navire, le requin apparaît au milieu des vagues; les marins le reconnaissent à l'éclat phosphorique dont il brille, et savent qu'il est là pour eux. En tout temps il suit les navires avec une infatigable patience, prêta engloutir tout ce qui tombe à la mer : immondices, cadavres ou êtres vivants. Il nage très-vite quand il veut ; toutefois, il n'aime pas, en général, à se presser, et abandonne au bout d'un certain temps les navires bons marcheurs, voiliers ou steamers.

Le requin se rencontre dans tous les parages; mais il hante surtout les mers tropicales, dont il est le fléau. Il ne craint que deux ennemis : le gigantesque cachalot (physeter macrocephalus) , qui lui fait une guerre meurtrière, — et l'homme.

Le plaisir d'une lutte pénible et même dangereuse, la satisfaction de détruire un destructeur, suffiraient pour animer les équipages à la pêche du requin; mais on tire, en outre, de cet animal des produits utiles : sa peau épaisse, dure, susceptible d'un beau poli , est employée dans la gaînerie. Son foie contient une huile identique par ses propriétés à l'huile de foie de morue, et susceptible d'être

appliquée au chamoisage des peaux. Sa chair est coriace, mais mangeable à la rigueur. J'emprunte à un témoin oculaire le récit de la capture d'un de ces animaux.

« Un requin de grande taille, qui sans doute a une dizaine de mètres de long (il n'est pas rare d'en trouver de cette force), s'est aventuré près du navire. On n'avait rien à faire (le navire était en calme), et l'équipage a su gré au requin de la distraction qu'il venait apporter. Par précaution, et pour l'occuper,, on lui a jeté une paire de vieilles bottes, qu'il a consciencieusement avalées. Il n'était cependant pas nécessaire de l'allécher; car tant que le calme durera, et même tant que la vitesse du navire ne dépassera pas trois à quatre milles à l'heure, le requin ne bougera pas des eaux de la maison flottante , d'où il s'attend toujours à voir tomber quelque régal.

« Pendant qu'il s'amuse à plonger sous l'arrière du bâtiment, tout le monde est en agitation sur le pont. On dispose les engins", et l'on se prépare à la lutte. Un énorme hameçon est fixé par un bout de chaîne en fer à l'extrémité d'une longue et forte corde, d'un filin, comme disent les matelots. L'appât est un gros morceau de lard, comme celui qui trempait dans la mer pour le dîner de l'équipage, et que le requin a déjà englouti.

« Tout est prêt. Le harpon, bien graissé, est dans la main du capitaine ; les nœuds coulants de filin glissent parfaitement, et sont déposés à portée de la main. Tout le monde est sur le pont de la dunette. Un matelot jette l'hameçon à la mer, et la pêche commence.

u Le requin cesse alors de plonger et de tourner autour du navire; il flaire l'appât, et nage paresseusement vers le morceau de lard qui flotte. Il a appris depuis longtemps

qu'une si petite proie ne saurait lui échapper. Aussitôt qu'il peut toucher l'engin du bout de son museau, il se tourne vers le côté, ouvre la gueule et l'avale. Mais à ce moment une violente secousse imprimée au filin fait pénétrer l'hameçon dans une mâchoire; dix mains se cram-

Pêche au requin.

ponnent à la ligne et la roidissent, pendant que le requin se débat en faisant voltiger l'écume de l'eau. Il arrive quelquefois que l'hameçon se brise; on recommence alors. Le requin, la gueule toute déchirée, se jette avec la même avidité sur le second appât.

« Aussitôt qu'on voit l'hameçon fixé, on tire l'animal le long du bord. L'homme placé au poste d'honneur, ordinairement le capitaine, lui lance un vigoureux coup de harpon dans le corps. Il faut que le fer pénètre assez avant dans les chairs pour que la partie mobile se mette en croix avec l'axe de la lance. On a alors deux points d'attache, et l'on soulève le requin hors de l'eau au moyen de la ligne de l'hameçon et de la corde du harpon, sur lesquels on tire en même temps. L'animal , une fois sorti de la mer, perd une partie de sa force : ses nageoires et sa queue n'ont plus de point d'appui. Rien n'est plus facile, quand il est sur les flancs du navire, que de lui passer un nœud coulant à la queue. Toutes les cordes qui le tiennent sont vivement passées dans des poulies fixées aux vergues, et le requin fait son entrée sur la dunette par-dessus le bord.

« Le prisonnier est capturé. Son supplice ne sera pas long. 11 se débat en vain , et donne des coups de queue à défoncer le plancher. Un matelot lui enfonce une barre d'anspec dans la gueule, pour le maintenir droit, pendant qu'un autre lui coupe la queue à coups de hache. Dans cet état, il ne pourra plus nuire; mais un coup de queue tuerait un homme, ou lui casserait infailliblement la cuisse. Quand le monstre est sans défense, on lui ouvre le ventre et on lui retire le cœur, puis on le jette encore tout palpitant par-dessus le bord. Quelquefois on prélève un morceau du ventre pour le manger; quelquefois on le dépouille pour sécher la peau , ou pour conserver l'épine dorsale , dont on fait une jolie canne. Il est probable que maintenant on utilisera les foies, qui sont très-riches en huile iodée *. »

i Musée des Sciences, t. IV (4e année), art. de M. L. Platt.

Le requin a un satellite, un compagnon, qui partout le suit. C'est un petit poisson que les marins appellent son pilote, et sur lequel ils ont imaginé bien des contes. La vérité est que ce poisson suit le requin pour manger ses excréments. On trouve aussi fréquemment sur le requin un autre petit poisson à ventre aplati , qui d'ailleurs s'at-

Le Grand Pèlerin.

tache aussi à la carène des navires, et dont les mœurs sont peu connues.

Un autre squale , le grand prier in, égale et surpasse même le requin par ses dimensions; mais il est loin d'être aussi redoutable, et c'est bien injustement qu'on l'a représenté

comme un des persécuteurs acharnés de la baleine. Quoique carnassier comme tous les squales, il ne se jette pas aveuglément sur tout ce qu'il rencontre, et ne se nourrit que de poissons de petite taille. Son singulier congénère, la scie y est infiniment plus suspecte, et il est bien difficile

La Scie vulgaire.

d accorder des mœurs inoffensives à un animal pourvu d'une arme aussi cruelle. En effet, son museau, allongé et déprimé en forme de lame d'épée , est hérissé de chaque côté de fortes épines osseuses, pointues et tranchantes, implantées comme des dents. La forme du corps est allongée et, comme chez les au très .squales, éminemment

propre à la nage. La scie peut atteindre une longueur totale de quatre à cinq mètres. Les naturalistes anciens et plusieurs auteurs modernes ont affirmé qu'à Taide de l'arme meurtrière qui lui a valu son nom, elle attaque la baleine, et lui livre des combats opiniâtres où elle a sou-

Le Marteau -maillet.

vent le dessus. Certains squales ne sont remarquables que par la bizarrerie de leurs formes. Les deux plus étranges sont le squale marteau et la squatine ou ange de mer.

Le marteau doit ce nom à la forme de sa tête , aplatie horizontalement, tronquée en avant, et dont les cotés se prolongent à droite et à gauche en deux branches, qui

figurent assez bien la tête d'un marteau ou d'un maillet. Le marteau commun est répandu dans l'océan Atlantique, et se trouve aussi dans la Méditerranée. Sa longueur est d'environ trois mètres; il peut peser jusqu'à deux cents kilogrammes.

L'Ange de mer

C'est par antiphrase sans doute, qu'on a donné le nom iïange de mer à la squatinc, à moins que ce ne soit à cause du développement de ses nageoires pectorales et ventrales, qui jusqu'à un certain point ressemblent à des ailes. Ce

poisson a la tête grosse et ronde, les yeux places sur la face dorsale, la bouche fendue en avant du museau, le dos hérissé de fortes épines.

Si ce doux nom d'ange pouvait, sans profanation, être appliqué à des créatures aussi généralement hideuses et aussi invariablement stupides que les poissons, il convien-

Le Ptéroïs volant.

drait plutôt à ceux que la nature a doués de nageoires membraneuses assez grandes pour leur permettre de s'élever quelques instants hors de l'eau , et qui , en conséquence , sont appelés poissons volants. Cette faculté semble être, au premier abord, un bienfait pour eux, puisqu'ils peuvent ainsi se soustraire aux poursuites de leurs ennemis marins; mais en réalité elle ne fait que les jeter d'un péril dans un

autre, puisqu'ils n'échappent le plus souvent à la voracité des autres poissons que pour devenir la proie des oiseaux ichthyophages.

Le plus extraordinaire des poissons volants est le pégasedragon, avec son long museau, son corps large, déprimé,

Le Pégase-dragon.

cuirassé de plaques écailleusés et dures, et dont la partie postérieure, brusquement tronquée, donne naissance à une queue mince qu'on pourrait, sans les nageoires dont elle est pourvue, comparer à celle d'un crocodile. Le pégase-dragon appartient à la même famille que le célèbre hippocampe ou cheval marin. Un corps comprimé, et, si

l'on peut ainsi dire, rocailleux, terminé en avant par une tête à museau tubuleux, en arrière par une quene sans nageoires qu'on prendrait volontiers pour la racine noueuse et effilée de quelque plante marine ; la courbure que prend, après la mort, la partie antérieure du corps, et qui lui donne quelque ressemblance avec l'encolure, du

1 Oréosome de l'Atlantique. 2 Hippocampe pointillé.

cheval : tels sont les caractères qui, chez ce singulier poisson, ont tant excité, — à juste titre, — l'étonnement et l'attention du vulgaire, et même des naturalistes.

S'il est vrai , du reste, comme je l'ai dit plus haut, que la plupart des coquillages marins défient, par l'exquise élégance du dessin et par la beauté des nuances, toute description, il faut bien avouer, en revanche, que la classe

des poissons offre une collection de types difformes et de physionomies repoussantes et grotesques, à désespérer l'écrivain et l'artiste; et Boileau a bien prouvé sa complète ignorance de l'ichthyologie, lorsqu'il a dit :

Il n'est point de serpent, ni de monstre odieux. Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.

Le Pelor filamenteux.

Il n'avait vu, certes, ni Voréosome de l'Atlantique, ni le ptcrois volant, ni l'affreux pelor filamenteux , ni le salarias à quatre cornes, ni Y amblyope lier mannien, ni le stomias-boa, ni même la baudroie commune. . . J'en passe, et des plus laids. Les moins disgraciés, ceux qui « plaisent aux yeux » par leur corps élancé, par leurs écailles aux brillants effets

d'argent, de nacre ou d'azur, ne rachètent point par ces avantages ce qu'il y a de disgracieux dans la partie essentielle de leur être : la tête. Nous pouvons donc dire, sous un certain point de vue , que la beauté chez le poisson n'existe pas. Mais ce qui, aux yeux du philosophe, le réhabilite, c'est sa parfaite appropriation au milieu qu'il habite;

Le Salarias à quatre cornes.

ce sont ses branchies à l'aide desquelles il extrait, pour le respirer, l'air en dissolution dans l'eau; ce sont ses nageoires si bien disposées pour la coordination de ses mouvements; ce sont ses muscles puissants; c'est son corps souple et fort; c'est cet organe particulier, connu sous le nom de vessie natatoire, et qui, en se gonflant d'air ou en se vidant à la volonté de l'animal , augmente ou accroît sa légèreté spécifique, le fait monter ou descendre avec une

extrême facilité. En un mot, le poisson est F animal aquatique par excellence. Il a donc, comme tous les êtres, sa perfection propre , partant sa beauté , qui résulte de cette perfection même.

« Au total, ce vrai fils de l'eau, mobile autant que sa mère, glisse à travers par son mucus, fend de sa tête,

Stomias-boa.

choque des muscles (contractés sur ses vertèbres, sur ses fines côtes onduleuses) ; enfin de ses fortes nageoires il coupe, il rame, il dirige. La moindre de ces puissances suffirait. Il les unit toutes , type absolu du mouvement ' . »

C'est pourquoi Ton a plaisir à le voir nager, comme à voir voler l'oiseau ; — on le sent si bien dans son élément !

i Micholet. La Mer

— et le peuple , en sa naïveté , dit avec raison : « Heureux comme le poisson dans l'eau. »

L'agilité, la rapidité des évolutions, telle est donc la faculté dominante et caractéristique des poissons. Quant

La Baudroie.

à leurs moyens d'attaque ou de défense, ils se réduisent, en somme, à peu de chose. Les grands squales, tels que le requin et la scie, sont à peu près seuls vraiment armés pour le combat : le premier avec son terrible râtelier mobile, la seconde avec son glaive dentelé.

D'autres espèces, de la famille des scombéroïdes, sont aussi pourvues d'une sorte de bec formé par l'allongement horizontal des os de la tête, et qui les a fait désigner dans toutes les langues anciennes et modernes sous les noms équivalents de xiphias, de gladius, de pesce-spada, de sword-pshy d'espadon, etc. Mais il ne semble pas que ni

1 Le Voilier des Indes. 2 L'Espadon.

ce dard osseux, ni la grande, taille de ces poissons, qui atteignent souvent une longueur de trois et quatre mètres, les rendent bien redoutables. Ils sont de mœurs inoffensives, sociables même, et c'est le plus souvent par maladresse, ou lorsqu'ils sont exaspérés par les morsures de leur parasite (un crustacé de la famille des lernes), qu'ils enfoncent et brisent leur broche dans la carène des navires, ou dans d'autres corps inertes.

Mais la nature a donné à certains poissons une arme plus efficace et tout à fait bizarre , telle que n'en possède aucun animal terrestre. Je veux parler de l'appareil élec-

trique à l'aide duquel les gymnotes et les torpilles frappent de secousses plus ou moins violentes, soit l'ennemi qui les attaque, soit la proie dont elles veulent s'emparer. Les torpilles seules sont des poissons marins. On en connaît plusieurs espèces qui habitent divers parages. La torpille mar-

La Torpille marbrée.

brée est assez commune dans la Méditerranée et dans le golfe de Gascogne.

Les appareils électriques des torpilles consistent en deux glandes réniformes, assez volumineuses, situées à la partie supérieure du corps, de chaque côté de l'arête médiane. La dissection y fait reconnaître une multitude de petits parai-

lélipipèdes à six pans, tous de même structure, et séparés les uns des autres par des cloisons de tissu cellulaire, dans lesquelles arrivent des vaisseaux sanguins et des filets nerveux très-nombreux. Mais comment l'électricité se dégaget-elle, à la volonté de ranimai , dans ce singulier appareil? C'est là un problème dont les observations des plus savants physiologistes n'ont encore pu fournir la solution.

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